
En période de fortes chaleurs, de nombreuses personnes constatent qu’elles mangent moins qu’à l’habitude. Un repas est parfois sauté, les portions diminuent, tandis que les aliments frais et légers remplacent spontanément les plats copieux. Cette baisse de l’appétit est un phénomène fréquent lors des épisodes caniculaires.
Lorsque la chaleur s’installe, l’appétit diminue naturellement
Loin d’être anormale, cette réaction constitue un mécanisme d’adaptation physiologique. Pour éviter une élévation excessive de sa température, le corps modifie plusieurs fonctions, notamment celles qui contrôlent la faim et la digestion.
Pourquoi ressent-on moins la faim lorsqu’il fait très chaud ? Quel rôle jouent les hormones, le cerveau et la digestion ? Cette diminution de l’appétit est-elle sans conséquence pour la santé ? Voici les explications.
Le cerveau réduit naturellement la sensation de faim
La température interne du corps humain doit rester relativement stable, autour de 37 °C, malgré les variations climatiques.
Cette mission est assurée par une petite région du cerveau appelée hypothalamus, véritable centre de contrôle qui régule notamment :
- la température corporelle ;
- la sensation de faim ;
- la sensation de soif ;
- la transpiration ;
- les rythmes biologiques.
Lorsque les températures extérieures augmentent fortement, l’hypothalamus met en place plusieurs mécanismes destinés à limiter la production de chaleur par l’organisme.
Parmi eux figure une diminution de la sécrétion de ghréline, souvent appelée « hormone de la faim ». En parallèle, les signaux de satiété deviennent plus importants.
Cette adaptation, connue sous le nom d’anorexie thermique, réduit naturellement l’envie de manger afin de diminuer la chaleur produite par la digestion.
La durée d’ensoleillement, plus importante en été, ainsi que l’intensité de la lumière naturelle participent également à cette baisse saisonnière de l’appétit.
Pourquoi la digestion produit-elle de la chaleur ?
Contrairement à une idée reçue, la digestion ne se limite pas à transformer les aliments.
Elle mobilise de nombreux organes, enzymes et hormones qui consomment de l’énergie. Ce travail métabolique génère inévitablement de la chaleur.
Les scientifiques parlent d’effet thermique des aliments (ETA), également appelé thermogenèse alimentaire.
En moyenne, ce phénomène représente près de 10 % de la dépense énergétique quotidienne.
Autrement dit, chaque repas entraîne une légère augmentation de la température corporelle.
Tous les aliments ne produisent pas la même quantité de chaleur
L’effet thermique varie selon les nutriments consommés.
Les protéines
Les protéines sont les plus coûteuses à digérer.
Environ 20 à 30 % de leur valeur énergétique est utilisée uniquement pour leur assimilation.
Les viandes, poissons, œufs et légumineuses demandent donc davantage de travail digestif.
Les glucides
Leur effet thermique est intermédiaire.
Ils nécessitent entre 5 et 10 % de leur apport énergétique pour être métabolisés.
Les lipides
Les matières grasses génèrent peu de chaleur lors de leur digestion (0 à 3 %).
En revanche, elles ralentissent la vidange de l’estomac et peuvent accentuer la sensation de lourdeur, surtout lors des repas copieux.
Une double sollicitation de l’organisme pendant la canicule
Lorsqu’il fait très chaud, le corps doit simultanément accomplir deux missions essentielles.
La première consiste à refroidir l’organisme grâce à la transpiration et à la dilatation des vaisseaux sanguins de la peau.
La seconde est d’assurer la digestion après les repas.
Or, ces deux mécanismes nécessitent une augmentation du débit sanguin.
Le corps doit donc répartir ses ressources entre la peau, chargée d’évacuer la chaleur, et le système digestif.
Cette concurrence explique pourquoi les repas abondants provoquent souvent :
- une sensation de fatigue ;
- de la somnolence ;
- une digestion difficile ;
- des ballonnements ;
- un inconfort digestif plus marqué durant les épisodes caniculaires.
Les besoins énergétiques diminuent également en été
En hiver, l’organisme dépense davantage d’énergie pour maintenir sa température.
À l’inverse, pendant une canicule, cette dépense diminue puisque l’environnement est déjà chaud.
Les besoins énergétiques étant légèrement réduits, la sensation de faim diminue également.
Cette adaptation participe elle aussi à la baisse physiologique de l’appétit.
Une perte d’appétit généralement normale… mais pas toujours sans risque
Chez un adulte en bonne santé, cette diminution de l’appétit reste le plus souvent passagère.
Elle disparaît généralement lorsque les températures redeviennent plus supportables.
Cependant, chez certaines personnes, cette baisse des apports alimentaires peut rapidement avoir des conséquences importantes.
Dans le monde, des millions de personnes souffrent de dénutrition. Parmi les personnes âgées vivant à domicile, 4 à 10 % sont concernées. À l’hôpital, près d’un patient âgé sur deux présente une dénutrition.
Une alimentation insuffisante favorise notamment :
- la perte de masse musculaire ;
- la fatigue chronique ;
- les infections ;
- les chutes ;
- le ralentissement de la cicatrisation ;
- la diminution des défenses immunitaires.
Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables
Avec l’avancée en âge, les mécanismes qui régulent la faim et la soif deviennent moins efficaces.
Les seniors ressentent moins rapidement :
- la faim ;
- la soif ;
- les premiers signes de déshydratation.
Ils peuvent ainsi réduire leurs apports alimentaires et hydriques sans s’en rendre compte.
Ce phénomène augmente le risque de :
- dénutrition ;
- déshydratation ;
- coup de chaleur ;
- hospitalisation.
La vigilance des proches est donc essentielle pendant les épisodes caniculaires.
Quels aliments privilégier lorsqu’il fait très chaud ?
Lorsque l’appétit diminue, il est inutile de se forcer à consommer de gros repas. Les nutritionnistes recommandent plutôt de fractionner l’alimentation en plusieurs petits repas répartis au cours de la journée.
Les aliments riches en eau sont particulièrement intéressants. Parmi eux :
- la pastèque ;
- le melon ;
- le concombre ;
- la tomate ;
- les salades ;
- les courgettes ;
- les pêches ;
- les nectarines.
Ils participent à l’hydratation tout en apportant vitamines, fibres, minéraux et antioxydants.
Les produits laitiers frais, comme le yaourt nature, le fromage blanc ou les petits-suisses, constituent également de bonnes sources de protéines tout en étant composés d’environ 80 % d’eau.
Les poissons, les volailles, les œufs, les légumineuses et les céréales complètes peuvent être consommés en portions modérées afin de préserver la masse musculaire.
L’hydratation reste la priorité absolue
Pendant une canicule, le risque principal demeure la déshydratation.
Il est conseillé de :
- boire régulièrement sans attendre d’avoir soif ;
- privilégier l’eau tout au long de la journée ;
- consommer des aliments riches en eau ;
- limiter les boissons très sucrées.
Les boissons alcoolisées sont déconseillées, car elles augmentent les pertes d’eau et perturbent les mécanismes naturels de régulation de la température corporelle.
Les boissons très caféinées ou fortement énergisantes doivent également être consommées avec modération.
Les aliments à limiter pendant les fortes chaleurs
Pour faciliter la digestion, il est préférable de réduire la consommation de :
- plats très gras ;
- aliments frits ;
- sauces riches ;
- repas très copieux ;
- charcuteries ;
- pâtisseries en grande quantité ;
- boissons alcoolisées.
Ces aliments ralentissent la digestion et augmentent la sensation d’inconfort lorsque les températures sont élevées.
Quand faut-il consulter un médecin ?
Une baisse temporaire de l’appétit est généralement sans gravité.
En revanche, une consultation médicale s’impose en cas de :
- perte de poids rapide ;
- impossibilité de boire ou de s’alimenter ;
- vomissements répétés ;
- diarrhées importantes ;
- vertiges persistants ;
- confusion ;
- somnolence inhabituelle ;
- maux de tête intenses ;
- peau chaude, rouge et sèche malgré la chaleur ;
- absence de transpiration ;
- fièvre élevée.
Ces symptômes peuvent traduire une déshydratation sévère ou un coup de chaleur, une urgence médicale nécessitant une prise en charge immédiate.
Les recommandations des professionnels de santé
Pour mieux supporter les fortes chaleurs, les médecins conseillent de :
- privilégier plusieurs petits repas plutôt qu’un repas copieux ;
- manger lentement et dans un environnement frais ;
- maintenir des apports suffisants en protéines pour préserver la masse musculaire ;
- boire régulièrement de l’eau, même en l’absence de soif ;
- consommer quotidiennement des fruits et légumes riches en eau ;
- éviter les efforts physiques pendant les heures les plus chaudes ;
- rester dans des lieux frais et bien ventilés ;
- surveiller attentivement les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques.
À savoir : la digestion produit de la chaleur depuis… plus d’un siècle
Dès 1902, le physiologiste allemand Max Rubner avait démontré que la digestion augmentait naturellement la production de chaleur par l’organisme. Il baptisa ce phénomène « action dynamique spécifique », aujourd’hui appelé thermogenèse alimentaire ou effet thermique des aliments.
Plus d’un siècle plus tard, les connaissances en physiologie confirment que, lors des épisodes de canicule, le cerveau réduit spontanément la sensation de faim afin de limiter cette production de chaleur supplémentaire. Ce mécanisme de protection permet à l’organisme de mieux maintenir sa température interne et de réduire le risque de surchauffe.
A retenir
La perte d’appétit pendant les fortes chaleurs est une réponse normale de l’organisme destinée à limiter la production de chaleur liée à la digestion. Si ce phénomène est généralement sans gravité, il nécessite une attention particulière chez les personnes âgées, les enfants et les personnes fragiles. Une alimentation légère mais équilibrée, associée à une hydratation régulière, reste la meilleure stratégie pour préserver sa santé durant les épisodes caniculaires.
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