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Ebola en RDC : l’épidémie « loin d’être maîtrisée », l’OMS tire la sonnette d’alarme

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | journaliste
19 août 2026

Près de 5 000 personnes infectées et plus de 2 300 décès : l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo continue de progresser rapidement en République démocratique du Congo (RDC). Le 18 août 2026, l’OMS a reconnu que la situation était « loin d’être maîtrisée ». Le virus circule désormais dans six provinces et 55 zones de santé. Une situation préoccupante, même si le risque pour les pays éloignés de la région reste actuellement faible.

L’alerte de l’Organisation mondiale de la santé est sans ambiguïté. Trois mois après avoir déclaré cette flambée urgence de santé publique de portée internationale, l’épidémie continue de progresser à un rythme exceptionnel.

« L’épidémie est loin d’être maîtrisée », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 18 août. Selon le bilan présenté lors de la deuxième réunion du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international, près de 5 000 personnes ont désormais été infectées et plus de 2 300 sont mortes. Six provinces et 55 zones de santé sont touchées.

L’OMS considère désormais cette flambée comme la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée. Elle progresse également plus rapidement que les précédentes, dans un contexte marqué par l’insécurité, les déplacements de populations et une forte mobilité le long des routes, des voies fluviales et des zones minières.

La progression a été particulièrement rapide au cours de l’été.

Au 30 juillet, l’OMS recensait 3 605 cas confirmés en RDC et 1 589 décès dans l’ensemble de l’épisode, tandis que 51 zones de santé étaient touchées en RDC. Le bilan provisoire disponible au 2 août faisait état de 3 802 cas confirmés et 1 707 décès en RDC, avec 727 personnes guéries.

Le nouveau bilan communiqué le 18 août montre donc que la transmission s’est poursuivie à un rythme élevé.

L’épidémie actuelle a déjà dépassé celle qui avait frappé l’est de la RDC entre 2018 et 2020. Cette dernière avait enregistré 3 317 cas confirmés.

La circulation du virus ne se limite plus à la province de l’Ituri, où les premiers cas ont été identifiés en mai.

L’épidémie concerne désormais six provinces et 55 zones de santé, signe d’une extension géographique importante. Cette progression complique considérablement le travail des équipes chargées d’identifier les cas et de retrouver leurs contacts.

L’un des principaux problèmes se trouve dans les communautés elles-mêmes.

Des personnes continuent de mourir à leur domicile, sans avoir été prises en charge dans un centre de traitement et parfois sans avoir été identifiées comme contacts d’un malade.

Or, chaque cas non détecté peut entraîner de nouvelles contaminations.

Lorsqu’un patient est diagnostiqué, les équipes sanitaires doivent rechercher toutes les personnes qui ont été en contact avec lui. Ces contacts sont ensuite surveillés pendant 21 jours, correspondant à la durée maximale habituelle de la période d’incubation.

L’objectif est simple : repérer rapidement l’apparition de symptômes, isoler le malade et interrompre la chaîne de transmission.

Lorsque des patients restent hors du système de surveillance, cette stratégie devient beaucoup plus difficile à appliquer.

La situation humanitaire constitue un autre obstacle majeur. L’OMS souligne le rôle de l’insécurité, des déplacements forcés et de la mobilité importante des populations. Les mouvements le long des routes, des voies fluviales et des axes miniers peuvent favoriser la dispersion du virus. Les difficultés d’accès à certaines zones compliquent également le dépistage, la prise en charge médicale et le suivi des contacts.

La confiance des populations constitue enfin un élément essentiel. Pour être efficace, la riposte doit associer les communautés locales, notamment pour favoriser le recours rapide aux soins et garantir des inhumations sûres et dignes.

Le mot « Ebola » peut susciter une inquiétude considérable. Pourtant, le virus ne se transmet pas simplement en croisant une personne malade.

Contrairement aux infections respiratoires comme la grippe, la transmission interhumaine se fait principalement lors d’un contact direct avec le sang ou certains liquides biologiques d’une personne infectée, notamment les vomissures, les selles, l’urine, la salive ou le sperme.

Le contact avec des objets contaminés peut également présenter un risque.

La contagiosité augmente avec l’évolution de la maladie. Les dépouilles des personnes décédées restent également particulièrement dangereuses, ce qui explique l’importance des protocoles d’inhumation sécurisés.

Selon les spécialistes, la maladie à virus Ebola est une infection aiguë qui se transmet principalement par contact rapproché.

Les premiers symptômes ne sont pas spécifiques. Ils peuvent ressembler à ceux de nombreuses autres infections.

Après une période d’incubation généralement comprise entre 4 et 21 jours, la maladie peut commencer brutalement par :

  • une fièvre ;
  • une fatigue intense ;
  • des maux de tête ;
  • des douleurs musculaires ;
  • une irritation de la gorge.

Des symptômes digestifs peuvent ensuite apparaître :

  • vomissements ;
  • diarrhées ;
  • douleurs abdominales.

Une éruption cutanée ainsi que des atteintes du foie et des reins peuvent également survenir.

Dans les formes sévères, des manifestations hémorragiques sont possibles.

Mais ces signes ne suffisent pas à diagnostiquer Ebola. Une confirmation biologique est indispensable, notamment par des tests moléculaires permettant de détecter le matériel génétique du virus.

La particularité de cette épidémie tient également au virus responsable.

Il s’agit du virus Bundibugyo, une espèce d’ebolavirus différente du virus Zaïre, responsable de la majorité des grandes flambées historiques d’Ebola.

Or, contrairement au virus Zaïre, aucun vaccin ou traitement spécifique n’est actuellement homologué contre la maladie à virus Bundibugyo.

Cela ne signifie pas que les médecins sont démunis.

La prise en charge précoce, l’isolement et les soins de soutien peuvent améliorer les chances de survie. L’OMS mène également des essais cliniques afin d’évaluer de nouvelles stratégies thérapeutiques.

L’un des essais soutenus par l’OMS, PARTNERS, évalue notamment l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdésivir, seuls ou en association. Le premier patient avait été inclus début juillet.

Le 18 août, l’OMS indiquait que 100 patients avaient été recrutés dans cet essai.

Des recherches portent également sur les vaccins. Pour la première fois, deux vaccins spécifiquement conçus contre le virus Bundibugyo sont entrés en essais chez l’être humain. Un autre candidat a montré une protection croisée lors d’études animales et doit être évalué dans un essai de phase III. Ces résultats sont encourageants, mais les produits expérimentaux ne doivent pas être confondus avec des traitements ou vaccins déjà homologués.

Oui, mais il faut distinguer risque régional et risque mondial. Les pays partageant une frontière avec la RDC sont particulièrement exposés en raison des déplacements de populations, des échanges commerciaux et des difficultés de surveillance.

L’Ouganda a déjà connu des cas importés depuis la RDC. Toutefois, le pays a déclaré la fin de son épisode le 28 juillet 2026, après 42 jours sans nouveau cas confirmé de transmission locale. Une surveillance renforcée reste nécessaire en raison du risque de réintroduction depuis la RDC.

Il n’y a actuellement pas d’élément permettant de parler de pandémie mondiale. La situation est en revanche suffisamment sérieuse pour justifier une surveillance internationale renforcée.

Le risque est particulièrement important en RDC et dans les pays voisins. À l’échelle régionale, la mobilité des populations peut faciliter l’importation de nouveaux cas.

Pour les pays éloignés de la zone épidémique, le risque demeure beaucoup plus faible. L’expérience du cas français montre toutefois qu’un cas peut être importé par un voyageur ayant été exposé dans une zone de transmission.

La détection rapide et l’isolement permettent alors de limiter fortement le risque de transmission secondaire.

La lutte contre Ebola repose avant tout sur une détection rapide et une rupture des chaînes de transmission.

Les principales mesures sont :

  • identifier rapidement les cas suspects ;
  • isoler les patients dans des structures adaptées ;
  • confirmer les infections par un diagnostic biologique ;
  • rechercher et surveiller les contacts ;
  • protéger les professionnels de santé avec des équipements adaptés ;
  • renforcer la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de soins ;
  • organiser des inhumations sûres et dignes ;
  • informer les communautés sur les modes réels de transmission ;
  • renforcer la surveillance aux frontières et la coopération entre pays.

L’OMS insiste également sur la nécessité d’améliorer le partage des données, le financement de la riposte, l’accès humanitaire et la coordination transfrontalière.

  • Une personne ayant séjourné dans une zone où circule le virus et présentant ensuite une fièvre ou des symptômes compatibles avec Ebola doit rapidement demander un avis médical, en signalant clairement son historique de voyage et les éventuels contacts avec une personne malade.
  • Il est important de ne pas se rendre spontanément dans une salle d’attente ou aux urgences sans prévenir les professionnels de santé, afin que les mesures de protection nécessaires puissent être mises en place.
  • En dehors des zones de transmission, il n’est en revanche pas justifié de céder à la panique ou d’éviter les contacts ordinaires avec la population générale.

L’enjeu des prochaines semaines est désormais de reprendre l’avantage sur le virus.

Pour l’OMS, les décès survenant en dehors des centres de traitement et des listes de contacts constituent l’un des principaux signaux d’alerte. Chacun peut correspondre à une chaîne de transmission encore inconnue.

Tant que ces chaînes ne sont pas identifiées et interrompues, l’épidémie peut continuer à progresser.

La riposte doit donc agir simultanément sur plusieurs fronts : surveillance, diagnostic, soins, protection des soignants, recherche des contacts, vaccination expérimentale, recherche thérapeutique et coopération avec les communautés.

Le virus Ebola peut persister après la guérison dans certains sites de l’organisme où la réponse immunitaire est moins active, notamment dans les testicules. La présence du virus dans le sperme peut ainsi durer plus longtemps que dans le sang. Des mesures de prévention sont donc nécessaires après la guérison, conformément aux recommandations médicales.

  • L’épidémie de maladie à virus Bundibugyo en RDC est actuellement une situation sanitaire majeure, mais elle ne signifie pas qu’une pandémie mondiale est en cours.
  • Près de 5 000 personnes ont été infectées et plus de 2 300 sont décédées, selon le bilan présenté par l’OMS le 18 août.
  • Le virus circule dans six provinces et 55 zones de santé.
  • La transmission est favorisée par les déplacements de population, l’insécurité et les difficultés d’accès à certaines communautés.
  • Le virus se transmet principalement par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée, et non par simple proximité.
  • Il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement spécifique homologué contre Bundibugyo, mais plusieurs candidats sont en cours d’évaluation.
  • L’Ouganda a interrompu sa transmission locale, mais reste exposé aux cas importés depuis la RDC.
  • Pour les pays éloignés de la zone épidémique, le risque reste actuellement faible selon les évaluations disponibles.

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