
Et si un médicament utilisé depuis plus de vingt-cinq ans contre l’asthme aidait aussi à combattre certains cancers agressifs ? C’est l’hypothèse étudiée par des chercheurs américains de la Northwestern University Feinberg School of Medicine.
Un traitement bien connu qui intrigue désormais les cancérologues
Dans une étude publiée le 20 mai 2026 dans la revue Nature Cancer, les scientifiques montrent que le montélukast — un médicament prescrit contre l’asthme allergique et certaines allergies respiratoires — pourrait renforcer l’efficacité des immunothérapies anticancéreuses.
Les résultats restent préliminaires. Mais ils ouvrent une piste sérieuse face à un problème majeur : la résistance de certaines tumeurs aux traitements immunitaires.
Pourquoi certaines immunothérapies cessent de fonctionner ?
Depuis une dizaine d’années, l’immunothérapie a profondément transformé la prise en charge de plusieurs cancers.
Contrairement à la chimiothérapie classique, qui détruit directement les cellules tumorales, l’immunothérapie cherche à mobiliser le système immunitaire du patient afin qu’il reconnaisse puis élimine lui-même les cellules cancéreuses.
Cette stratégie a permis des avancées majeures dans plusieurs cancers :
- mélanome ;
- cancer du poumon ;
- cancer du rein ;
- certains cancers du sein ;
- cancers ORL et digestifs.
Mais ces traitements présentent une limite importante : certaines tumeurs parviennent à « tromper » le système immunitaire.
Elles créent autour d’elles un environnement inflammatoire capable de désactiver les cellules immunitaires chargées de les détruire. Résultat : les défenses naturelles deviennent inefficaces, et les traitements perdent progressivement leur efficacité.
Le rôle clé d’une protéine déjà connue dans l’asthme
Au cœur de cette découverte se trouve une protéine appelée CysLTR1.
Cette protéine intervient normalement dans les mécanismes inflammatoires liés à l’asthme. Elle est activée par des molécules appelées leucotriènes, responsables notamment de l’inflammation et du rétrécissement des bronches.
Or, les chercheurs ont découvert que certaines tumeurs utiliseraient cette même voie biologique pour affaiblir les défenses immunitaires.
En activant CysLTR1, le cancer réussirait à détourner certaines cellules immunitaires. Au lieu d’attaquer la tumeur, ces cellules deviennent paradoxalement des alliées du cancer.
C’est précisément ce mécanisme que le montélukast pourrait bloquer.
Comment agit le montélukast ?
Le Montélukast, commercialisé notamment sous le nom de Singulair, agit en empêchant les leucotriènes de se fixer sur leurs récepteurs inflammatoires.
En bloquant cette voie, le médicament réduit habituellement :
- l’inflammation bronchique ;
- les réactions allergiques ;
- les crises d’asthme.
Mais selon cette nouvelle étude, il pourrait aussi :
- restaurer l’activité des cellules immunitaires anticancéreuses ;
- limiter les mécanismes d’échappement des tumeurs ;
- améliorer la réponse aux immunothérapies.
Des résultats encourageants en laboratoire
Les chercheurs ont testé cette approche :
- sur des cellules humaines ;
- sur des modèles animaux, notamment chez la souris.
Leurs observations montrent :
- un ralentissement de la croissance tumorale ;
- une meilleure activité des lymphocytes contre les cellules cancéreuses ;
- une amélioration de la réponse aux immunothérapies.
Autrement dit, le montélukast ne détruirait pas directement la tumeur. Il aiderait surtout le système immunitaire à redevenir efficace.
Les scientifiques évoquent un « effet synergique » avec certaines immunothérapies déjà utilisées en cancérologie.
Un espoir particulier pour le cancer du sein triple négatif
L’étude s’intéresse particulièrement au cancer du sein triple négatif, l’une des formes les plus agressives de cancer du sein.
Ce type de cancer représente environ 10 à 15 % des cancers du sein. Il touche souvent des femmes plus jeunes et évolue généralement plus rapidement.
Sa difficulté vient du fait qu’il ne possède pas certains récepteurs hormonaux ciblés par les traitements classiques. Les options thérapeutiques sont donc plus limitées.
Même si l’immunothérapie a permis certaines avancées, beaucoup de patientes développent des résistances.
Selon les chercheurs, le montélukast pourrait empêcher certaines cellules immunitaires suppressives de bloquer l’action des lymphocytes tueurs chargés d’éliminer les cellules cancéreuses.
Cette piste pourrait donc aider à améliorer l’efficacité des traitements chez des patientes en échec thérapeutique.
Le repositionnement thérapeutique : une stratégie de plus en plus étudiée
Cette approche appartient à ce qu’on appelle le « repositionnement thérapeutique ».
Le principe consiste à utiliser un médicament déjà connu pour une nouvelle maladie.
Cette stratégie présente plusieurs avantages :
- le médicament est déjà autorisé ;
- ses effets secondaires sont connus ;
- son coût de développement est plus faible ;
- les essais cliniques peuvent parfois être accélérés.
Le montélukast bénéficie justement d’un long recul médical. Des millions de patients l’utilisent depuis les années 1990 contre l’asthme et les allergies respiratoires.
Prudence : aucun traitement miracle à ce stade
Malgré l’enthousiasme suscité par ces résultats, les chercheurs restent prudents. Pour l’instant :
- les résultats concernent surtout des expériences en laboratoire ;
- aucune preuve d’efficacité chez des patients atteints de cancer n’a encore été démontrée ;
- des essais cliniques humains restent indispensables.
Il est donc beaucoup trop tôt pour considérer le montélukast comme un traitement anticancer. Les scientifiques devront encore déterminer :
- quelles tumeurs pourraient réellement en bénéficier ;
- quelles doses utiliser ;
- quels patients seraient les plus réceptifs ;
- quels effets secondaires pourraient apparaître en association avec les immunothérapies.
Des effets secondaires déjà connus
Même s’il est largement utilisé, le montélukast n’est pas un médicament anodin. Les autorités sanitaires européennes et américaines rappellent qu’il peut provoquer, dans de rares cas :
- anxiété ;
- troubles du sommeil ;
- agitation ;
- changements d’humeur ;
- symptômes dépressifs ;
- idées suicidaires chez certains patients sensibles.
Ces risques ont conduit à renforcer les mises en garde ces dernières années.
Toute utilisation en cancérologie devra donc être strictement encadrée médicalement.
L’immunothérapie continue de progresser
Aujourd’hui, les immunothérapies représentent l’un des domaines les plus dynamiques de la recherche contre le cancer.
Des milliers d’équipes dans le monde cherchent à comprendre pourquoi certaines tumeurs résistent encore aux traitements.
L’objectif est clair :
- rendre l’immunothérapie efficace chez davantage de patients ;
- prolonger durablement les réponses thérapeutiques ;
- limiter les rechutes.
Dans cette course mondiale contre les cancers résistants, le montélukast attire désormais l’attention parce qu’il cible un mécanisme biologique précis déjà identifié par les chercheurs.
Et surtout parce qu’il s’agit d’un médicament connu, accessible et déjà largement utilisé en médecine.
Recommandations médicales importantes
- jamais prendre de montélukast dans l’objectif de prévenir ou traiter un cancer sans avis médical.
- Ne pas interrompre une immunothérapie ou un traitement anticancéreux sans l’accord de son oncologue.
- Signaler rapidement tout effet secondaire psychologique ou neurologique sous montélukast.
- Les patients asthmatiques atteints d’un cancer doivent discuter avec leur médecin de leurs traitements actuels.
- Toute nouvelle stratégie thérapeutique devra être validée par des essais cliniques rigoureux avant une utilisation courante.
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