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Apnée du sommeil : un médicament pourrait améliorer les nuits… mais altérer la vigilance

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
31 août 2026

La quétiapine peut réduire les réveils nocturnes chez certaines personnes souffrant d’apnée obstructive du sommeil. Mais un petit essai clinique suggère qu’elle pourrait aussi diminuer les performances le lendemain, notamment au volant. Un constat à prendre avec prudence, mais qui rappelle les risques liés à l’utilisation de sédatifs chez les patients apnéiques.

L’apnée obstructive du sommeil est un trouble fréquent mais largement sous-diagnostiqué. Elle se caractérise par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil, provoquées par un rétrécissement ou une obstruction des voies respiratoires supérieures. Ronflements, réveils nocturnes, fatigue au réveil, maux de tête matinaux et somnolence diurne peuvent en être les principales manifestations.

Le problème est que certaines personnes ne savent pas qu’elles souffrent d’apnée. Elles peuvent simplement avoir l’impression de mal dormir ou de se réveiller trop souvent. Dans ce contexte, des médicaments comme la quétiapine peuvent parfois être prescrits contre l’insomnie, alors qu’ils ne traitent pas la cause de l’apnée.

La quétiapine est un antipsychotique indiqué notamment dans la schizophrénie et le trouble bipolaire. À faible dose, elle est également prescrite hors indication dans certaines situations d’insomnie.

Cette utilisation repose notamment sur son effet sédatif. Le médicament peut faciliter l’endormissement et réduire certains réveils nocturnes.

Mais améliorer la sensation de sommeil ne signifie pas nécessairement améliorer les capacités de l’organisme le lendemain. C’est précisément ce décalage qu’une équipe de l’université Flinders, en Australie, a voulu étudier chez des personnes souffrant d’apnée obstructive du sommeil.

Les chercheurs ont suivi 15 participants présentant une apnée obstructive du sommeil associée à des difficultés à maintenir leur sommeil.

Chaque participant a passé deux nuits dans des conditions différentes : une nuit sous quétiapine et une autre sous placebo.

Les résultats montrent que le médicament améliorait certains paramètres du sommeil. Les participants dormaient plus longtemps et se réveillaient moins souvent.

Mais les performances mesurées le lendemain étaient moins bonnes.

Lors d’un test de vigilance psychomotrice de dix minutes, les temps de réaction étaient plus longs après la prise de quétiapine.

Le nombre de défaillances attentionnelles est également passé d’une médiane de 2 sous placebo à 10 sous quétiapine.

Les chercheurs ont ensuite évalué les capacités de conduite dans un simulateur. Après avoir pris le médicament, les participants s’écartaient en moyenne 33 % davantage du centre de leur voie.

Le nombre d’accidents simulés a également presque doublé. Ce dernier résultat doit toutefois être interprété avec prudence en raison du très faible nombre de participants.

Le constat le plus important concerne surtout la perception de la somnolence. Certains participants ne se sentaient pas particulièrement fatigués alors que leurs performances objectives étaient nettement moins bonnes.

Autrement dit, une personne peut avoir l’impression d’être suffisamment vigilante alors que ses réflexes et son attention sont déjà altérés.

Ce décalage entre la sensation subjective et les performances réelles peut devenir dangereux dans certaines situations.

La conduite automobile exige une attention constante, des réflexes rapides et une bonne capacité à prendre des décisions en quelques secondes. Une diminution de la vigilance peut donc augmenter le risque d’accident, même lorsque la personne ne ressent pas de somnolence importante.

Après la prise de quétiapine, il est donc particulièrement important de respecter les recommandations du médecin et les éventuelles restrictions concernant la conduite ou l’utilisation de machines.

L’apnée obstructive et l’insomnie peuvent parfois coexister. Une personne qui se réveille fréquemment peut penser qu’elle souffre uniquement d’insomnie, alors que ces réveils sont liés à des interruptions répétées de la respiration.

Le sous-diagnostic est important. Selon les données citées dans l’étude, environ 80 % des personnes souffrant d’apnée du sommeil ne seraient pas diagnostiquées.

Cette situation peut conduire certains patients à recevoir un traitement destiné à améliorer leur sommeil sans que l’apnée sous-jacente soit correctement identifiée.

Or, un médicament sédatif ne remplace pas le traitement de l’obstruction des voies respiratoires.

Certains symptômes doivent inciter à en parler à un médecin :

  • ronflements importants et réguliers ;
  • pauses respiratoires observées pendant le sommeil ;
  • réveils fréquents ou sensation d’étouffement la nuit ;
  • bouche sèche au réveil ;
  • maux de tête matinaux ;
  • fatigue persistante malgré une durée de sommeil suffisante ;
  • somnolence pendant la journée ;
  • difficultés de concentration ou troubles de la mémoire ;
  • irritabilité ou changements d’humeur.

Le témoignage du conjoint ou d’un proche peut être particulièrement utile, car les pauses respiratoires passent souvent inaperçues chez la personne concernée.

Cette étude ne signifie pas que la quétiapine est dangereuse pour toutes les personnes qui la prennent.

Elle présente plusieurs limites importantes. L’essai ne comprenait que 15 participants, et chaque personne n’a été exposée au médicament que pendant une seule nuit. Ces résultats ne permettent donc pas de conclure sur les effets d’un traitement prolongé.

Des études plus importantes seront nécessaires pour déterminer si ces observations se confirment, notamment selon l’âge, la dose utilisée et la sévérité de l’apnée.

Il faut également distinguer l’amélioration subjective du sommeil de l’efficacité globale du traitement. Un médicament peut réduire les réveils sans pour autant corriger les mécanismes respiratoires responsables de l’apnée.

La première étape consiste à consulter un médecin. Celui-ci pourra rechercher les facteurs de risque et décider si un bilan du sommeil est nécessaire.

Selon la situation, une polygraphie ventilatoire nocturne ou une polysomnographie peut être proposée afin d’enregistrer la respiration, les mouvements thoraciques, l’oxygénation et différents paramètres du sommeil.

La prise en charge dépend ensuite de la cause et de la sévérité de l’apnée. Elle peut notamment comprendre une perte de poids lorsqu’elle est indiquée, une amélioration des habitudes de sommeil, une réduction de l’alcool le soir, le traitement d’une obstruction nasale ou l’utilisation d’une pression positive continue (PPC) dans certaines formes.

La quétiapine peut améliorer certains paramètres du sommeil, mais cette amélioration ne garantit pas une meilleure vigilance le lendemain. Chez les personnes souffrant d’apnée du sommeil, la prudence est donc nécessaire, particulièrement lorsque la conduite ou une activité nécessitant une attention soutenue est prévue.

Il ne faut ni commencer, ni arrêter, ni modifier la dose de quétiapine sans avis médical. L’arrêt brutal d’un traitement prescrit peut également provoquer des effets indésirables et doit être encadré par un professionnel de santé.

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