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Psoriasis : cette mutation rare pourrait expliquer certains échecs des traitements

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en medecine
28 août 2026

Pourquoi certains patients atteints de psoriasis sévère ne répondent-ils ni aux traitements conventionnels ni aux biothérapies les plus récentes ? Une étude internationale coordonnée par le Pr Hervé Bachelez apporte une piste génétique majeure. Les chercheurs ont identifié des mutations rares du gène ADAR1 chez des patients présentant une forme précoce, sévère et particulièrement résistante du psoriasis. Chez plusieurs d’entre eux, des traitements ciblant précisément la voie inflammatoire impliquée ont entraîné des rémissions spectaculaires.

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique qui touche des millions de personnes dans le monde. Elle se manifeste principalement par des plaques rouges, épaisses et squameuses, mais son impact dépasse largement la peau.

Certaines formes sont difficiles à contrôler. Malgré les traitements disponibles, une partie des patients reste en échec thérapeutique. Même les biothérapies, qui ont profondément transformé la prise en charge du psoriasis, ne permettent pas toujours d’obtenir une réponse satisfaisante.

Une étude publiée en juillet 2026 dans le Journal of Experimental Medicine apporte un nouvel éclairage sur ces situations particulièrement complexes. Une équipe internationale coordonnée par le Pr Hervé Bachelez, de l’Université Paris Cité, de l’Institut Imagine et de l’hôpital Saint-Louis à Paris, a identifié une anomalie génétique susceptible d’expliquer certaines de ces formes réfractaires.

Les chercheurs se sont intéressés à des patients présentant un psoriasis en plaques à début précoce, associé à une forme particulièrement sévère et résistante aux traitements.

Ils ont découvert chez certains d’entre eux des mutations rares du gène ADAR1.

Ce gène joue normalement un rôle de régulation du système immunitaire. Il participe notamment au contrôle de la réponse de l’organisme face à certaines molécules d’ARN produites par les cellules ou provenant de virus.

On peut donc le considérer comme une sorte de frein moléculaire. Lorsque son fonctionnement est altéré, ce frein devient moins efficace.

Le système immunitaire peut alors interpréter certaines molécules d’ARN comme une menace et déclencher une réponse inflammatoire excessive.

Certaines mutations identifiées, notamment ADAR1 G1119R et P3A, perturbent cette régulation.

Le résultat est une activation excessive de voies inflammatoires impliquant notamment les interférons et différentes cytokines. Ces molécules jouent normalement un rôle essentiel dans la défense de l’organisme. Mais lorsqu’elles sont produites de manière excessive ou persistante, elles peuvent contribuer à une inflammation chronique.

Dans ces formes particulières de psoriasis, la peau devient ainsi le siège d’une réaction immunitaire anormalement entretenue.

Cette découverte est importante car elle montre que tous les psoriasis ne reposent pas nécessairement sur les mêmes mécanismes biologiques.

Derrière un diagnostic identique peuvent se cacher des mécanismes moléculaires différents.

Les traitements modernes du psoriasis ciblent différentes molécules ou voies impliquées dans l’inflammation.

Mais si l’anomalie génétique se situe en amont de ces mécanismes, bloquer une seule voie inflammatoire classique peut ne pas suffire.

Cela pourrait expliquer pourquoi certains patients présentent une maladie particulièrement résistante, malgré l’utilisation de traitements puissants.

L’échec thérapeutique pourrait donc, dans certains cas, être lié à la nature même du mécanisme biologique responsable de la maladie.

Cette observation ouvre la voie à une médecine plus personnalisée du psoriasis, dans laquelle le choix du traitement pourrait être guidé par le profil génétique et immunologique du patient.

Après avoir identifié cette anomalie, les chercheurs ont testé une approche thérapeutique différente chez 12 patients porteurs des mutations concernées.

Deux médicaments ont été utilisés :

  • l’upadacitinib, un inhibiteur de JAK déjà utilisé dans plusieurs maladies inflammatoires, notamment le rhumatisme psoriasique ;
  • le deucravacitinib, qui cible une autre voie impliquée dans la signalisation immunitaire et est utilisé dans la prise en charge du psoriasis.

Les résultats ont été particulièrement encourageants.

Des rémissions complètes ont été observées chez des patients qui n’avaient auparavant pas répondu aux traitements disponibles.

Ces résultats ne signifient toutefois pas que ces médicaments constituent désormais un traitement universel des psoriasis résistants. L’étude concerne un groupe très spécifique de patients présentant des anomalies génétiques rares.

Des études plus importantes seront nécessaires pour confirmer ces observations et déterminer précisément quels patients pourraient bénéficier de cette stratégie.

Autre découverte intéressante : les chercheurs ont observé que l’anomalie ne concerne pas uniquement les cellules immunitaires.

Certaines cellules cutanées semblent également participer au processus inflammatoire, notamment les mélanocytes, qui sont responsables de la production de mélanine, le pigment de la peau.

Cette observation pourrait contribuer à expliquer certaines anomalies de pigmentation observées chez des patients atteints de ces formes particulières de psoriasis.

Selon les données rapportées par les chercheurs, des troubles pigmentaires peuvent concerner jusqu’à un quart des patients présentant ces anomalies.

Cette constatation rappelle que le psoriasis est loin d’être une simple maladie de surface : il résulte d’interactions complexes entre le système immunitaire, les cellules cutanées et différents mécanismes génétiques.

L’une des principales perspectives de ces travaux est le développement éventuel d’un test génétique ciblé.

Chez un patient présentant un psoriasis sévère, précoce et résistant à plusieurs traitements, l’identification d’une mutation d’ADAR1 pourrait permettre de mieux comprendre pourquoi les thérapeutiques habituelles échouent.

À terme, une telle approche pourrait contribuer à éviter l’enchaînement de traitements inefficaces et à orienter plus rapidement le patient vers une stratégie adaptée à son profil biologique.

Mais cette perspective reste encore à construire. La découverte de mutations rares ne signifie pas que tous les patients présentant un psoriasis réfractaire doivent bénéficier d’un séquençage génétique systématique.

Les chercheurs souhaitent désormais déterminer si cette voie biologique intervient également dans d’autres maladies inflammatoires.

La question est particulièrement intéressante car plusieurs pathologies partagent des mécanismes immunitaires avec le psoriasis. Les chercheurs envisagent notamment d’étudier son implication éventuelle dans :

  • la dermatite atopique ;
  • le vitiligo ;
  • le rhumatisme psoriasique ;
  • la polyarthrite rhumatoïde ;
  • le diabète de type 1.

Il reste cependant à démontrer que les mutations d’ADAR1 jouent effectivement un rôle dans ces maladies. Il ne faut donc pas extrapoler les résultats obtenus chez ces 12 patients à l’ensemble de ces pathologies.

Cette étude apporte surtout un changement de perspective.

Le psoriasis est généralement considéré comme une maladie inflammatoire multifactorielle. Cette nouvelle découverte montre qu’une anomalie génétique unique peut, dans de rares situations, modifier profondément le fonctionnement du système immunitaire et le comportement de la maladie.

Elle souligne également l’intérêt d’une approche plus personnalisée chez les patients présentant des formes inhabituelles ou résistantes.

À l’avenir, le traitement du psoriasis pourrait ainsi reposer davantage sur l’identification du mécanisme moléculaire propre à chaque patient, plutôt que sur une succession de traitements essayés les uns après les autres.

Un psoriasis qui persiste malgré un traitement ne signifie pas nécessairement qu’il existe une anomalie génétique. Plusieurs causes peuvent expliquer une réponse insuffisante : diagnostic à réévaluer, observance, posologie, durée du traitement, facteurs déclenchants ou présence d’une autre maladie inflammatoire.

En cas d’échec thérapeutique, il est donc recommandé de ne pas interrompre ou modifier seul son traitement. Un dermatologue peut réévaluer le diagnostic, rechercher les facteurs aggravants et discuter d’une autre stratégie thérapeutique.

Une consultation spécialisée est particulièrement importante lorsque le psoriasis est très précoce, sévère, associé à des manifestations inhabituelles ou résiste successivement à plusieurs traitements.

Cette découverte ne concerne pas tous les patients atteints de psoriasis. Elle identifie une forme génétique rare, particulièrement résistante, dans laquelle une anomalie d’ADAR1 semble provoquer une inflammation inhabituelle. Chez les patients concernés, le ciblage de cette voie a permis des réponses remarquables.La prochaine étape consistera à déterminer combien de patients sont réellement concernés et si un dépistage génétique peut permettre de personnaliser leur prise en charge.

Mots-clés : psoriasis, sévère, réfractaire, mutation génétique, ADAR1, inflammation, système immunitaire, biothérapies, upadacitinib, deucravacitinib, dermatologie, médecine personnalisée, mélanocytes, cytokines, interférons, maladies inflammatoires,

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