
Le CHU de Montpellier vient d’introduire une nouvelle solution contre l’apnée obstructive du sommeil. Pour la première fois dans l’établissement, les équipes ORL de l’hôpital Gui de Chauliac ont posé un implant destiné à prévenir les interruptions respiratoires nocturnes.

Présentée le 10 septembre 2026, cette technique repose sur la stimulation électrique du nerf hypoglosse, qui commande une partie des mouvements de la langue. L’objectif est simple : empêcher la langue et les tissus des voies aériennes supérieures de contribuer à leur fermeture pendant le sommeil.
Cette technologie ne concerne toutefois pas tous les patients. Elle s’adresse à des personnes soigneusement sélectionnées, notamment lorsque les traitements habituels, comme la pression positive continue (PPC), sont inefficaces, mal tolérés ou impossibles à utiliser correctement.
Apnée du sommeil : pourquoi la respiration s’arrête-t-elle pendant la nuit ?
L’apnée obstructive du sommeil survient lorsque les voies respiratoires supérieures se ferment de manière répétée pendant le sommeil.
Lorsque nous dormons, les muscles se relâchent naturellement. Chez certaines personnes, ce relâchement favorise le rétrécissement du pharynx. Le passage de l’air devient alors difficile ou peut se bloquer temporairement.
On distingue notamment :
- l’apnée, lorsque la respiration s’interrompt ;
- l’hypopnée, lorsque le débit respiratoire diminue fortement sans disparaître complètement.
Ces épisodes peuvent se répéter plusieurs fois par heure. Ils provoquent souvent de brefs réveils, appelés micro-éveils, dont la personne n’a pas toujours conscience.
Le sommeil devient alors fragmenté et moins réparateur.
Un trouble qui ne se résume pas aux ronflements
Le ronflement est un signe fréquent, mais il ne suffit pas à diagnostiquer une apnée du sommeil.
Les interruptions répétées de la respiration peuvent entraîner une somnolence diurne, une fatigue persistante et des difficultés de concentration. Elles sont également associées à des conséquences cardiovasculaires.
Pour évaluer la sévérité du trouble, les médecins utilisent notamment l’indice d’apnées-hypopnées (IAH). Celui-ci correspond au nombre moyen d’apnées et d’hypopnées enregistrées par heure de sommeil.
Selon les critères rapportés dans le texte, une PPC est notamment recommandée lorsque l’IAH atteint ou dépasse 30 événements par heure. Elle peut également être proposée entre 15 et 30 événements par heure lorsqu’il existe certaines situations associées, notamment une maladie cardiovasculaire ou respiratoire sévère.
Comment fonctionne l’implant ?
Le dispositif repose sur une idée différente de celle de la PPC.
Au lieu d’envoyer de l’air sous pression dans les voies respiratoires, il agit directement sur les muscles qui participent au maintien de leur ouverture.
L’implant Inspire IV comprend plusieurs éléments placés sous la peau :
- un petit générateur qui produit les impulsions électriques ;
- un capteur qui détecte les mouvements liés à la respiration ;
- une électrode destinée à stimuler le nerf hypoglosse ;
- une télécommande permettant au patient d’activer ou d’éteindre le système.
Le nerf hypoglosse commande certains muscles de la langue. Pendant la nuit, lorsque le système détecte une inspiration, une stimulation électrique est délivrée au moment approprié.
Les muscles concernés se contractent alors et déplacent la langue vers l’avant. Cela contribue à maintenir un passage suffisamment ouvert pour permettre à l’air de circuler.
Le patient n’a donc pas besoin d’intervenir à chaque respiration. Il active simplement le dispositif avant de dormir et l’éteint au réveil.
Une stimulation réglée progressivement
L’implantation ne constitue pas la fin de la prise en charge.
Après l’intervention, les paramètres de stimulation doivent être adaptés progressivement. L’objectif est de trouver un niveau suffisamment efficace pour maintenir les voies respiratoires ouvertes, tout en restant confortable pour le patient.
Cette étape nécessite un suivi médical régulier.
La sélection des patients est également importante. Tous les types d’apnée ne peuvent pas être traités par cette technique et l’implant n’est pas destiné à remplacer systématiquement la PPC.
La PPC reste un traitement majeur
La pression positive continue demeure un traitement central de l’apnée obstructive du sommeil, particulièrement dans les formes importantes.
Son principe consiste à utiliser une machine reliée à un masque. Elle délivre un flux d’air sous pression qui empêche les voies respiratoires de se fermer pendant le sommeil.
Son efficacité peut être importante. Mais son utilisation quotidienne n’est pas toujours facile.
Certains patients ressentent une sécheresse nasale ou buccale. D’autres présentent une irritation liée au masque, une gêne ou un inconfort qui compliquent l’observance du traitement.
Des ajustements du masque, de la pression ou du matériel peuvent parfois résoudre ces problèmes. Lorsque la PPC reste difficilement tolérée malgré ces adaptations, d’autres solutions peuvent être envisagées.
L’orthèse mandibulaire : une autre alternative
L’orthèse d’avancée mandibulaire constitue une autre option chez certains patients.
Cette gouttière portée pendant le sommeil maintient la mandibule légèrement en avant. Elle peut ainsi contribuer à augmenter l’espace disponible dans les voies respiratoires.
Son indication dépend cependant de la situation de chaque patient et son efficacité n’est pas identique chez tout le monde.
La stimulation du nerf hypoglosse intervient donc dans un contexte bien précis, notamment chez des patients pour lesquels les traitements habituels ne permettent pas d’obtenir une prise en charge satisfaisante.
Environ deux heures d’intervention à Montpellier
Au CHU de Montpellier, l’implantation est réalisée au bloc ORL de l’hôpital Gui de Chauliac.
Selon l’établissement, l’intervention dure environ deux heures et est suivie d’une courte hospitalisation, généralement d’une nuit.
Comme toute intervention chirurgicale, elle nécessite une évaluation préalable des bénéfices attendus et des risques. Le patient doit également être informé des modalités de fonctionnement du dispositif et du suivi nécessaire après son implantation.
La réglementation française prévoit par ailleurs un encadrement spécifique des centres qui pratiquent cette technique, avec une équipe pluridisciplinaire chargée de sélectionner et de suivre les patients.
Une efficacité déjà étudiée
La technologie utilisée à Montpellier ne constitue pas une expérimentation totalement nouvelle. La stimulation du nerf hypoglosse est étudiée depuis plusieurs années.
Dans l’étude STAR, publiée en 2014, 126 patients ont été traités selon ce principe.
Après un an, le nombre médian d’apnées et d’hypopnées est passé d’environ 30 à 9 événements par heure, soit une diminution de 68 %. Les épisodes de baisse d’oxygène pendant le sommeil ont également diminué et les patients ont rapporté moins de somnolence.
Les résultats observés à plus long terme suggèrent également un maintien de l’efficacité chez une partie importante des patients. Cinq ans après l’implantation, environ trois patients sur quatre évalués répondaient encore aux critères d’efficacité définis par les chercheurs.
Ces résultats doivent néanmoins être replacés dans leur contexte : l’implant ne fonctionne pas chez tous les patients. C’est précisément pour cette raison que l’indication repose sur une sélection médicale rigoureuse.
Qui peut potentiellement bénéficier de cette technique ?
L’implant ne doit pas être considéré comme une solution universelle contre l’apnée du sommeil.
Avant de l’envisager, les médecins évaluent notamment :
- le type d’apnée dont souffre le patient ;
- la sévérité du trouble ;
- les résultats des examens du sommeil ;
- la tolérance et l’efficacité des traitements déjà essayés ;
- les caractéristiques anatomiques des voies respiratoires ;
- l’état général du patient.
Une évaluation spécialisée est donc indispensable avant toute implantation.
Le sommeil sur le dos peut-il aggraver les apnées ?
La position adoptée pendant la nuit peut influencer les symptômes chez certaines personnes.
Dormir sur le dos peut favoriser l’obstruction des voies respiratoires. Dans cette position, la langue et certains tissus de la gorge ont davantage tendance à se déplacer vers l’arrière et à réduire le passage de l’air.
Chez certains patients présentant une apnée positionnelle, les professionnels de santé peuvent donc proposer des mesures visant à éviter le décubitus dorsal.
Les bons réflexes en cas de suspicion d’apnée
Une personne qui ronfle fortement et régulièrement, qui présente des pauses respiratoires observées par son entourage ou qui souffre d’une somnolence importante pendant la journée devrait en parler à un médecin.
Une évaluation médicale peut conduire à la réalisation d’un enregistrement du sommeil, permettant de déterminer la fréquence des apnées et des hypopnées ainsi que leur impact sur l’oxygénation.
En attendant, certaines mesures peuvent contribuer à améliorer la situation :
- respecter des horaires de sommeil réguliers ;
- éviter l’alcool le soir, qui peut favoriser le relâchement des voies respiratoires ;
- maintenir un poids adapté lorsque cela est nécessaire ;
- pratiquer régulièrement une activité physique ;
- suivre correctement le traitement prescrit ;
- ne pas interrompre une PPC sans en discuter avec le médecin.
En cas de somnolence importante, une vigilance particulière est également nécessaire lors de la conduite automobile ou de l’utilisation de machines.
À retenir
Le nouvel implant posé au CHU de Montpellier offre une option supplémentaire à certains patients souffrant d’apnée obstructive du sommeil et rencontrant des difficultés avec les traitements conventionnels.
Son principe est différent de celui de la PPC : au lieu de maintenir les voies respiratoires ouvertes avec de l’air sous pression, il stimule le nerf hypoglosse afin de mobiliser la langue au rythme de la respiration.
Les données disponibles montrent une efficacité chez une partie des patients, mais cette technique reste une solution spécialisée, nécessitant une sélection rigoureuse, une intervention chirurgicale et un suivi médical prolongé.
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