Face à l’apparition récente d’un cluster international de cas liés au hantavirus Andes, les autorités sanitaires algériennes ont décidé de renforcer leur dispositif national de préparation et d’alerte. Une instruction officielle a été adressée aux directions de la santé, aux établissements hospitaliers et aux postes de contrôle sanitaire aux frontières afin d’anticiper tout risque d’importation de cette maladie virale rare mais potentiellement mortelle.
Les autorités renforcent la vigilance dans les hôpitaux, aux frontières et sur le terrain
Cette mobilisation intervient après la notification, début mai 2026, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’un événement sanitaire international impliquant plusieurs cas d’infection détectés à bord du navire de croisière MV Hondius. Bien qu’aucun nouveau cas symptomatique n’ait été signalé parmi les passagers et membres d’équipage restés à bord, l’événement fait l’objet d’un suivi international dans le cadre du Règlement sanitaire international de 2005.
Une maladie rare, grave et sans traitement spécifique
Les hantavirus sont des virus transmis à l’être humain principalement par les rongeurs infectés. La contamination survient le plus souvent après inhalation de particules contaminées provenant des urines, excréments ou salive de ces animaux.
Plusieurs espèces de hantavirus circulent dans le monde. Le virus Andes (ANDV) et le virus Sin Nombre sont principalement présents sur le continent américain, tandis que les virus Puumala, Seoul ou Dobrava circulent davantage en Europe et en Asie.
Sur le plan médical, l’infection peut provoquer deux formes cliniques majeures :
- le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), particulièrement sévère et fréquent dans les Amériques ;
- la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), observée surtout en Europe et en Asie.
Les formes graves peuvent évoluer très rapidement vers une insuffisance respiratoire aiguë ou des complications rénales sévères mettant en jeu le pronostic vital.
À ce jour, aucun antiviral spécifique n’existe contre cette maladie. La prise en charge repose essentiellement sur les soins intensifs, l’assistance respiratoire et le traitement symptomatique.
Pourquoi le virus Andes inquiète les autorités sanitaires
Le virus Andes présente une caractéristique rare parmi les hantavirus : il peut entraîner une transmission interhumaine limitée.
Cette transmission reste exceptionnelle, mais elle peut se produire dans certaines situations :
- contacts étroits et prolongés avec une personne malade ;
- vie au sein du même foyer ;
- contacts physiques rapprochés entre partenaires ;
- exposition du personnel soignant en l’absence de mesures de protection adaptées.
Les spécialistes rappellent toutefois que cette transmission demeure contrôlable grâce à plusieurs mesures essentielles :
- détection précoce des cas ;
- isolement immédiat ;
- traçage des contacts ;
- respect strict des protocoles d’hygiène hospitalière.
La période d’incubation peut atteindre six semaines, ce qui augmente le risque de détection tardive chez des voyageurs contaminés à l’étranger.
Un risque jugé faible pour l’Algérie, mais une vigilance renforcée
Selon l’évaluation des autorités sanitaires, le risque actuel pour l’Algérie demeure faible. Aucun lien épidémiologique direct avec les foyers recensés n’a été identifié.
Cependant, les responsables de santé publique estiment que la mobilité internationale et les voyages transcontinentaux imposent une surveillance renforcée, notamment dans les aéroports, ports et établissements de santé.
Les autorités insistent sur l’importance d’une préparation anticipée afin d’éviter toute propagation en cas d’importation d’un cas suspect.
Quels sont les symptômes à surveiller ?
Les manifestations cliniques de l’infection peuvent débuter comme une grippe sévère avant d’évoluer rapidement.
Les principaux symptômes incluent :
- forte fièvre supérieure à 38°C ;
- douleurs musculaires importantes ;
- frissons ;
- nausées et vomissements ;
- diarrhée et douleurs abdominales ;
- toux ;
- essoufflement ;
- douleurs thoraciques ;
- difficultés respiratoires.
Chez certaines personnes âgées ou souffrantes de maladies chroniques, le taux de mortalité peut atteindre 40 à 50 %.
Les médecins sont appelés à rechercher systématiquement un historique de voyage, de contact à risque ou d’exposition aux rongeurs dans les 42 jours précédant les symptômes.
Comment les cas seront détectés et confirmés ?
Les autorités sanitaires ont défini plusieurs niveaux de classification :
Cas suspect
Toute personne ayant fréquenté un moyen de transport ou un environnement où un cas confirmé ou probable a été identifié et présentant des symptômes compatibles avec l’infection.
Cas probable
Cas suspect associé à un lien épidémiologique confirmé avec une personne infectée, sans confirmation biologique.
Cas confirmé
Patient dont les analyses virologiques confirment l’infection par RT-PCR ou sérologie.
Les tests seront réalisés au laboratoire national de référence des arbovirus de l’Institut Pasteur d’Algérie, situé à Sidi Fredj, dans la commune de Staouéli à Alger.
Les hôpitaux et frontières placés sous haute surveillance
Les nouvelles directives imposent une mobilisation immédiate des structures sanitaires.
Dans les établissements hospitaliers
Les hôpitaux devront :
- réactiver les dispositifs mis en place lors des précédentes alertes sanitaires ;
- intégrer un triage spécifique lié aux voyages récents ;
- vérifier les stocks d’équipements de protection individuelle ;
- renforcer les protocoles d’isolement ;
- former le personnel médical et paramédical.
Aux frontières
Les postes de contrôle sanitaire devront :
- disposer de thermomètres frontaux ;
- aménager des espaces d’isolement temporaire ;
- identifier les hôpitaux de référence ;
- préparer les procédures de transfert des cas suspects ;
- sensibiliser l’ensemble du personnel travaillant aux points d’entrée.
Chaque direction de santé de wilaya devra également désigner un point focal chargé de coordonner les opérations de surveillance et de gestion des cas.
D’autres maladies graves transmises par les rongeurs
Les autorités rappellent que les rongeurs peuvent transmettre plusieurs autres maladies dangereuses :
La leptospirose
Infection bactérienne pouvant provoquer des atteintes hépatiques et rénales graves.
La peste
Maladie causée par Yersinia pestis, transmise par les puces des rongeurs et susceptible d’entraîner des formes pulmonaires sévères.
Les hantavirus à syndrome rénal
Responsables de complications hémorragiques et d’insuffisances rénales.
Les salmonelloses
Infections digestives liées à la consommation d’aliments ou d’eau contaminés.
Intensification des campagnes de dératisation
Afin de réduire les risques de zoonoses, les autorités locales sont appelées à renforcer les campagnes de lutte contre les rongeurs.
Les mesures prévues incluent :
- intensification des opérations de dératisation ;
- amélioration de l’hygiène collective ;
- gestion rigoureuse des déchets ;
- sensibilisation de proximité ;
- coordination entre les secteurs de la santé, de l’environnement et des collectivités locales.
Les experts soulignent que la prévention environnementale constitue un élément clé dans la lutte contre les maladies émergentes.
Recommandations médicales pour la population
Les professionnels de santé recommandent plusieurs gestes préventifs :
- éviter tout contact direct avec les rongeurs vivants ou morts ;
- porter des gants et un masque lors du nettoyage de lieux infestés ;
- aérer les espaces fermés avant toute opération de nettoyage ;
- désinfecter les surfaces potentiellement contaminées ;
- conserver les aliments dans des contenants hermétiques ;
- consulter rapidement un médecin en cas de fièvre ou de difficultés respiratoires après un voyage ou une exposition à risque.
Il est également conseillé aux personnes souffrant de maladies chroniques, aux personnes âgées et aux immunodéprimés de redoubler de vigilance.
Une stratégie de prévention basée sur l’anticipation
À travers cette instruction, les autorités sanitaires cherchent avant tout à éviter toute réaction tardive face à une menace infectieuse émergente.
Même si le risque actuel reste limité, l’expérience des crises sanitaires mondiales récentes montre que la rapidité de détection, la coordination des structures de santé et l’information du public demeurent les piliers essentiels de la prévention épidémique.
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