
Fumer ne nuit pas seulement aux poumons et au cœur. La fumée de cigarette peut aussi modifier la façon dont certains médicaments sont absorbés, transformés ou éliminés par l’organisme. Dans certains cas, elle réduit leur efficacité. Dans d’autres, l’arrêt du tabac peut au contraire augmenter leur concentration dans le sang. D’où l’importance de toujours signaler son tabagisme à son médecin ou à son pharmacien.

La cigarette contient plusieurs milliers de substances chimiques. On y retrouve notamment de la nicotine, du monoxyde de carbone, des goudrons, des hydrocarbures, des métaux lourds et différents gaz.
Certaines de ces substances peuvent agir sur les enzymes du foie qui participent à la transformation des médicaments. Le tabagisme peut ainsi accélérer l’élimination de certains traitements et diminuer leur concentration dans l’organisme.
Mais les interactions ne concernent pas uniquement le métabolisme des médicaments. La nicotine possède elle-même des effets cardiovasculaires et neurologiques qui peuvent modifier ou contrarier l’action recherchée de certains traitements.

Pourquoi la cigarette peut-elle modifier l’action d’un médicament ?
Il faut distinguer deux mécanismes.
D’une part, certains composants de la fumée de cigarette stimulent des enzymes hépatiques, notamment celles de la famille des cytochromes P450. Le médicament est alors métabolisé plus rapidement. Sa concentration peut diminuer et son effet devenir moins important.
D’autre part, la nicotine agit directement sur l’organisme. Elle peut notamment augmenter la fréquence cardiaque et la pression artérielle. Elle peut donc s’opposer à certains effets recherchés par des médicaments cardiovasculaires.
Important : ce n’est généralement pas la nicotine qui est responsable de l’accélération du métabolisme de nombreux médicaments, mais surtout certains hydrocarbures présents dans la fumée issue de la combustion du tabac. Cette distinction devient particulièrement importante lorsqu’une personne passe de la cigarette classique à un autre mode de consommation de nicotine ou lorsqu’elle arrête complètement de fumer.
Théophylline : un traitement particulièrement sensible au tabagisme
La théophylline, utilisée dans certaines situations pour traiter des maladies respiratoires comme l’asthme ou certaines bronchopathies chroniques, est l’un des exemples les plus connus.
Chez une personne qui fume régulièrement, certains composants de la fumée accélèrent le métabolisme de la théophylline. Le médicament est donc éliminé plus rapidement.
La concentration du traitement dans le sang peut alors diminuer. Son efficacité peut être réduite et le contrôle des symptômes respiratoires devenir plus difficile.
Cette interaction mérite une attention particulière car la théophylline possède une marge thérapeutique relativement étroite. Autrement dit, l’écart entre une concentration efficace et une concentration susceptible de provoquer des effets toxiques est limité.
Que se passe-t-il lorsqu’on arrête de fumer ?
C’est précisément pour cette raison que l’arrêt du tabac doit être signalé.
Après l’arrêt de la cigarette, l’activité de certaines enzymes stimulées par la fumée diminue progressivement. L’organisme peut alors éliminer la théophylline moins rapidement.
Une dose auparavant adaptée à un fumeur peut donc devenir trop importante après l’arrêt. La concentration du médicament peut augmenter et favoriser des effets indésirables, voire une intoxication.
Il ne faut donc jamais modifier soi-même la dose d’un traitement lorsqu’on arrête de fumer. Le médecin peut décider de réévaluer la posologie et, lorsque cela est nécessaire, de surveiller la concentration du médicament dans le sang.
Bêta-bloquants : la nicotine peut contrarier certains effets recherchés
Les bêta-bloquants sont prescrits dans différentes maladies cardiovasculaires, notamment l’hypertension artérielle, certains troubles du rythme ou l’insuffisance cardiaque.
Le tabagisme peut compliquer leur prise en charge de plusieurs façons.
La nicotine stimule le système cardiovasculaire. Elle peut provoquer une augmentation transitoire de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle. Elle peut ainsi s’opposer, au moins en partie, aux effets recherchés de certains traitements.
L’interaction exacte dépend toutefois du médicament utilisé et du profil du patient. Il ne faut donc pas considérer que tous les bêta-bloquants sont affectés de la même manière.
Benzodiazépines : une interaction également possible
Certaines benzodiazépines, utilisées notamment dans la prise en charge de troubles anxieux ou de certains troubles du sommeil, peuvent également voir leur effet modifié chez les personnes qui fument.
La nicotine possède un effet stimulant sur le système nerveux. Cette stimulation peut sembler contradictoire avec l’effet anxiolytique ou sédatif recherché avec ces médicaments.
Là encore, l’interaction dépend de la molécule concernée, de la dose, de la fréquence du tabagisme et des autres traitements pris simultanément.
Une sensation d’efficacité insuffisante ne doit jamais conduire à augmenter soi-même la dose.
Arrêter de fumer : un excellent choix, mais à signaler si vous prenez des médicaments
L’arrêt du tabac reste l’une des meilleures décisions pour préserver sa santé. Il réduit progressivement les risques cardiovasculaires, respiratoires et cancéreux.
Mais chez certaines personnes traitées au long cours, cette modification des habitudes peut nécessiter une adaptation médicale.
Le médecin ou le pharmacien doit notamment connaître :
- le nombre de cigarettes fumées quotidiennement ;
- la durée du tabagisme ;
- la date d’un éventuel arrêt ;
- un passage récent à un autre mode de consommation de nicotine ;
- les traitements pris régulièrement ;
- tout changement inhabituel dans l’efficacité ou la tolérance d’un médicament.
Un changement important du tabagisme peut parfois être aussi pertinent pour la pharmacothérapie qu’un changement de médicament.
Pilule contraceptive et cigarette : une association particulièrement préoccupante
La question est encore plus importante lorsqu’il s’agit d’une contraception oestroprogestative, qui associe un œstrogène et un progestatif.
Le tabagisme augmente le risque cardiovasculaire. Associé à une contraception contenant des œstrogènes, il peut majorer le risque de complications vasculaires, notamment de thrombose veineuse, d’embolie pulmonaire, d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral.
Le risque dépend notamment de l’âge, de l’intensité du tabagisme et de la présence d’autres facteurs cardiovasculaires.
Chez les femmes qui fument, le choix de la contraception doit donc être discuté avec un professionnel de santé. Il existe plusieurs méthodes contraceptives et certaines peuvent être plus adaptées selon le profil individuel.
Attention aux changements de traitement et de mode de consommation
Une idée reçue consiste à penser qu’une interaction ne survient que lorsqu’on commence un médicament.
En réalité, elle peut apparaître lorsque l’on modifie ses habitudes de tabagisme.
Commencer à fumer davantage, réduire brutalement sa consommation ou arrêter complètement peut modifier l’exposition de l’organisme à certains composants de la fumée et, par conséquent, changer le métabolisme de certains médicaments.
De même, remplacer la cigarette traditionnelle par un produit contenant uniquement de la nicotine ne reproduit pas nécessairement les mêmes interactions liées à la fumée de combustion.
Cela ne signifie pas que les produits nicotiniques sont sans risque. Cela signifie simplement que les mécanismes d’interaction avec les médicaments ne sont pas identiques.
Quels signes doivent alerter ?
Une modification récente du tabagisme doit inciter à être particulièrement attentif à l’apparition de symptômes inhabituels.
Selon le médicament concerné, il peut s’agir de :
- palpitations ;
- accélération ou ralentissement inhabituel du cœur ;
- tremblements ;
- vertiges ;
- somnolence excessive ;
- agitation ;
- nausées ou vomissements ;
- maux de tête ;
- aggravation inhabituelle des symptômes de la maladie traitée.
Ces manifestations ne signifient pas forcément qu’une interaction médicamenteuse est en cause. Mais elles justifient un avis médical, particulièrement lorsqu’elles apparaissent après un changement important de consommation de tabac.
Les bons réflexes à adopter
Ne cachez jamais votre tabagisme à votre médecin ou à votre pharmacien. Cette information peut être importante pour choisir un médicament, déterminer sa dose et interpréter certains effets indésirables.
Quelques réflexes simples permettent de limiter les risques :
- signaler toute consommation de tabac lors d’une consultation ;
- préciser si vous fumez occasionnellement ou quotidiennement ;
- informer le professionnel de santé avant d’arrêter ou de réduire fortement votre consommation si vous prenez un traitement à marge thérapeutique étroite ;
- ne jamais modifier seul la dose d’un médicament ;
- demander conseil avant d’associer un nouveau médicament, complément alimentaire ou produit à base de plantes ;
- consulter rapidement en cas de symptômes inhabituels après un changement de traitement ou de tabagisme.
À retenir
La cigarette peut modifier l’action de certains médicaments, mais toutes les molécules ne sont pas concernées. Les interactions dépendent du médicament, de la dose, de la quantité de tabac consommée et des caractéristiques du patient.
L’arrêt du tabac reste fortement recommandé. Il faut simplement savoir qu’il peut, pour certains traitements, modifier le métabolisme médicamenteux et nécessiter une réévaluation de la posologie.
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