L’Algérie entend renforcer sa lutte contre le cancer en franchissant une nouvelle étape jugée « plus ambitieuse et plus efficace » par les autorités sanitaires. Lors de l’ouverture de la Conférence internationale dédiée à la recherche sur le cancer organisée à Alger sous le haut patronage du président de la République, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a souligné que l’ampleur des défis impose désormais une approche plus structurée, fondée sur la recherche, la prévention et la modernisation des outils de surveillance sanitaire.
Une nouvelle étape face à un défi sanitaire croissant
Selon le ministre, le cancer constitue aujourd’hui un défi croissant en Algérie, en raison notamment de l’évolution des modes de vie, de l’augmentation du tabagisme, de la sédentarité, de l’alimentation déséquilibrée et de l’exposition à certains facteurs environnementaux.
Une stratégie nationale axée sur la recherche et les données
La nouvelle orientation repose sur plusieurs priorités :
– le développement de programmes nationaux de recherche ;
– le renforcement des études épidémiologiques ;
– la modernisation des registres nationaux du cancer ;
– le soutien à la recherche clinique selon les standards internationaux.
Les registres du cancer jouent un rôle central. Ils permettent de connaître précisément l’incidence des différents cancers, leur évolution géographique et démographique, ainsi que les résultats des traitements. Ces données sont indispensables pour orienter les politiques de santé publique et conduire des essais cliniques rigoureux.
Le président de la Commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer, Adda Bounedjar, a rappelé que la recherche et la formation constituent le cinquième axe de la stratégie nationale. Il a également souligné que les recherches sur le cancer représentent une part importante de la production scientifique mondiale.
Le dépistage organisé au cœur de la prévention
Le ministre de la Santé a insisté sur l’élargissement des programmes de dépistage organisé, en particulier pour :
– le cancer du sein ;
– le cancer du col de l’utérus.
L’objectif est de garantir un accès plus large au dépistage sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les régions éloignées.
Le dépistage précoce reste l’un des moyens les plus efficaces pour améliorer les chances de guérison. Les spécialistes rappellent qu’un cancer détecté à un stade précoce est souvent plus facile à traiter et associé à une meilleure survie.
Un réseau national de structures spécialisées
L’État poursuit parallèlement ses investissements dans les infrastructures de prise en charge. Le réseau national comprend actuellement :
| Infrastructures et équipements | Nombre |
| Centres de lutte contre le cancer | 15 |
| Centres de radiothérapie | 24 |
| Accélérateurs linéaires | 61 |
| Traitements innovants intégrés à l’arsenal thérapeutique national | 52 |
Les accélérateurs linéaires sont des équipements essentiels en radiothérapie moderne. Ils permettent de délivrer des doses précises de rayonnement sur les tumeurs tout en limitant l’exposition des tissus sains.
L’industrie pharmaceutique comme levier de souveraineté sanitaire
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, a rappelé que le développement du secteur pharmaceutique constitue un « choix souverain » visant à réduire la dépendance aux importations et à renforcer les capacités nationales de production de médicaments, notamment anticancéreux.
Parmi les avancées mises en avant :
– l’extension du tissu industriel pharmaceutique ;
– le développement de capacités de production couvrant différentes formes pharmaceutiques ;
– la couverture de plus de 82 % des besoins nationaux en médicaments ;
– la fabrication de médicaments de chimiothérapie, de biothérapie et de biosimilaires ;
– le lancement de projets de production locale de matières premières pharmaceutiques.
Cette stratégie vise à sécuriser l’approvisionnement en traitements et à améliorer l’accès des patients aux thérapies innovantes.
Une coopération internationale appelée à se renforcer

La conférence réunit des experts nationaux et internationaux autour de plusieurs ateliers thématiques destinés à renforcer les partenariats entre les secteurs concernés : santé, recherche, industrie pharmaceutique, universités et organismes internationaux.
La directrice générale du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), Elisabete Weiderpass, a salué la stratégie nationale algérienne et estimé que l’Algérie peut jouer un rôle important dans le développement de la coopération en Afrique du Nord et dans le monde arabe.
Les défis restent importants
Malgré les progrès annoncés, plusieurs enjeux demeurent :
– améliorer l’accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire ;
– renforcer la prévention contre le tabac et la sédentarité ;
– développer davantage la recherche clinique ;
– moderniser les systèmes d’information sanitaire ;
– former davantage de spécialistes en oncologie, radiothérapie et biologie médicale.
Les autorités soulignent que la lutte contre le cancer ne peut pas reposer uniquement sur les traitements. Elle doit aussi intégrer la prévention, le dépistage, la recherche et l’innovation.
Recommandations médicales de prévention
Les spécialistes rappellent que certaines mesures permettent de réduire le risque de nombreux cancers :
- Arrêter le tabac, principal facteur de risque évitable.
- Arrêter la consommation d’alcool.
- Adopter une alimentation équilibrée riche en fruits, légumes et fibres.
- Pratiquer une activité physique régulière.
- Maintenir un poids de santé.
- Participer aux programmes de dépistage lorsqu’ils sont proposés.
- Consulter un médecin en cas de symptômes persistants ou inhabituels.
Vers une approche plus intégrée
À travers cette nouvelle phase de sa stratégie nationale, l’Algérie cherche à passer d’une logique centrée principalement sur le traitement à une approche plus intégrée associant prévention, dépistage, recherche scientifique, innovation thérapeutique et production pharmaceutique locale.
L’objectif affiché est de construire un système de lutte contre le cancer plus performant, mieux coordonné et davantage adapté aux réalités sanitaires du pays, tout en renforçant la souveraineté nationale dans un domaine considéré comme stratégique pour la santé publique.
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