Un homme de 41 ans a été hospitalisé après avoir tenté de traiter lui-même une incontinence urinaire avec de la super-glue introduite directement dans l’urètre. Son objectif était apparemment simple : empêcher les fuites urinaires. La méthode choisie s’est toutefois révélée extrêmement dangereuse.
Une tentative d’automédication aux conséquences graves
Le cas, rapporté dans le Caspian Journal of Internal Medicine, montre comment une tentative d’automédication peut transformer un symptôme potentiellement banal en urgence urologique, avec obstruction des voies urinaires et impossibilité progressive de vider correctement la vessie.
L’épisode rappelle surtout une règle médicale essentielle : une fuite urinaire ne doit jamais être traitée en introduisant une substance ou un objet dans l’urètre sans indication médicale.
Une incontinence apparue brutalement
Selon le rapport médical, les troubles ont commencé environ un mois avant l’hospitalisation.
L’homme a développé une incontinence urinaire. Plutôt que de consulter immédiatement pour rechercher la cause de ces fuites, il a décidé d’intervenir lui-même.
Pendant environ deux semaines, il a introduit de la colle cyanoacrylate, communément appelée ‘’super-glue’’, dans son urètre.
Dans un premier temps, cette méthode a semblé fonctionner. Les fuites urinaires ont diminué.
Mais cette amélioration n’était qu’apparente. La colle s’est progressivement solidifiée à l’intérieur du canal urinaire et a commencé à empêcher l’évacuation normale de l’urine.
Quatre jours plus tard, les premières complications apparaissent
Environ quatre jours après le début de cette pratique, le patient a commencé à présenter
- une diminution progressive du débit urinaire.
- Le jet devenait de plus en plus faible.
- Des douleurs sont également apparues.
Malgré ces symptômes, il a poursuivi son approche pendant deux semaines avant de l’arrêter.
Une semaine avant son admission à l’hôpital, son état s’est aggravé.
- Il souffrait de douleurs sus-pubiennes, c’est-à-dire localisées au-dessus du pubis.
- Il éprouvait également une gêne importante au moment d’uriner.
- La quantité d’urine expulsée à chaque miction était devenue très faible.
- Surtout, il avait la sensation de ne pas pouvoir vider complètement sa vessie.
Une obstruction presque complète
À son arrivée aux urgences, l’homme était presque incapable d’uriner. L’examen clinique a révélé la présence d’un corps étranger solide dans l’urètre.
Les médecins ont également observé des fragments friables de colle au niveau du méat urinaire, l’orifice externe par lequel l’urine quitte l’organisme.
Ces éléments orientaient vers une obstruction provoquée par la solidification de la colle.
La situation nécessitait une prise en charge rapide, car une obstruction importante de l’urètre peut empêcher l’évacuation de la vessie et entraîner des complications urologiques potentiellement sérieuses.
La cystoscopie rendue impossible
Pour déterminer précisément l’étendue de l’obstruction, les médecins ont tenté de réaliser une cystoscopie.
Cet examen permet d’examiner l’intérieur de l’urètre et de la vessie grâce à un instrument muni d’une caméra.
Mais l’amas de colle empêchait l’introduction suffisamment profonde de l’instrument.
L’obstacle était trop important.
Les médecins ont donc dû renoncer à cet examen et procéder à une intervention chirurgicale afin de retirer le bouchon de colle.
Un véritable bouchon de près de 10 centimètres
Une incision d’environ 2 centimètres a été pratiquée au niveau du gland afin d’accéder à la zone concernée.
Les médecins ont ensuite irrigué l’urètre pendant environ 15 minutes avec trois litres de solution saline.
Cette irrigation avait pour objectif de décoller progressivement la masse solidifiée des parois du canal urinaire.
La manœuvre a finalement permis de libérer l’obstruction.
Les médecins ont extrait un bloc de colle solidifié présentant une forme allongée, comparable à un bâtonnet, et mesurant près de 10 centimètres de long.
Ce résultat illustre de manière spectaculaire la capacité d’une substance initialement liquide à former, après polymérisation, un obstacle suffisamment important pour bloquer le passage de l’urine.
Cinq jours d’hospitalisation
Après l’intervention, le patient est resté hospitalisé pendant cinq jours.
Une sonde urinaire a ensuite été maintenue pendant dix jours afin de permettre l’évacuation de l’urine et de laisser le temps nécessaire à la récupération des voies urinaires.
Un traitement antibiotique préventif lui a également été prescrit.
Six semaines après l’intervention, une consultation de suivi a permis de vérifier la qualité des mictions et de rechercher d’éventuelles complications.
Selon le rapport, les symptômes liés à l’obstruction avaient disparu.
Cependant, une question importante restait sans réponse : la cause initiale de l’incontinence n’a pas été identifiée.
Le problème initial n’était donc pas réglé
C’est probablement l’un des enseignements médicaux les plus importants de ce cas.
La colle n’a pas traité la cause de l’incontinence.
Elle a simplement créé une obstruction mécanique empêchant temporairement les fuites.
Autrement dit, le symptôme semblait avoir disparu parce que l’urine ne pouvait plus circuler normalement.
Cette distinction est fondamentale.
Une diminution ou une disparition brutale des fuites urinaires ne signifie pas nécessairement que le problème est résolu. Elle peut, dans certaines circonstances, traduire une complication ou une obstruction.
Pourquoi introduire de la colle dans l’urètre est extrêmement dangereux ?
L’urètre est un conduit fragile qui permet l’évacuation de l’urine depuis la vessie.
L’introduction d’une substance étrangère peut provoquer plusieurs complications :
- obstruction urinaire ;
- lésions de la muqueuse ;
- inflammation ;
- infection urinaire ;
- saignement ;
- douleur ;
- traumatisme des tissus ;
- rétention urinaire ;
- cicatrisation anormale ;
- rétrécissement de l’urètre, appelé sténose urétrale.
Dans le cas présent, la solidification de la colle a créé un obstacle mécanique important.
Le risque est particulièrement élevé avec une substance conçue pour adhérer rapidement aux surfaces et durcir en peu de temps.
Une pratique rare, mais déjà documentée
Les médecins soulignent que l’introduction de corps étrangers dans l’urètre reste une pratique rare.
Lorsqu’elle survient, elle peut être associée à différentes motivations, notamment la recherche de stimulation sexuelle.
La littérature médicale rapporte des situations impliquant différents objets.
Mais quelle que soit la motivation, l’introduction d’objets ou de substances dans l’urètre comporte des risques importants de traumatisme, d’infection, de saignement et d’obstruction.
Le cas présenté ici se distingue toutefois par son objectif : le patient ne recherchait pas une stimulation, mais tentait de s’auto-traiter pour une incontinence urinaire.
Une fuite urinaire doit être recherchée, pas simplement bloquée

L’incontinence urinaire peut avoir de nombreuses causes.
Chez l’homme, elle peut notamment être associée à des troubles de la prostate, à certaines maladies neurologiques, à des problèmes de vessie, à des infections urinaires, à certains médicaments ou à des interventions chirurgicales antérieures.
Elle peut également être liée à des troubles du fonctionnement des muscles et des sphincters urinaires.
La prise en charge dépend donc de la cause.
Un professionnel de santé peut effectuer un interrogatoire, un examen clinique et, selon le contexte, demander des examens complémentaires.
Le traitement peut ensuite associer mesures comportementales, rééducation du plancher pelvien, médicaments ou autres interventions adaptées au diagnostic.
Quand faut-il consulter rapidement ?
Une consultation médicale est recommandée en cas d’apparition récente ou inexpliquée de fuites urinaires, particulièrement lorsqu’elles persistent ou s’aggravent.
Certaines situations nécessitent une prise en charge urgente.
Il faut notamment consulter rapidement en cas de :
- difficulté importante ou impossibilité d’uriner ;
- douleurs intenses au bas-ventre ;
- sensation de vessie très pleine sans pouvoir la vider ;
- sang dans les urines ;
- fièvre associée à des symptômes urinaires ;
- douleurs importantes au niveau du pénis ou de l’urètre ;
- présence d’un corps étranger dans les voies urinaires.
Une impossibilité soudaine d’uriner constitue notamment une urgence médicale.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Face à une incontinence ou à une difficulté à uriner, il ne faut pas essayer de fermer, bloquer ou obstruer l’urètre.
Il ne faut pas y introduire de colle, de produit chimique, d’objet ou de dispositif improvisé.
Il est également déconseillé de tenter de retirer soi-même un corps étranger profondément engagé dans l’urètre.
Ces gestes peuvent aggraver une lésion existante et compliquer considérablement la prise en charge médicale.
Le message essentiel des médecins
Ce cas spectaculaire rappelle une réalité beaucoup plus générale : un symptôme urinaire doit être expliqué avant d’être traité.
L’incontinence n’est pas une maladie unique. Elle constitue un symptôme pouvant avoir de nombreuses origines.
Chercher à supprimer mécaniquement les fuites sans identifier leur cause peut masquer le problème initial et créer une complication supplémentaire.
Dans ce cas précis, l’automédication a transformé une incontinence inexpliquée en obstruction urétrale nécessitant une intervention chirurgicale.
La leçon est donc simple : en urologie comme dans les autres domaines médicaux, l’absence temporaire d’un symptôme ne signifie pas nécessairement la disparition de sa cause.
À retenir
Une substance chimique comme la super-glue ne doit jamais être introduite dans l’urètre. Une incontinence récente doit faire l’objet d’une évaluation médicale afin d’en rechercher la cause.
Une diminution du jet urinaire, des douleurs sus-pubiennes ou une incapacité à vider la vessie doivent être prises au sérieux. L’impossibilité d’uriner est une situation qui justifie une prise en charge médicale urgente.
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