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Commotions cérébrales : la lumière pourrait-elle aider le cerveau à récupérer ? Un casque bientôt testé chez les sportifs

Edité par : Dr Riad MAAMRI | Traumatologue
5 octobre 2026

Une technologie fondée sur la photobiomodulation transcrânienne va faire l’objet d’un essai clinique chez des sportifs souffrant de symptômes persistants après une commotion cérébrale. L’objectif est ambitieux : déterminer si une exposition contrôlée à une lumière proche de l’infrarouge peut favoriser les mécanismes de récupération cérébrale. Mais avant de parler de traitement, les chercheurs devront démontrer son efficacité dans un essai rigoureux.

Les commotions cérébrales sont devenues un enjeu majeur de santé dans le sport. Le rugby est particulièrement concerné, mais il n’est pas le seul. Football, hockey, sports de combat, cyclisme et autres disciplines exposent également les sportifs aux traumatismes crâniens.

Dans la majorité des cas, les symptômes régressent progressivement. Mais chez certains sportifs, ils persistent plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Céphalées, vertiges, troubles de l’équilibre, fatigue, difficultés de concentration, troubles du sommeil ou hypersensibilité à certains stimuli peuvent alors perturber fortement la vie quotidienne.

Face à ces situations, les possibilités thérapeutiques restent principalement centrées sur la prise en charge des symptômes et la réadaptation. Une nouvelle piste est donc particulièrement suivie : la photobiomodulation transcrânienne.

L’ancien international français Paul Willemse illustre les difficultés rencontrées par certains sportifs après des traumatismes crâniens répétés.

Après plusieurs commotions cérébrales au cours de sa carrière, le deuxième ligne a annoncé sa retraite en 2025. Malgré l’arrêt du rugby, certains symptômes ont persisté : vertiges durant plusieurs jours, maux de tête déclenchés par des mouvements rapides ou par des changements de hauteur.

Ces manifestations font partie des symptômes pouvant être observés après une commotion cérébrale.

Une commotion correspond à un traumatisme crânien qui entraîne une perturbation fonctionnelle transitoire du cerveau. Elle peut survenir après un choc direct sur la tête, mais aussi après un impact sur le corps provoquant un mouvement brutal de la tête.

De même, un choc qui paraît modéré ne signifie pas nécessairement qu’il est sans conséquence.

La prise en charge d’une commotion ne consiste pas simplement à attendre que le cerveau « guérisse ».

Après une phase initiale de repos relatif et d’évaluation médicale, la reprise progressive des activités physiques et cognitives est généralement privilégiée, en fonction des symptômes et de leur évolution.

Certains troubles nécessitent une prise en charge spécifique.

Selon les manifestations présentes, les professionnels de santé peuvent notamment proposer :

  • une rééducation vestibulaire en cas de vertiges ou de troubles de l’équilibre ;
  • une prise en charge des céphalées ;
  • une réadaptation cognitive lorsque l’attention ou la concentration sont affectées ;
  • une adaptation du sommeil et des activités quotidiennes ;
  • une reprise progressive de l’activité physique sous supervision médicale.

Le problème est que les traitements actuels ciblent principalement les conséquences de la commotion plutôt qu’un mécanisme unique permettant de réparer directement le cerveau.

C’est précisément sur ce terrain que la photobiomodulation cherche à intervenir.

La photobiomodulation consiste à exposer des tissus biologiques à une lumière de faible intensité, généralement dans certaines longueurs d’onde du rouge ou du proche infrarouge.

L’objectif n’est pas de chauffer ou de brûler les tissus.

La lumière est utilisée comme un signal biologique susceptible de modifier l’activité de certaines cellules.

Dans le cas du casque développé avec le Fonds Clinatec, la lumière proche de l’infrarouge est appliquée à travers le crâne afin d’agir indirectement sur les tissus cérébraux.

Les chercheurs avancent plusieurs mécanismes potentiels.

La photobiomodulation pourrait notamment :

  • modifier l’activité des mitochondries, les structures cellulaires impliquées dans la production d’énergie ;
  • favoriser certains processus du métabolisme cérébral ;
  • influencer la communication entre les neurones ;
  • moduler certaines réactions inflammatoires ;
  • participer à des mécanismes de récupération tissulaire ;
  • favoriser certains processus de drainage et de régulation du microenvironnement cérébral.

Ces mécanismes sont biologiquement plausibles, mais leur existence ne suffit pas à démontrer que le casque améliore réellement les symptômes d’une commotion.

C’est justement ce que l’essai clinique doit permettre de déterminer.

La nouvelle étude doit être menée à Lyon et à Toulouse sur une période de deux ans.

Une trentaine de sportifs présentant des symptômes persistants après une commotion devraient participer au protocole. Les participants devront avoir des symptômes présents depuis au moins trois mois.

Une partie des volontaires recevra le véritable traitement. L’autre moitié utilisera un casque placebo.

Cette comparaison est essentielle.

Lorsqu’une personne souffre depuis plusieurs mois et espère fortement une amélioration, son état peut évoluer pour de nombreuses raisons. L’effet placebo, les fluctuations naturelles des symptômes ou les changements d’activité peuvent notamment influencer les résultats.

Le groupe placebo permet donc de déterminer si l’amélioration observée est réellement liée à la photobiomodulation.

Le protocole prévu est relativement simple.

Les sportifs utiliseront le casque à domicile pendant 30 minutes par jour durant 14 jours, plutôt en fin de journée.

L’objectif sera ensuite d’évaluer l’évolution des symptômes.

Les chercheurs disposent d’une liste de 22 symptômes associés aux commotions cérébrales chez les sportifs. L’un des principaux critères d’évaluation sera de déterminer si le traitement permet une diminution significative de leur nombre et de leur intensité.

Mais l’enjeu ne sera pas uniquement de savoir si un sportif se sent mieux.

Le véritable objectif : retrouver une vie normale

Une amélioration sur une échelle de symptômes est intéressante. Mais pour un sportif, la question fondamentale est beaucoup plus concrète :

Peut-il reprendre progressivement ses activités sans réapparition importante des symptômes ?

Pour les chercheurs, la récupération doit idéalement permettre de retrouver les activités quotidiennes, puis l’exercice physique et, lorsque cela est médicalement possible, le niveau d’entraînement nécessaire à la pratique sportive.

Pour un joueur de rugby, cela signifie pouvoir supporter des entraînements intenses et des contacts physiques sans déclencher de nouveau symptômes.

Mais cette reprise ne peut évidemment pas être décidée uniquement sur la base du résultat d’un casque.

Elle doit rester progressive, individualisée et encadrée médicalement.

Une technologie prometteuse, mais pas encore un traitement validé

Le projet suscite de l’enthousiasme parce que la photobiomodulation a déjà été étudiée dans différents contextes neurologiques.

Cependant, les résultats précédents restent insuffisants pour considérer cette technologie comme un traitement établi des commotions cérébrales.

C’est d’ailleurs l’une des raisons essentielles de ce nouvel essai.

Une étude exploratoire positive peut montrer qu’une technologie mérite d’être étudiée. Mais elle ne permet pas automatiquement de conclure à son efficacité.

Il faudra notamment vérifier :

  • si l’amélioration est supérieure à celle observée avec le placebo ;
  • si les bénéfices sont reproductibles ;
  • combien de temps ils persistent ;
  • quels patients sont susceptibles d’en bénéficier ;
  • quelle dose de lumière est optimale ;
  • quels sont les éventuels effets indésirables ;
  • et si la technologie améliore réellement la récupération fonctionnelle.

Le principe scientifique est donc simple : prometteur ne signifie pas encore prouvé.

La prudence est indispensable.

Un casque de photobiomodulation acheté sur Internet ou dans le commerce ne doit pas être considéré comme un traitement démontré d’une commotion cérébrale.

Les appareils commercialisés peuvent présenter des caractéristiques très différentes : longueur d’onde, puissance, durée d’exposition, surface éclairée et protocole d’utilisation.

Ils ne sont donc pas nécessairement comparables au dispositif évalué dans un essai clinique.

En cas de traumatisme crânien, la priorité reste l’évaluation médicale, particulièrement lorsque des symptômes apparaissent.

Après un choc à la tête, certains signes nécessitent une évaluation médicale urgente, notamment :

  • une aggravation importante ou inhabituelle des maux de tête ;
  • des vomissements répétés ;
  • une somnolence inhabituelle ou une difficulté à rester éveillé ;
  • une confusion ou un comportement inhabituel ;
  • une perte de connaissance ;
  • une convulsion ;
  • une faiblesse ou un engourdissement d’un membre ;
  • des troubles de la parole ou de la vision ;
  • une difficulté nouvelle à marcher ou à maintenir l’équilibre ;
  • une dégradation rapide de l’état général.

Chez l’enfant et l’adolescent, une surveillance attentive est particulièrement importante après un traumatisme crânien.

Repos total : une idée qui a évolué

Pendant longtemps, le repos complet était largement recommandé après une commotion.

Une courte période de repos relatif peut être nécessaire dans la phase initiale, mais l’isolement prolongé et l’inactivité totale ne constituent pas systématiquement la meilleure stratégie.

Lorsque l’état clinique le permet, une reprise progressive des activités quotidiennes et de l’exercice, adaptée aux symptômes, peut être mise en place avec l’aide de professionnels formés.

L’objectif est de retrouver progressivement une activité normale sans provoquer une aggravation durable des symptômes.

C’est l’une des hypothèses évoquées autour de cette technologie.

Une utilisation après un entraînement, ou éventuellement à titre préventif, pourrait théoriquement être étudiée si la photobiomodulation démontrait un effet sur l’inflammation ou certains mécanismes de récupération cérébrale.

Mais cette utilisation préventive reste aujourd’hui hypothétique.

Une technologie capable d’améliorer la récupération après une commotion ne serait pas nécessairement capable d’empêcher une nouvelle lésion cérébrale.

Il faut donc éviter une confusion majeure : un casque de photobiomodulation ne pourrait pas rendre les chocs à la tête inoffensifs.

La prévention des traumatismes reste fondée sur la réduction de l’exposition aux impacts, l’application des règles sportives, la formation des encadrants et la détection précoce des commotions.

L’intérêt potentiel de la photobiomodulation ne concerne pas uniquement les joueurs professionnels.

Si son efficacité est confirmée, cette technologie pourrait être étudiée chez des sportifs amateurs, chez des personnes présentant des symptômes persistants après un traumatisme crânien léger et, plus largement, dans d’autres situations neurologiques.

Mais chaque indication nécessiterait des essais spécifiques.

On ne peut pas extrapoler automatiquement les résultats obtenus dans une commotion sportive à toutes les maladies du cerveau.

C’est précisément la raison pour laquelle les essais cliniques sont indispensables.

Le plus important reste de ne jamais banaliser une commotion

L’arrivée possible d’un nouveau traitement est encourageante. Mais elle ne doit surtout pas conduire à minimiser les traumatismes crâniens.

Une commotion répétée avant la récupération complète peut exposer à des complications et prolonger les symptômes.

Lorsqu’un sportif présente des signes évocateurs, il ne doit pas être maintenu sur le terrain dans l’espoir que les symptômes disparaissent spontanément.

La reprise doit être décidée progressivement, selon une évaluation médicale adaptée.

Le futur casque de photobiomodulation pourrait peut-être apporter une nouvelle arme thérapeutique. Mais pour l’instant, la bonne nouvelle est celle de la recherche, pas encore celle d’un traitement définitivement validé.

La photobiomodulation transcrânienne constitue une piste intéressante pour les commotions cérébrales persistantes. Un essai clinique contrôlé avec placebo doit permettre de déterminer si cette lumière proche de l’infrarouge améliore réellement les symptômes.

Si les résultats sont positifs, cette technologie pourrait représenter une avancée importante dans une pathologie où les options thérapeutiques restent limitées.

Mais tant que les résultats de l’essai ne sont pas disponibles et confirmés par d’autres travaux, ce casque doit être considéré comme une technologie expérimentale et non comme un traitement établi.

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