Le cancer continue de représenter l’un des plus grands défis sanitaires du XXIᵉ siècle. Selon les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de nouveaux cas pourrait atteindre près de 35 millions par an d’ici 2050, soit presque le double des chiffres actuels. Cette augmentation s’explique notamment par le vieillissement de la population mondiale, la croissance démographique, mais aussi par l’augmentation de plusieurs facteurs de risque évitables.
Prévention, dépistage, accès aux soins…
L’Organisation mondiale de la santé appelle à une mobilisation urgente face à une progression sans précédent du cancer
Pour autant, l’OMS refuse tout fatalisme. L’organisation rappelle qu’une part importante des cancers pourrait être évitée grâce à des politiques ambitieuses de prévention, à un meilleur accès au dépistage et à une prise en charge plus équitable.
Une progression inquiétante à l’échelle mondiale
Chaque année, le cancer touche des millions de personnes.
Selon l’OMS :
- environ 20,6 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année ;
- près de 10 millions de personnes en meurent ;
- le cancer demeure la deuxième cause de décès dans le monde, derrière les maladies cardiovasculaires.
Si aucune mesure supplémentaire n’est prise, le nombre annuel de nouveaux diagnostics pourrait atteindre près de 35 millions d’ici 2050.
Cette hausse concernera aussi bien les pays à revenu élevé que les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les systèmes de santé sont souvent moins préparés à faire face à cette augmentation.
Pourquoi les cancers sont-ils de plus en plus nombreux ?
Cette progression ne repose pas sur une seule cause. Les spécialistes évoquent plusieurs facteurs :
- le vieillissement de la population mondiale ;
- l’allongement de l’espérance de vie ;
- l’augmentation de la population ;
- l’exposition prolongée aux facteurs de risque ;
- l’amélioration du dépistage, qui permet de détecter davantage de cancers.
À ces éléments s’ajoutent des changements de mode de vie qui favorisent l’apparition de nombreuses maladies chroniques.
Des facteurs de risque largement évitables
L’OMS rappelle qu’environ quatre cancers sur dix sont associés à des facteurs de risque modifiables.
Parmi eux figurent :
- le tabagisme, premier facteur évitable de cancer ;
- la consommation d’alcool ;
- le surpoids et l’obésité ;
- la sédentarité ;
- une alimentation déséquilibrée ;
- certaines infections chroniques.
Les principales infections impliquées sont :
- le papillomavirus humain (HPV), responsable de la majorité des cancers du col de l’utérus mais aussi de certains cancers ORL et anaux ;
- les virus des hépatites B et C, associés au cancer du foie ;
- Helicobacter pylori, bactérie impliquée dans certains cancers de l’estomac.
- La pollution atmosphérique est également identifiée comme un facteur contribuant à l’augmentation de certains cancers, notamment pulmonaires.
Le cancer touche aussi les plus jeunes
Longtemps considéré comme une maladie essentiellement liée au vieillissement, le cancer apparaît désormais plus fréquemment chez des adultes jeunes.
L’OMS observe notamment une augmentation de certains cancers digestifs, en particulier du cancer colorectal, chez des personnes de moins de 50 ans.
Les causes exactes restent encore étudiées, mais plusieurs hypothèses sont avancées :
- modification des habitudes alimentaires ;
- augmentation de l’obésité ;
- diminution de l’activité physique ;
- perturbation du microbiote intestinal ;
- exposition croissante à certains facteurs environnementaux.
Cette évolution souligne l’importance d’une prévention précoce dès l’enfance et l’adolescence.
Les inégalités restent le principal défi
Au-delà du nombre de cas, l’OMS insiste sur un autre problème majeur : les inégalités face au cancer.
Selon l’organisation, les chances de survie varient fortement selon :
- le pays de résidence ;
- le niveau de revenus ;
- l’accès aux soins ;
- la disponibilité des traitements innovants ;
- les programmes de dépistage.
Le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelle qu’« une personne atteinte d’un cancer ne devrait jamais voir ses chances de survie dépendre de son lieu de naissance ou de ses ressources financières ».
Dans de nombreux pays, les patients sont encore diagnostiqués à un stade avancé de la maladie, réduisant les possibilités de guérison.
Prévenir plutôt que guérir : une priorité mondiale
L’OMS estime que la prévention demeure l’arme la plus efficace contre le cancer.
Les politiques de santé publique ont déjà démontré leur efficacité dans plusieurs domaines :
- lutte contre le tabagisme ;
- vaccination contre le HPV ;
- vaccination contre l’hépatite B ;
- dépistage organisé de certains cancers ;
- campagnes d’information sur l’alimentation et l’activité physique.
Ces mesures permettent de réduire significativement le risque de développer certains cancers.
Une stratégie globale pour inverser la tendance
Pour faire face à cette augmentation annoncée, l’OMS appelle à une mobilisation internationale.
L’organisation recommande une collaboration renforcée entre :
- les gouvernements ;
- les professionnels de santé ;
- les chercheurs ;
- les universités ;
- les associations de patients ;
- les organisations internationales ;
- le secteur privé.
L’objectif est de développer une approche centrée sur les besoins des patients, depuis la prévention jusqu’aux soins de support et à la réhabilitation.
Quels cancers peuvent être dépistés ?

Le dépistage permet souvent de détecter une maladie avant l’apparition des symptômes.
Aujourd’hui, plusieurs cancers disposent de programmes de dépistage efficaces :
- cancer du sein ;
- cancer colorectal ;
- cancer du col de l’utérus.
Chez les personnes à haut risque, un dépistage spécifique peut également être proposé pour d’autres cancers, selon les recommandations médicales.
Un diagnostic précoce augmente considérablement les chances de guérison et permet souvent de proposer des traitements moins lourds.
Les recommandations des spécialistes
Pour réduire son risque de cancer, les experts recommandent de :
- ne pas fumer et éviter le tabagisme passif ;
- limiter la consommation d’alcool ;
- maintenir un poids de santé ;
- pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine ;
- adopter une alimentation riche en fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes ;
- limiter les aliments ultra-transformés, les viandes transformées et les boissons sucrées ;
- protéger sa peau des rayons UV ;
- participer aux programmes de dépistage recommandés ;
- se faire vacciner contre le HPV et l’hépatite B lorsque cela est indiqué ;
- consulter rapidement en présence de symptômes inhabituels ou persistants.
Les signes qui doivent conduire à consulter
Même si ces symptômes ne signifient pas forcément un cancer, un avis médical est recommandé en cas de :
- perte de poids inexpliquée ;
- fatigue persistante ;
- saignements inhabituels ;
- masse ou grosseur qui apparaît ;
- modification d’un grain de beauté ;
- toux chronique ;
- troubles digestifs persistants ;
- difficultés à avaler ;
- changement durable du transit intestinal ;
- douleur persistante sans cause évidente.
Une prise en charge précoce améliore souvent le pronostic.
À retenir
Le doublement attendu du nombre de cancers d’ici 2050 constitue un défi majeur pour les systèmes de santé. Toutefois, cette évolution n’est pas inéluctable. L’OMS rappelle qu’environ 40 % des cancers pourraient être évités grâce à des mesures de prévention efficaces, à une réduction des facteurs de risque, à un dépistage précoce et à un accès équitable aux traitements. Investir aujourd’hui dans la prévention, la recherche et l’organisation des soins est indispensable pour limiter l’impact de cette maladie dans les décennies à venir.
Le saviez-vous ? Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) estime que le tabac reste le premier facteur de risque évitable de cancer dans le monde. À lui seul, il est responsable d’environ un décès par cancer sur quatre et demeure la principale cause des cancers du poumon, mais aussi de nombreux cancers de la bouche, du larynx, de l’œsophage, de la vessie, du pancréas et du rein.
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