
L’Agence européenne des médicaments (EMA) appelle à une vigilance renforcée concernant certaines pilules contraceptives contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel. À la suite d’une vaste étude épidémiologique française, un risque faiblement accru de méningiome, une tumeur généralement bénigne des méninges, a été confirmé chez les femmes utilisant ces contraceptifs pendant une longue période. Si le risque absolu reste très faible, les autorités sanitaires recommandent désormais un suivi attentif des utilisatrices et contre-indiquent ces traitements chez les femmes ayant des antécédents de méningiome.
Un risque confirmé par les autorités européennes
Le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne des médicaments (EMA) a réévalué les données de sécurité des contraceptifs contenant du désogestrel et de l’étonogestrel, deux progestatifs largement utilisés en contraception.
Cette décision fait suite à une importante étude épidémiologique française qui met en évidence une augmentation faible mais réelle du risque de méningiome intracrânien chez les femmes utilisant ces médicaments pendant plus d’un an. Les experts précisent que le risque augmente progressivement avec la durée d’exposition.
Le PRAC souligne toutefois que le risque individuel demeure très faible. Selon les données disponibles, on estime un cas supplémentaire de méningiome pour environ 67 300 femmes utilisant ces contraceptifs, ce qui signifie que la très grande majorité des utilisatrices ne développeront jamais cette tumeur.
Qu’est-ce qu’un méningiome ?
Le méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière.
Dans plus de 90 % des cas, il s’agit d’une tumeur bénigne, c’est-à-dire non cancéreuse. Toutefois, en grossissant, elle peut exercer une pression sur les structures cérébrales voisines et provoquer des complications neurologiques parfois importantes.
Le traitement dépend de plusieurs facteurs : la taille de la tumeur, sa localisation, sa vitesse de croissance, les symptômes présentés et l’âge de la patiente. Une simple surveillance peut suffire dans certains cas, tandis que d’autres nécessitent une chirurgie ou une radiothérapie.
Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Le méningiome évolue souvent lentement et peut rester silencieux pendant plusieurs années. Lorsque des symptômes apparaissent, ils sont liés à la compression des tissus cérébraux.
Les principaux signes d’alerte sont :
- des maux de tête persistants ou qui s’aggravent progressivement ;
- des troubles de la vision (vision floue, vision double ou baisse de la vision) ;
- une perte de l’audition ;
- des acouphènes (bourdonnements d’oreille) ;
- une diminution ou une perte de l’odorat ;
- des troubles de la mémoire ou de la concentration ;
- des crises convulsives ;
- une faiblesse ou une perte de force d’un bras ou d’une jambe.
La survenue de l’un de ces symptômes ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’un méningiome, mais justifie une consultation médicale afin d’en rechercher la cause.
Les contraceptifs concernés
Les recommandations concernent principalement les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel, notamment :
- Cerazette (désogestrel) ;
- Optimizette (désogestrel) ;
- Antigone (désogestrel) ;
- Elfasette (désogestrel).
D’autres spécialités contenant ces mêmes substances actives sont également concernées selon les pays de commercialisation.
Les nouvelles recommandations de l’Agence européenne des médicaments
Face à ces nouvelles données, l’EMA recommande une surveillance renforcée des femmes utilisant ces contraceptifs.
Les professionnels de santé sont invités à informer leurs patientes sur les symptômes évocateurs d’un méningiome et à réévaluer régulièrement le rapport bénéfice-risque du traitement, notamment en cas d’utilisation prolongée.
L’Agence précise également que ces contraceptifs sont désormais contre-indiqués chez :
- les femmes présentant actuellement un méningiome ;
- les femmes ayant déjà été traitées pour un méningiome par le passé.
Chez ces patientes, le traitement doit être interrompu et une autre méthode contraceptive doit être envisagée avec le médecin.
Faut-il arrêter sa pilule ?
Les autorités sanitaires sont claires : il ne faut pas interrompre son traitement contraceptif sans avis médical.
Le risque reste rare et le bénéfice contraceptif demeure largement supérieur au risque chez la majorité des femmes. Un arrêt brutal expose à un risque de grossesse non désirée.
Toute décision de modification ou de changement de contraception doit être discutée avec un médecin ou une sage-femme, qui pourra proposer une alternative adaptée au profil médical de chaque patiente.
Pourquoi cette surveillance est-elle importante ?
Cette décision s’inscrit dans une démarche de pharmacovigilance, dont l’objectif est d’améliorer en permanence la sécurité des médicaments après leur commercialisation.
Les données issues de grandes études permettent aujourd’hui d’identifier des effets indésirables rares qui n’apparaissent pas toujours lors des essais cliniques initiaux. Elles conduisent régulièrement les autorités sanitaires à adapter les recommandations afin de mieux protéger les patients.
Recommandations médicales
Ne modifiez jamais votre contraception sans consulter un professionnel de santé.
Consultez rapidement en cas de maux de tête inhabituels, persistants ou associés à des troubles neurologiques.
Informez votre médecin si vous avez des antécédents personnels de méningiome avant toute prescription de contraceptif hormonal.
Lors des consultations de suivi, signalez tout symptôme neurologique nouveau (troubles visuels, auditifs, crises convulsives, faiblesse d’un membre, troubles de la mémoire).
Si vous utilisez une contraception contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel depuis plusieurs années, demandez à votre médecin si une réévaluation de votre traitement est nécessaire.
À retenir
Le risque de méningiome associé au désogestrel et à l’étonogestrel est confirmé mais reste très faible. Il augmente avec la durée d’utilisation, ce qui justifie une surveillance accrue des utilisatrices. Les femmes ayant un méningiome actuel ou ancien ne doivent plus recevoir ces traitements. Pour toutes les autres, aucune interruption de la contraception ne doit être décidée sans avis médical.
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