
Souvent méconnue jusqu’à la survenue d’une complication grave, la maladie thromboembolique veineuse (MTEV) constitue un véritable enjeu de santé publique. Elle regroupe principalement deux affections étroitement liées : la thrombose veineuse profonde, plus connue sous le nom de phlébite, et l’embolie pulmonaire, qui survient lorsqu’un caillot sanguin migre vers les artères des poumons.
Phlébite, embolie pulmonaire… Pourquoi les femmes sont-elles davantage exposées et comment prévenir ces complications ?
Cette maladie peut toucher tout le monde, mais les femmes présentent un risque accru à certaines périodes de leur vie, notamment en raison de leur exposition aux œstrogènes lors de la contraception hormonale, de la grossesse ou du traitement hormonal de la ménopause.
Selon les spécialistes, un diagnostic rapide est essentiel pour éviter des complications parfois mortelles.
Qu’est-ce qu’une thrombose veineuse ?
Le sang circule dans deux grands réseaux de vaisseaux :
- les artères, qui transportent le sang oxygéné vers les organes ;
- les veines, qui ramènent le sang vers le cœur puis vers les poumons afin qu’il soit de nouveau oxygéné.
Contrairement aux artères, où les obstructions sont généralement dues à l’accumulation de plaques d’athérome, les veines peuvent être bloquées par la formation d’un caillot sanguin, appelé thrombus.
Lorsque ce caillot se développe dans une veine profonde, le plus souvent au niveau de la jambe, on parle de thrombose veineuse profonde ou de phlébite.
Le principal danger survient lorsqu’une partie du caillot se détache et migre jusqu’aux poumons. Il obstrue alors une ou plusieurs artères pulmonaires, provoquant une embolie pulmonaire, une urgence médicale pouvant engager le pronostic vital.
Pourquoi les femmes sont-elles plus à risque ?
Les hormones féminines, en particulier les œstrogènes, augmentent naturellement la capacité du sang à coaguler.
Cette particularité explique pourquoi certaines situations exposent davantage les femmes à une thrombose veineuse :
- la prise d’une contraception estroprogestative ;
- la grossesse ;
- les six semaines suivant l’accouchement ;
- certains traitements hormonaux de la ménopause.
Le risque varie selon le type de contraception, les antécédents personnels ou familiaux et la présence d’autres facteurs de risque.
Toutefois, les hommes ne sont pas épargnés. Les cancers, les hospitalisations prolongées, les interventions chirurgicales ou certaines maladies chroniques constituent des facteurs de risque importants chez les deux sexes.
Pourquoi les caillots se forment-ils ?
La formation d’un caillot est favorisée lorsque le sang circule moins bien dans les veines.
Avec l’âge, les petites valves situées à l’intérieur des veines deviennent moins efficaces. Elles empêchent normalement le sang de refluer vers les pieds.
Parallèlement, les muscles du mollet jouent un rôle de véritable pompe veineuse. À chaque pas, ils compriment les veines et facilitent le retour du sang vers le cœur.
Lorsque cette pompe musculaire fonctionne moins bien, notamment en cas d’immobilisation prolongée, le sang stagne davantage et le risque de coagulation augmente.
Les principaux facteurs de risque
Plusieurs situations favorisent la survenue d’une thrombose veineuse :
- un cancer actif ;
- une intervention chirurgicale récente, notamment orthopédique ;
- une fracture immobilisée par un plâtre ;
- une hospitalisation prolongée ;
- un alitement prolongé ;
- une grossesse ou le post-partum ;
- la prise d’œstrogènes ;
- l’obésité ;
- le tabagisme ;
- les maladies inflammatoires chroniques ;
- certaines anomalies héréditaires de la coagulation.
Dans près d’un cas sur deux, cependant, aucun facteur déclenchant évident n’est retrouvé. On parle alors de thrombose « non provoquée » ou « spontanée ».
Quels sont les signes d’alerte ?
Le diagnostic n’est pas toujours évident, car les symptômes sont souvent peu spécifiques.
En cas de phlébite
Les signes les plus fréquents sont :
- une douleur persistante du mollet ou de la cuisse ;
- un gonflement d’une seule jambe ;
- une sensation de chaleur ;
- une rougeur locale ;
- une douleur apparaissant au repos ou lors de la marche.
Toute douleur unilatérale du mollet durant plus de 24 heures, surtout chez une personne à risque, doit conduire à consulter rapidement.
En cas d’embolie pulmonaire
L’embolie pulmonaire peut se manifester par :
- un essoufflement brutal ;
- une douleur thoracique, souvent augmentée par la respiration ;
- une accélération du rythme cardiaque ;
- parfois une toux ou des crachats sanglants ;
- un malaise ou une perte de connaissance dans les formes les plus graves.
Ces symptômes constituent une urgence médicale et nécessitent une prise en charge immédiate.
Comment le diagnostic est-il confirmé ?
Le médecin commence par évaluer la probabilité clinique d’une thrombose à l’aide de scores validés.
Selon cette évaluation, plusieurs examens peuvent être réalisés :
- un dosage sanguin des D-dimères, utile pour exclure une thrombose lorsque le risque est faible ou intermédiaire ;
- un écho-Doppler veineux des membres inférieurs, examen de référence pour diagnostiquer une phlébite ;
- un angioscanner thoracique, indispensable en cas de suspicion d’embolie pulmonaire.
Une prise en charge rapide permet de limiter le risque de complications graves.
Quels traitements ?
Le traitement repose principalement sur les anticoagulants, qui empêchent l’extension du caillot et réduisent le risque de nouvelles thromboses.
Aujourd’hui, les anticoagulants oraux directs (AOD) sont devenus le traitement de première intention chez la majorité des patients.
Leurs avantages sont nombreux :
- dose fixe ;
- peu d’interactions alimentaires ;
- absence de surveillance biologique régulière, hormis un contrôle annuel de la fonction rénale ;
- facilité d’utilisation.
Les héparines de bas poids moléculaire (HBPM), administrées par injection sous-cutanée, restent indiquées dans certaines situations particulières, notamment :
- les formes sévères d’embolie pulmonaire ;
- certains patients atteints de cancer ;
- la grossesse, où les AOD sont contre-indiqués.
Le traitement dure généralement 3 à 6 mois, mais il peut être prolongé lorsque le risque de récidive reste élevé, notamment en présence d’un cancer actif ou d’une thrombose survenue sans facteur déclenchant identifié.
Comment prévenir une thrombose ?
La prévention repose avant tout sur la lutte contre la stagnation du sang dans les veines.
Les spécialistes recommandent de :
- marcher quotidiennement ;
- éviter de rester assis ou immobile pendant plusieurs heures ;
- mobiliser régulièrement les chevilles et les mollets ;
- maintenir un poids de santé ;
- arrêter de fumer ;
- bien s’hydrater, notamment lors des fortes chaleurs ;
- porter des bas de compression lorsqu’ils sont prescrits.
Chez certaines personnes souffrant d’insuffisance veineuse chronique, les cures thermales associant marche en piscine, douches ciblées et soins vasculaires peuvent également améliorer les symptômes, sans toutefois remplacer les traitements médicaux.
Voyages en avion : faut-il prendre des anticoagulants ?
La question revient souvent avant les longs trajets.
En réalité, les anticoagulants ne sont pas recommandés systématiquement chez les voyageurs en bonne santé.
En revanche, chez les personnes ayant déjà présenté une phlébite ou une embolie pulmonaire et qui ne suivent plus de traitement anticoagulant, une injection préventive d’héparine de bas poids moléculaire peut être envisagée avant un vol de plus de 4 à 6 heures, mais uniquement après avis médical.
Pour la majorité des voyageurs, les mesures préventives restent simples :
- se lever régulièrement ;
- marcher dans l’allée de l’avion ;
- effectuer des mouvements de flexion-extension des chevilles ;
- boire suffisamment d’eau ;
- éviter l’alcool en excès ;
- porter des bas de compression si un médecin le recommande.
Les recommandations médicales
Consultez rapidement si vous présentez :
- une douleur inhabituelle d’une jambe avec gonflement ;
- un essoufflement soudain ;
- une douleur thoracique inexpliquée ;
- un malaise brutal.
N’interrompez jamais un traitement anticoagulant sans l’avis de votre médecin, même en l’absence de symptômes.
Les personnes présentant plusieurs facteurs de risque doivent bénéficier d’une évaluation personnalisée avant une chirurgie, une grossesse ou un long voyage.
À retenir
La thrombose veineuse est une maladie fréquente qui peut évoluer vers une embolie pulmonaire, une complication potentiellement mortelle. Les femmes sont davantage exposées à certains moments de leur vie en raison des variations hormonales liées aux œstrogènes, mais cette pathologie concerne également les hommes. Une reconnaissance précoce des symptômes, une prise en charge rapide et une prévention adaptée permettent de réduire considérablement le risque de complications et de récidive.
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