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Écrans : plus de temps devant pourrait-il vraiment être bénéfique au cerveau des adolescents ?

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur en neurosciences
4 octobre 2026

Une étude finlandaise menée pendant huit ans auprès de 260 jeunes suggère qu’un temps d’écran plus important depuis l’enfance est associé à de meilleures performances cognitives à l’adolescence. Mais attention : les chercheurs ne montrent pas que les écrans rendent plus intelligents. Le type d’usage, le contexte et l’équilibre de vie restent déterminants.

Smartphone, télévision, ordinateur, tablette, console… Les écrans occupent une place croissante dans la vie des enfants et des adolescents. Leur utilisation est souvent associée à des inquiétudes concernant le sommeil, la sédentarité, l’attention ou encore les relations sociales.

Une étude finlandaise apporte toutefois une nuance intéressante à ce débat. Publiés en 2026 dans la revue Pediatric Exercise Science, les travaux de chercheurs des universités de Jyväskylä et de Finlande orientale suggèrent qu’un temps d’écran plus important au cours de l’enfance et de l’adolescence est associé à de meilleures performances dans certaines fonctions cognitives.

Les adolescents qui avaient déclaré passer davantage de temps devant les écrans obtenaient notamment de meilleurs résultats dans des tests évaluant l’apprentissage, l’attention et la mémoire de travail.

Mais il serait dangereux d’en conclure que « plus d’écrans signifie un cerveau plus performant ». L’étude est observationnelle. Elle met en évidence une association, pas une relation de cause à effet.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs se sont appuyés sur 260 jeunes Finlandais, dont 124 filles et 136 garçons, suivis pendant huit ans dans le cadre de l’étude PANIC (Physical Activity and Nutrition in Children Study).

À la fin du suivi, les participants étaient âgés de 15 à 17 ans, avec une moyenne de 15,8 ans.

Les scientifiques se sont intéressés à plusieurs habitudes de vie au fil du développement :

  • le temps consacré aux écrans ;
  • l’activité physique ;
  • les périodes de sédentarité.

Ces données ont été recueillies à partir de questionnaires, mais aussi grâce à des dispositifs permettant de mesurer les mouvements et la fréquence cardiaque.

À l’adolescence, les participants ont ensuite réalisé plusieurs tests informatisés destinés à évaluer différentes capacités cognitives.

Parmi elles figurait notamment la mémoire de travail. Il s’agit de la capacité à conserver temporairement une information afin de pouvoir l’utiliser immédiatement. Elle intervient, par exemple, lorsqu’un enfant retient une consigne pendant qu’il l’exécute ou effectue mentalement un calcul.

Les adolescents ayant déclaré avoir passé davantage de temps devant les écrans depuis l’enfance obtenaient, en moyenne, de meilleurs résultats à certains tests cognitifs.

L’association concernait notamment la mémoire de travail. Les chercheurs ont également étudié des fonctions liées à l’attention et à l’apprentissage.

L’attention permet de rester concentré et de sélectionner les informations pertinentes. L’apprentissage correspond à la capacité à acquérir et à intégrer de nouvelles connaissances. La mémoire de travail permet, quant à elle, de conserver temporairement une information pour la manipuler.

Ces résultats peuvent sembler surprenants. Ils deviennent toutefois plus faciles à comprendre lorsque l’on distingue le temps passé devant un écran de ce que l’on y fait réellement.

Deux heures d’écran ne représentent pas nécessairement deux heures de la même activité.

Un adolescent peut utiliser son ordinateur pour apprendre une langue, résoudre un problème, programmer ou effectuer des recherches. Il peut aussi jouer à un jeu vidéo nécessitant une stratégie, de l’anticipation et une prise de décision rapide.

À l’inverse, regarder passivement des vidéos pendant plusieurs heures ou faire défiler continuellement des contenus sur les réseaux sociaux ne mobilise pas nécessairement les mêmes mécanismes cognitifs.

L’étude finlandaise ne permet cependant pas de déterminer précisément quels usages numériques pourraient expliquer les meilleures performances observées.

C’est probablement le point le plus important à retenir.

Les chercheurs ont observé une association entre deux phénomènes : davantage de temps d’écran au cours du développement et de meilleures performances à certains tests cognitifs à l’adolescence.

Mais cela ne signifie pas que le premier phénomène provoque le second.

L’étude ne permet donc pas d’affirmer que les écrans améliorent directement la mémoire, l’attention ou l’intelligence.

D’autres facteurs peuvent intervenir. Le milieu familial, le niveau d’études, les habitudes d’apprentissage, le type de contenu consulté, les caractéristiques individuelles ou encore le mode de vie global peuvent influencer les résultats.

Il est également possible que les adolescents ayant certaines caractéristiques cognitives ou certains centres d’intérêt utilisent davantage les outils numériques.

Pour déterminer une éventuelle relation de cause à effet, il faudrait notamment disposer d’études d’intervention et de suivis plus larges.

Le message scientifique est donc beaucoup plus nuancé : le temps d’écran ne peut pas être considéré comme intrinsèquement bénéfique ou nocif sans tenir compte de son contenu et de son contexte.

Classer toutes les activités numériques dans une seule catégorie appelée « temps d’écran » constitue l’une des principales limites de cette approche.

Un devoir réalisé sur ordinateur, un échange avec des amis, une partie de jeu vidéo, une séance de programmation, un dessin sur tablette, une série ou plusieurs heures de vidéos courtes correspondent tous à du temps d’écran.

Pourtant, leurs effets sur l’attention, le cerveau et le comportement peuvent être très différents.

Certaines activités numériques peuvent solliciter :

  • la résolution de problèmes ;
  • la mémoire ;
  • l’attention ;
  • la créativité ;
  • la coordination visuomotrice ;
  • la prise de décision ;
  • l’apprentissage.

Cela ne signifie pas que ces activités doivent remplacer les expériences réelles.

Le cerveau de l’enfant et de l’adolescent a également besoin de sommeil, de mouvement, d’interactions sociales, de jeux physiques et de temps sans stimulation numérique.

Quand l’usage des écrans devient-il préoccupant ?

Le problème n’est donc pas uniquement le nombre d’heures affiché par le compteur.

Un usage peut devenir problématique lorsqu’il empiète sur les besoins fondamentaux de l’adolescent.

C’est notamment le cas lorsque les écrans réduisent le temps consacré au sommeil, à l’activité physique, aux repas ou aux relations familiales et sociales.

Une utilisation tardive du smartphone peut également retarder l’endormissement et réduire le temps de sommeil. Chez un adolescent, cette privation peut à son tour affecter l’attention, la mémoire et les capacités d’apprentissage.

Il faut donc davantage s’intéresser à la question suivante : « Que fait mon adolescent sur son écran et qu’est-ce que cela remplace ? »

Cette approche est plus pertinente qu’une simple interdiction fondée uniquement sur un nombre d’heures.

Les chercheurs finlandais ne se sont pas intéressés uniquement aux écrans.

Ils ont également analysé les liens entre activité physique, sédentarité et fonctionnement cognitif.

Chez les filles, une plus grande quantité d’activité physique légère depuis l’enfance était associée à de meilleures performances de mémoire de travail à l’adolescence.

Chez les garçons, une quantité plus importante d’activité physique encadrée était également associée à une meilleure mémoire de travail.

En revanche, lorsque l’activité physique et la sédentarité étaient mesurées objectivement à l’aide des dispositifs enregistrant les mouvements et la fréquence cardiaque, les chercheurs ne retrouvaient pas les mêmes associations avec les performances cognitives.

Ces résultats montrent que les relations entre activité physique, sédentarité et cognition sont complexes.

Ils peuvent varier selon le type d’activité pratiquée, la façon dont elle est mesurée et certaines caractéristiques des participants.

Cette étude ne doit donc pas être utilisée pour autoriser sans limite les adolescents à rester devant leurs écrans.

Elle rappelle plutôt qu’une approche trop simpliste du type « écran = danger » ne reflète pas toute la réalité scientifique.

Certains usages numériques peuvent mobiliser des fonctions cognitives importantes. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont toujours bénéfiques ni qu’ils compensent les conséquences d’un mode de vie trop sédentaire.

Pour les parents, quelques règles simples peuvent aider :

  • préserver un temps de sommeil suffisant, en évitant notamment que le smartphone ne reste utilisé jusqu’au coucher ;
  • maintenir une activité physique quotidienne ;
  • préserver des moments sans écran, notamment pendant les repas ;
  • distinguer les usages scolaires des loisirs numériques ;
  • s’intéresser au contenu, et pas uniquement à la durée ;
  • éviter que les écrans remplacent systématiquement les interactions sociales, le jeu ou les activités physiques ;
  • discuter avec l’adolescent de ses usages, plutôt que de se limiter à une interdiction générale.

L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer les écrans. Il est de leur donner une place compatible avec les autres besoins du jeune.

L’étude finlandaise apporte finalement une conclusion plus subtile que le traditionnel débat « écrans bons ou mauvais ».

Le temps d’écran pris isolément ne suffit pas à déterminer son effet sur le cerveau.

Apprendre, créer, programmer, résoudre des problèmes ou jouer à certains jeux peut solliciter différentes capacités cognitives. Mais l’exposition numérique ne doit pas se faire au détriment du sommeil, de l’activité physique ou des relations humaines.

Il reste donc prématuré de parler d’un effet « bénéfique » des écrans sur le cerveau des adolescents. Les résultats constituent surtout une piste de recherche intéressante, qui devra être confirmée par des études plus importantes et capables de mieux distinguer les différents usages numériques.

Le repas reste idéalement un moment sans écran. Regarder la télévision ou utiliser son smartphone pendant que l’on mange peut détourner l’attention des sensations alimentaires et favoriser une prise alimentaire plus automatique. Chez les enfants et les adolescents, instaurer des repas sans téléphone, tablette ni télévision permet aussi de préserver un temps d’échange familial.

Plus d’écran ne signifie pas nécessairement plus d’intelligence. Cette étude montre seulement qu’un temps d’écran plus important au cours de l’enfance est associé à de meilleures performances dans certaines fonctions cognitives à l’adolescence.

La priorité reste donc de rechercher un équilibre entre usages numériques, sommeil, activité physique, apprentissage et vie sociale.

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