La Société algérienne de pneumo-phtisiologie a refermé à Alger, le 18 avril 2026, la 28e édition de son congrès national sur une impression de densité et de continuité. Pendant trois jours, la communauté pneumologique s’est réunie autour d’un thème qui dit beaucoup de l’évolution actuelle de la discipline : ‘’Pour une prise en charge holistique des maladies respiratoires’’.
Derrière cette formule, il y avait bien plus qu’un mot d’ordre scientifique. Il y avait une orientation. Celle d’une pneumologie qui ne veut plus regarder la maladie à travers le seul prisme de l’organe atteint, mais à travers l’ensemble des déterminants qui façonnent la santé du patient : comorbidités, environnement, prévention, qualité de vie, parcours de soins, réadaptation et accompagnement.
Une édition marquée par une vision cohérente
Sous la présidence de la Professeure Samya Taright-Mahi, la SAPP a donné à ce 28e congrès une ligne claire. Le programme, riche en plénières, ateliers, communications libres et e-posters, a témoigné d’une volonté de mettre en dialogue les avancées scientifiques, les réalités cliniques et les enjeux de santé publique.
Les sessions consacrées à l’inflammation TH2, à l’asthme, à la BPCO, aux petites voies aériennes, aux comorbidités cardiovasculaires, à l’hypertension pulmonaire, au risque opératoire ou encore à la réadaptation respiratoire ont montré combien la prise en charge des maladies respiratoires est devenue plus fine, plus intégrée et plus exigeante.
Le congrès a également donné une place importante à la prévention. Le tabagisme, la vaccination, les vulnérabilités sanitaires et les effets du changement climatique sur la santé ont été abordés comme des dimensions à part entière de la médecine respiratoire. C’est là l’un des enseignements forts de cette édition : la pneumologie ne se limite plus au traitement des formes déclarées de la maladie ; elle s’ouvre de plus en plus à l’anticipation, au repérage précoce et à la lecture globale des facteurs de risque.
Une discipline tournée vers les outils d’aujourd’hui
Parmi les signaux marquants de ce congrès figure aussi l’ouverture assumée vers les outils numériques et l’intelligence artificielle. Ateliers méthodologiques, réflexion sur l’intégration de l’IA dans la recherche médicale, présentation d’outils interactifs d’aide à la décision clinique : la SAPP a clairement montré qu’elle entend inscrire la pneumologie algérienne dans les transformations actuelles de la pratique médicale.
Cette ouverture n’a pas été présentée comme un effet de mode, mais comme une nécessité à penser avec méthode. L’enjeu n’est pas de remplacer le jugement clinique, mais de mieux l’éclairer, de mieux structurer la décision et de rapprocher les recommandations scientifiques de la pratique quotidienne.
Un hommage fort à la Professeure Samya Taright-Mahi
La clôture du congrès a également été marquée par un moment de reconnaissance particulièrement fort : l’hommage rendu à la Professeure Samya Taright-Mahi par les congressistes.
Cet hommage n’avait rien d’une simple étape protocolaire. Il traduisait une estime réelle pour une présidente dont le parcours, la constance et la tenue ont profondément marqué cette édition. À travers les mots qui lui ont été adressés, c’est une figure de rigueur, de discrétion, d’endurance et de transmission qui a été saluée.
Beaucoup ont vu en elle non seulement une responsable scientifique, mais aussi une personnalité capable d’incarner une certaine idée de la médecine : une médecine qui ne sépare pas la compétence de l’éthique, ni l’excellence scientifique de l’attention portée à la personne humaine. Dans un contexte où les sociétés savantes sont souvent jugées à la seule qualité de leur organisation, cet hommage est venu rappeler qu’elles vivent aussi par les figures morales et intellectuelles qui leur donnent une âme.
Un projet mémoriel pour préserver l’histoire de la pneumologie algérienne
Mais l’un des faits les plus importants de ce 28e congrès dépasse sans doute le cadre même de la rencontre scientifique. La SAPP a engagé un projet rédactionnel mémoriel consacré aux grandes figures de la pneumologie et de la pneumo-phtisiologie en Algérie.
Ce projet, lancé sous la présidence de la Professeure Samya Taright-Mahi, vise la réalisation d’un ouvrage collectif destiné à préserver la mémoire scientifique, hospitalière et humaine d’une spécialité majeure de l’histoire sanitaire nationale. L’ambition est claire : rendre hommage à celles et ceux qui ont contribué à bâtir, structurer, développer et transmettre la pneumologie dans notre pays.
À travers cette initiative, la SAPP affirme qu’une discipline ne vit pas seulement de recommandations, de congrès ou de publications. Elle vit aussi de mémoire, de filiation, d’écoles, de maîtres, d’expériences transmises et d’héritages professionnels qu’il devient urgent de sauvegarder.
Des maîtres de référence à l’échelle du pays
L’ouvrage en préparation entend notamment mettre en lumière les grands référents de la pneumo-phtisiologie algérienne à travers les différentes régions du pays. Sont ainsi évoqués, dans cette géographie de la reconnaissance, au Centre, les Professeurs Chaulet et Larbaoui ; à l’Est, les Professeurs Khellaf et Abbes ; à l’Ouest, les Professeurs Zirout et Mokhtari.
Cette volonté de restituer les grandes figures régionales est importante. Elle rappelle que l’histoire de la pneumologie algérienne ne s’est pas construite de manière abstraite, mais dans des services, des CHU, des structures spécialisées, des équipes, des villes et des générations de praticiens qui ont essaimé à partir de grands foyers de formation et d’excellence.
Mais la portée de ce projet est plus large encore. Car la SAPP ne veut pas limiter cet hommage aux seuls noms les plus connus. Elle entend aussi reconnaître la contribution décisive de nombreux acteurs restés plus discrets : praticiens hospitaliers, enseignants, paramédicaux, techniciens, microscopistes, infirmiers, personnels de laboratoire, cadres hospitaliers et agents de santé ayant participé, chacun à leur place, à l’édification de cette spécialité.
Un appel à contribution ouvert à tous les détenteurs de mémoire
Dans cette perspective, la société savante a lancé un appel à contribution à destination des pneumologues, pneumo-phtisiologues, universitaires, historiens de la médecine, anciens praticiens hospitaliers, enseignants, chercheurs, personnels de santé, témoins, familles, collègues et détenteurs d’archives.
Les contributions attendues peuvent prendre plusieurs formes : témoignages écrits, photographies, archives personnelles ou institutionnelles, coupures de presse, notices biographiques, hommages, documents historiques, publications ou éléments relatifs aux parcours académiques, hospitaliers, scientifiques, techniques et humains des personnalités évoquées.
L’objectif est de réunir une matière vivante, sérieuse et documentée, afin de construire un ouvrage qui ne soit pas un simple recueil de souvenirs, mais une véritable œuvre de transmission. Une manière, aussi, d’offrir aux nouvelles générations de médecins une part précieuse de l’histoire de la médecine algérienne.
La coordination éditoriale de cet ouvrage est assurée par Mohamed Tahar Aissani, écrivain, écrivain-traducteur, médecin spécialiste et journaliste.
Une clôture qui ouvre en réalité un nouveau chapitre
Au fond, la clôture du 28e Congrès national de la SAPP n’a pas seulement achevé un programme scientifique dense. Elle a ouvert autre chose. Elle a dessiné une continuité entre le savoir et la mémoire, entre l’innovation et la fidélité, entre la réflexion clinique et le devoir de transmission.
C’est peut-être là que réside la singularité de cette édition 2026. Dans cette capacité à tenir ensemble plusieurs exigences : approfondir la science, mieux accompagner le patient, intégrer les outils nouveaux, sans jamais perdre de vue ceux qui ont construit les fondations de la discipline.
Une société savante devient plus grande lorsqu’elle sait à la fois regarder devant et regarder derrière. Devant, pour ne pas manquer les mutations de son temps. Derrière, pour ne pas trahir ce qui l’a fondée. À Alger, lors de ce 28e congrès, la SAPP a donné le sentiment de vouloir faire les deux.
Mots-clés : SAPP, pneumologie, pneumo-phtisiologie, Algérie, congrès, mémoire, médicale, Samya Taright-Mahi, histoire, médecine, santé publique, transmission.
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