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Audition : ces 5 familles de médicaments peuvent endommager l’oreille

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
16 août 2026

Antibiotiques, antidouleurs, diurétiques ou encore chimiothérapies : certains médicaments largement utilisés peuvent, dans certaines situations, affecter l’audition ou l’équilibre. Ce phénomène, appelé ototoxicité, reste encore méconnu du grand public, alors qu’il peut entraîner des acouphènes, une baisse de l’audition, des vertiges ou une sensation d’oreille bouchée.

Des traitements indispensables… mais parfois toxiques pour l’audition

Selon la pharmacienne Dipa Kamdar, enseignante à l’Université de Kingston (Royaume-Uni), plus de 200 médicaments sont aujourd’hui considérés comme potentiellement ototoxiques. Heureusement, ces effets indésirables demeurent relativement rares et dépendent de nombreux facteurs, notamment la dose, la durée du traitement, l’association avec d’autres médicaments et la sensibilité individuelle.

Les spécialistes rappellent toutefois un point essentiel : il ne faut jamais interrompre un traitement médical sans l’avis de son médecin, même en cas de suspicion d’effet secondaire.

L’ototoxicité désigne l’ensemble des lésions provoquées par certains médicaments au niveau de l’oreille interne, où se trouvent les organes de l’audition et de l’équilibre.

Deux structures sont principalement concernées :

  • la cochlée, qui transforme les vibrations sonores en signaux nerveux interprétés par
  • le cerveau ;
  • le système vestibulaire, responsable de l’équilibre et de la stabilité des mouvements.

Au cœur de la cochlée se trouvent les cellules ciliées, de minuscules cellules sensorielles indispensables à l’audition. Certaines molécules peuvent les endommager directement ou perturber les liquides de l’oreille interne.

Contrairement à d’autres cellules de l’organisme, les cellules ciliées se régénèrent très peu. Lorsqu’elles sont détruites, la perte auditive peut devenir permanente.

Les premiers symptômes peuvent apparaître progressivement ou de façon brutale.

Les principaux signes sont :

  • des acouphènes (bourdonnements ou sifflements) ;
  • une baisse de l’audition, souvent sur les sons aigus ;
  • une sensation d’oreille bouchée ou pleine ;
  • des vertiges ;
  • des troubles de l’équilibre ;
  • une difficulté à comprendre les conversations, notamment dans un environnement bruyant.

Toute perte auditive brutale, en particulier d’un seul côté, constitue une urgence médicale et nécessite une consultation immédiate.

1. Les antibiotiques aminoglycosides

Les antibiotiques de la famille des aminoglycosides figurent parmi les médicaments les plus ototoxiques.

Les principaux sont :

  • gentamicine ;
  • tobramycine ;
  • streptomycine ;
  • amikacine.

Ils sont réservés au traitement d’infections graves telles que :

  • septicémies ;
  • méningites ;
  • infections sévères chez les patients hospitalisés.

Le risque augmente avec :

  • des doses élevées ;
  • des traitements prolongés ;
  • une insuffisance rénale.

Ces médicaments peuvent provoquer une perte auditive irréversible, car ils restent présents plusieurs semaines dans l’oreille interne.

2. Certains médicaments cardiovasculaires

Plusieurs traitements utilisés en cardiologie peuvent également affecter temporairement l’audition.

Les plus concernés sont les diurétiques de l’anse, notamment :

  • furosémide ;
  • bumétanide.

Ils sont prescrits dans :

  • l’insuffisance cardiaque ;
  • l’œdème pulmonaire ;
  • certaines formes d’hypertension artérielle.

Environ 3 % des patients présenteraient des effets ototoxiques, généralement réversibles après adaptation ou arrêt du traitement.

Certains antihypertenseurs, comme les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou les inhibiteurs calciques, ont également été associés à des acouphènes, même si les preuves scientifiques restent encore limitées.

3. Les chimiothérapies à base de platine

Le cisplatine et le carboplatine sont largement utilisés dans le traitement de nombreux cancers :

  • cancer du testicule ;
  • cancer de l’ovaire ;
  • cancer du sein ;
  • cancers ORL ;
  • cancers pulmonaires.

Le cisplatine est particulièrement connu pour son potentiel ototoxique.

Selon les études, jusqu’à 60 % des patients pourraient présenter une perte auditive plus ou moins importante après le traitement.

Le risque est encore plus élevé lorsque la radiothérapie concerne la tête ou le cou.

Pour cette raison, un suivi audiologique est souvent proposé avant, pendant et après le traitement.

4. Les antidouleurs utilisés au quotidien

Même certains médicaments disponibles sans ordonnance peuvent, en cas d’utilisation fréquente ou prolongée, affecter l’audition.

Les spécialistes citent notamment :

  • l’aspirine ;
  • les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène ou le naproxène ;
  • le paracétamol.

Une vaste étude a montré que les femmes de moins de 60 ans prenant régulièrement de l’aspirine à dose modérée (325 mg ou plus, six à sept fois par semaine) présentaient un risque accru d’acouphènes d’environ 16 %.

Une utilisation fréquente des AINS et du paracétamol a également été associée à une augmentation d’environ 20 % du risque d’acouphènes, ainsi qu’à davantage de troubles auditifs à long terme, notamment chez les hommes jeunes.

Ces résultats ne signifient pas que ces médicaments sont dangereux lorsqu’ils sont utilisés ponctuellement, mais ils rappellent l’importance de respecter les doses recommandées et d’éviter l’automédication prolongée.

5. Les antipaludiques et certains traitements des maladies auto-immunes

Les spécialistes évoquent également :

  • la chloroquine ;
  • la quinine ;

l’hydroxychloroquine.

Ces médicaments sont utilisés contre :

  • le paludisme ;
  • le lupus ;
  • la polyarthrite rhumatoïde.

Ils peuvent provoquer :

  • des acouphènes ;
  • une baisse de l’audition ;
  • des troubles de l’équilibre.

Les symptômes régressent souvent après l’arrêt du traitement, mais ils peuvent parfois persister lorsque les doses sont importantes ou les traitements prolongés.

Certaines personnes sont plus exposées aux effets ototoxiques :

  • les personnes âgées ;
  • les jeunes enfants ;
  • les patients souffrant d’insuffisance rénale ;
  • les personnes ayant déjà une perte auditive ;
  • les patients recevant plusieurs médicaments ototoxiques simultanément ;
  • les personnes régulièrement exposées au bruit (écouteurs à fort volume, concerts, environnement professionnel bruyant).

L’association entre une exposition sonore importante et certains médicaments augmente le risque de lésions de l’oreille interne.

Quelques mesures simples permettent de réduire le risque d’ototoxicité :

  • respecter strictement la dose et la durée du traitement prescrites ;
  • éviter l’automédication répétée, notamment avec les anti-inflammatoires ;
  • informer son médecin de tout antécédent de troubles auditifs ;
  • signaler immédiatement l’apparition d’acouphènes, de vertiges ou d’une baisse de l’audition ;
  • protéger ses oreilles des bruits intenses pendant le traitement ;
  • réaliser un bilan auditif lorsque celui-ci est recommandé, notamment avant certaines chimiothérapies ou traitements antibiotiques prolongés.

Une consultation médicale rapide est recommandée si vous présentez :

  • une baisse brutale de l’audition ;
  • des acouphènes persistants apparus après le début d’un traitement ;
  • des vertiges importants ;
  • une sensation persistante d’oreille bouchée ;
  • des troubles de l’équilibre.

Une perte auditive soudaine constitue une urgence ORL : une prise en charge précoce améliore les chances de récupération.

L’ototoxicité est un effet secondaire rare mais bien documenté de nombreux médicaments. Antibiotiques aminoglycosides, diurétiques de l’anse, chimiothérapies à base de platine, anti-inflammatoires, aspirine, paracétamol ou encore certains antipaludiques peuvent, dans certaines circonstances, altérer l’audition ou l’équilibre. Le risque dépend de nombreux facteurs, notamment la dose, la durée du traitement et la fragilité du patient. Il est essentiel de rester attentif aux signes d’alerte, sans jamais interrompre un traitement sans avis médical.

Le conseil des spécialistes : « Tout symptôme auditif apparaissant après l’introduction d’un nouveau médicament mérite d’être signalé rapidement au médecin ou au pharmacien. Une prise en charge précoce peut parfois limiter les séquelles. »

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