Courir, faire du vélo ou pratiquer une activité physique en plein air est généralement bénéfique pour la santé. Mais lorsque le ciel est chargé de fumée à la suite d’incendies de forêt, cette habitude peut devenir nocive. Les spécialistes de la qualité de l’air et les autorités sanitaires mettent en garde contre les effets des fumées, qui peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres et dégrader l’air bien au-delà des zones sinistrées.
Pendant l’effort, notre respiration s’accélère et devient plus profonde. Résultat : l’organisme inhale davantage de particules fines et de gaz toxiques, augmentant le risque d’irritation des voies respiratoires et de complications, notamment chez les personnes fragiles.
Une pollution invisible qui voyage sur de longues distances
Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire d’être proche des flammes pour subir les effets des incendies.
Selon des spécialistes, les fumées des feux de végétation sont transportées par les vents et peuvent atteindre des régions situées à plusieurs centaines de kilomètres du foyer de l’incendie.
Même lorsque le feu est éloigné, l’air peut contenir une concentration importante de polluants susceptibles d’altérer la qualité de l’air et d’avoir un impact sur la santé.
Que contient la fumée des incendies ?
Les panaches de fumée sont constitués d’un mélange complexe de particules et de gaz irritants.
On y retrouve notamment :
- des particules fines PM2,5 et PM10 ;
- du monoxyde de carbone ;
- des oxydes d’azote ;
- des composés organiques volatils (COV) ;
- des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).
Les particules PM2,5 représentent le principal danger sanitaire. Très petites, elles pénètrent profondément dans les bronches et les alvéoles pulmonaires, où elles peuvent provoquer une réaction inflammatoire.
Pourquoi le sport augmente-t-il les risques ?
Lors d’une activité physique, plusieurs phénomènes favorisent l’exposition aux polluants.
Une respiration plus rapide
Pendant un footing, une sortie à vélo ou un match collectif, la fréquence respiratoire augmente fortement.
Le volume d’air inhalé peut être multiplié par cinq à dix par rapport au repos.
Plus la ventilation est importante, plus la quantité de particules fines et de gaz irritants pénétrant dans les poumons augmente.
Une respiration plus profonde
À l’effort, la respiration devient également plus profonde.
Les particules atteignent alors les zones les plus profondes des poumons, où elles sont plus difficiles à éliminer.
Cette exposition accrue favorise l’inflammation des voies respiratoires et peut diminuer les performances physiques.
Quels sont les effets immédiats sur l’organisme ?
L’inhalation des fumées peut provoquer rapidement plusieurs symptômes :
- irritation des yeux ;
- sensation de brûlure dans la gorge ;
- toux sèche ;
- nez irrité ;
- oppression thoracique ;
- essoufflement inhabituel ;
- diminution de la capacité respiratoire ;
- fatigue plus importante pendant l’effort.
Chez certaines personnes, ces manifestations apparaissent après seulement quelques minutes d’exposition.
Les personnes les plus vulnérables
Les fumées représentent un risque accru pour :
- les personnes asthmatiques ;
- les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ;
- les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ;
- les enfants ;
- les femmes enceintes ;
- les personnes âgées ;
- les personnes immunodéprimées.
Chez les personnes asthmatiques, l’exposition peut déclencher une crise avec :
- respiration sifflante ;
- essoufflement important ;
- toux persistante ;
- recours plus fréquent au traitement bronchodilatateur.
Les personnes souffrant d’une maladie cardiaque présentent également un risque accru de complications, car les particules fines favorisent l’inflammation et augmentent le travail du cœur.
Même lorsque la fumée semble avoir disparu
L’un des principaux pièges est que la pollution peut persister alors que la fumée est devenue peu visible.
Selon les autorités sanitaires canadiennes, la qualité de l’air peut rester dégradée plusieurs heures, voire plusieurs jours, même lorsque l’odeur de fumée s’estompe.
Il est donc préférable de consulter les indices de qualité de l’air avant toute activité sportive extérieure.
Les recommandations des autorités sanitaires
Les spécialistes recommandent de limiter les activités physiques extérieures lorsque des panaches de fumée sont présents.
Les autorités conseillent également :
- de reporter les entraînements intensifs en extérieur ;
- de réduire les déplacements non indispensables ;
- de rester autant que possible dans des espaces fermés lorsque la qualité de l’air est mauvaise ;
- d’aérer le logement uniquement lorsque les conditions redeviennent favorables ;
- de suivre les informations diffusées par les organismes de surveillance de la qualité de l’air.
Comment continuer à bouger en toute sécurité ?
Il n’est pas nécessaire d’arrêter toute activité physique, mais il convient d’adapter sa pratique.
Les spécialistes recommandent de :
- privilégier les exercices réalisés en intérieur lorsque l’air extérieur est pollué ;
- diminuer l’intensité de l’effort si une activité extérieure est indispensable ;
- rester bien hydraté ;
- interrompre immédiatement l’exercice en cas de gêne respiratoire, de douleur thoracique ou de malaise ;
- reprendre progressivement les activités extérieures uniquement lorsque la qualité de l’air s’est améliorée.
Quand faut-il consulter ?
Un avis médical est recommandé si apparaissent :
- un essoufflement inhabituel ;
- une crise d’asthme ;
- une toux persistante ;
- des douleurs thoraciques ;
- des palpitations ;
- une fatigue intense après une exposition aux fumées.
En cas de difficulté respiratoire importante, de douleur thoracique sévère ou de malaise, il est indispensable de contacter rapidement les services d’urgence.
Recommandations médicales
Les pneumologues rappellent que les personnes souffrant d’asthme ou de BPCO doivent toujours conserver leur traitement de secours à portée de main lors des épisodes de pollution. Les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires doivent surveiller attentivement l’apparition de symptômes inhabituels et éviter toute activité physique soutenue tant que la qualité de l’air reste dégradée. Le retour à une activité normale doit être progressif et uniquement lorsque les niveaux de pollution sont revenus à la normale.
À savoir
Les bienfaits de l’activité physique sont largement démontrés, mais ils peuvent être temporairement annulés lorsque l’air est fortement pollué par les fumées d’incendies. Pendant un effort intense, la quantité de polluants inhalés augmente fortement en raison de l’accélération de la respiration. Reporter une séance de sport de quelques heures ou quelques jours permet de protéger les poumons et le système cardiovasculaire, notamment chez les personnes les plus vulnérables.
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