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Édulcorants : une vaste étude relance les inquiétudes sur leurs effets potentiels sur le cerveau

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur neurosciences
24 août 2026

Longtemps présentés comme une alternative plus saine au sucre, les édulcorants hypocaloriques ou sans calories font une nouvelle fois l’objet de débats scientifiques. Après avoir été associés, dans certaines études, à un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de certains cancers ou encore de troubles de l’humeur, une nouvelle recherche publiée dans la revue Neurology suggère qu’une consommation élevée pourrait également être liée à un déclin plus rapide des fonctions cognitives.

Ces résultats ne démontrent pas que les édulcorants sont responsables de ces troubles, mais ils soulignent la nécessité de poursuivre les recherches afin de mieux évaluer leur impact sur la santé cérébrale à long terme.

Pour mener leurs travaux, des chercheurs de l’Université de São Paulo (Brésil) ont analysé les données de 12 772 adultes, principalement des fonctionnaires, âgés en moyenne de 52 ans.

Les participants ont été suivis durant huit années. Au début de l’étude, chacun a renseigné de manière détaillée sa consommation alimentaire au cours des douze mois précédents, notamment celle de boissons et d’aliments contenant des édulcorants.

Parallèlement, plusieurs évaluations neuropsychologiques standardisées ont été réalisées afin de mesurer différentes fonctions cognitives, notamment :

  • la mémoire ;
  • la fluidité verbale ;
  • les fonctions exécutives (planification, organisation, prise de décision, contrôle des impulsions et régulation des émotions) ;
  • les capacités globales de réflexion.

Les chercheurs ont ensuite comparé l’évolution de ces performances selon le niveau de consommation de différents édulcorants.

Les résultats montrent que les personnes consommant le plus d’édulcorants présentaient un déclin des capacités cognitives environ 62 % plus rapide que celles qui en consommaient le moins.

Selon les auteurs, cette différence correspond approximativement à 1,6 année supplémentaire de vieillissement cérébral.

L’association concernait plusieurs domaines essentiels du fonctionnement cérébral :

  • une diminution plus rapide des capacités de mémorisation ;
  • une baisse de la fluidité verbale ;
  • un ralentissement des performances cognitives globales.

Les chercheurs ont observé ces associations avec plusieurs édulcorants couramment utilisés, notamment :

  • l’aspartame ;
  • le sucralose ;
  • l’acésulfame-K ;
  • l’érythritol ;
  • le sorbitol ;
  • le xylitol.

Les analyses portaient aussi bien sur la consommation d’un seul édulcorant que sur leur utilisation combinée dans différents aliments ou boissons.

Fait surprenant, cette association entre consommation élevée d’édulcorants et déclin cognitif n’a été observée que chez les participants âgés de moins de 60 ans.

Les auteurs estiment que cette période de la vie pourrait représenter une fenêtre importante pour préserver les fonctions cérébrales et recommandent de limiter la consommation excessive de ces produits dans le cadre d’une alimentation équilibrée.

Selon Claudia Kimie Suemoto, principale auteure de l’étude : « Les édulcorants hypocaloriques ou sans calories sont souvent considérés comme une alternative saine au sucre. Cependant, nos résultats suggèrent que certains d’entre eux pourraient avoir des effets néfastes sur la santé cérébrale à long terme. »

Les chercheurs insistent toutefois sur un point essentiel : cette étude est observationnelle.

Autrement dit, elle met en évidence une association statistique entre une consommation élevée d’édulcorants et un déclin cognitif plus rapide, sans démontrer que les édulcorants en sont directement responsables.

D’autres facteurs, parfois difficiles à mesurer, pourraient également expliquer en partie ces résultats.

Néanmoins, cette recherche présente plusieurs points forts :

  • un effectif important de près de 13 000 participants ;
  • une durée de suivi de huit ans ;
  • des tests cognitifs standardisés réalisés par des professionnels ;
  • la prise en compte de nombreux facteurs pouvant influencer les fonctions cérébrales, comme l’âge, le niveau d’études, l’activité physique, la qualité de l’alimentation ou encore les facteurs cardiovasculaires.

Ces éléments renforcent la robustesse statistique des observations, sans pour autant permettre d’établir un lien de causalité.

À ce jour, les scientifiques ne savent pas précisément comment certains édulcorants pourraient influencer le fonctionnement du cerveau.

Plusieurs hypothèses sont actuellement étudiées :

  • une modification du microbiote intestinal, susceptible d’agir sur l’axe intestin-cerveau ;
  • des perturbations du métabolisme du glucose et de la sensibilité à l’insuline ;
  • des effets sur certaines molécules impliquées dans la communication entre les neurones ;
  • une influence indirecte sur l’inflammation chronique ou le stress oxydatif, deux mécanismes déjà impliqués dans le vieillissement cérébral.

Ces pistes restent toutefois à confirmer par des études expérimentales.

À ce stade, les spécialistes ne recommandent pas de supprimer systématiquement les édulcorants de son alimentation.

Les autorités sanitaires rappellent que leur consommation doit rester modérée, dans le cadre d’une alimentation variée et équilibrée.

Pour réduire les envies de sucre, il est préférable de privilégier progressivement des aliments naturellement peu sucrés plutôt que de remplacer systématiquement le sucre par des édulcorants.

Lorsque cela est possible, les fruits entiers constituent une alternative intéressante grâce à leur apport en fibres, vitamines, minéraux et composés antioxydants.

Pour préserver durablement la santé du cerveau, les experts recommandent de :

  • limiter la consommation de boissons ultra-transformées et de produits très riches en édulcorants ;
  • privilégier une alimentation de type méditerranéen, riche en fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, poissons et huiles végétales ;
  • pratiquer une activité physique régulière ;
  • maintenir un sommeil de qualité ;
  • contrôler les facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, diabète, excès de cholestérol, tabagisme) ;
  • stimuler régulièrement le cerveau par la lecture, les activités intellectuelles et les interactions sociales.

Cette vaste étude brésilienne suggère qu’une consommation élevée d’édulcorants pourrait être associée à une accélération du déclin des capacités cognitives, notamment de la mémoire et de la fluidité verbale. Toutefois, ces résultats restent observationnels et ne permettent pas d’affirmer que les édulcorants sont directement responsables. Des recherches complémentaires seront nécessaires pour confirmer ces observations et mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués. En attendant, la modération et une alimentation diversifiée demeurent les meilleures recommandations.

Mots-clés : édulcorants, cerveau, mémoire, déclin cognitif, Neurology, aspartame, sucralose, érythritol, xylitol, santé cérébrale, alimentation, microbiote, vieillissement, prévention.

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