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Virus Usutu en Écosse : l’arrivée d’une maladie tropicale portée par les moustiques inquiète les scientifiques

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | Journaliste
21 juin 2026

Longtemps considérée comme trop froide pour accueillir certaines maladies transmises par les moustiques, l’Écosse est désormais confrontée à une nouvelle menace sanitaire. Le virus Usutu, un agent pathogène d’origine africaine, a été identifié pour la première fois sur le territoire écossais après avoir provoqué une mortalité inhabituelle chez les oiseaux sauvages.

Le changement climatique favorise l’émergence d’un virus tropical aux portes du nord de l’Europe

Cette apparition marque une étape importante dans l’évolution des maladies vectorielles en Europe. Pour les chercheurs, elle illustre de manière concrète les conséquences du réchauffement climatique sur la propagation d’infections autrefois limitées aux régions tropicales et subtropicales.

L’alerte a été donnée sur l’île d’Arran, située au sud-ouest de l’Écosse. Durant l’été 2025, des habitants ont observé un nombre croissant de merles présentant des comportements anormaux : désorientation, faiblesse extrême, difficultés à se nourrir et troubles neurologiques caractérisés notamment par une torsion du cou.

Après analyses vétérinaires, les chercheurs ont confirmé la présence du virus Usutu, transmis par les moustiques du genre Culex, principalement l’espèce Culex pipiens.

Découvert en 1959 au bord de la rivière Usutu, dans l’actuel Eswatini (ancien Swaziland), ce virus appartient à la même famille que le virus du Nil occidental. Il circule en Europe depuis le début des années 2000, mais n’avait jamais été observé aussi au nord du continent.

Les équipes de l’Université de Glasgow surveillent désormais activement les populations de moustiques dans plusieurs régions écossaises.

Le principal suspect est Culex pipiens, un moustique discret de couleur brun-gris, mesurant entre 4 et 10 millimètres. Très répandu dans une grande partie de l’Europe, cet insecte trouve aujourd’hui en Écosse des conditions climatiques de plus en plus favorables à sa reproduction.

Les chercheurs expliquent que cette espèce prospère particulièrement lorsque les températures avoisinent 25 °C. Or, de telles températures deviennent de plus en plus fréquentes au Royaume-Uni.

Pour les spécialistes, l’émergence du virus Usutu en Écosse constitue un signal d’alarme majeur.

L’année 2025 a été la plus chaude jamais enregistrée au Royaume-Uni. En juillet, la ville d’Aviemore, dans les Highlands écossais, a enregistré un record local de 32,2 °C.

Ces épisodes de chaleur favorisent à la fois :

  • la multiplication des moustiques ;
  • l’extension de leur aire géographique ;
  • la survie des virus à l’intérieur des insectes ;
  • l’augmentation des capacités de transmission.

Les scientifiques soulignent que les maladies vectorielles progressent désormais vers des zones autrefois protégées par leur climat.

La transmission d’un virus par un moustique dépend d’un équilibre biologique complexe.

Lorsque les températures sont trop basses, le virus peine à se développer à l’intérieur de l’insecte. Même si le moustique survit, il devient incapable de transmettre efficacement l’infection.

À l’inverse, des températures plus élevées permettent :

  • une réplication plus rapide du virus ;
  • une augmentation du nombre de moustiques ;
  • une période de transmission plus longue.

Les chercheurs de Glasgow étudient actuellement ces mécanismes afin de mieux anticiper les futures évolutions des maladies transmises par les moustiques en Europe.

À ce jour, le virus Usutu représente principalement une menace pour les oiseaux.

Les infections humaines restent rares. Une étude publiée dans la revue scientifique Viruses recensait 235 cas humains documentés à la fin de l’année 2024.

Chez l’être humain, l’infection passe souvent inaperçue ou provoque des symptômes modérés :

  • fièvre ;
  • fatigue ;
  • maux de tête ;
  • douleurs musculaires.

Dans de rares situations, notamment chez les personnes immunodéprimées, des complications neurologiques peuvent survenir.

Les autorités sanitaires considèrent actuellement le risque pour la population générale comme faible, mais surveillent attentivement l’évolution de la situation.

Les experts estiment que le véritable enjeu dépasse le seul virus Usutu.

Selon plusieurs chercheurs, l’arrivée d’Usutu pourrait annoncer celle d’autres maladies plus préoccupantes, notamment le virus du Nil occidental.

Celui-ci a déjà été détecté dans des moustiques britanniques en 2025.

Contrairement à Usutu, le virus du Nil occidental peut provoquer :

  • des encéphalites ;
  • des méningites ;
  • des atteintes neurologiques sévères ;
  • des décès dans les cas les plus graves.

L’apparition simultanée de ces deux virus montre que les conditions environnementales deviennent progressivement favorables à leur installation durable.

Les conséquences les plus immédiates concernent actuellement la faune sauvage.

Le virus Usutu est responsable de mortalités massives chez plusieurs espèces d’oiseaux :

  • merles noirs ;
  • chouettes ;
  • hiboux ;
  • rapaces ;
  • passereaux.

En Autriche, l’épidémie de 2001 a décimé une grande partie des populations de merles. Des épisodes similaires ont été observés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique et dans plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Les biologistes craignent que l’installation durable du virus en Écosse fragilise davantage certaines populations déjà affectées par les changements environnementaux.

Les scientifiques citent souvent Hawaï comme un exemple préoccupant.

L’introduction d’un moustique proche de Culex pipiens, porteur du paludisme aviaire, a entraîné la disparition de plusieurs espèces endémiques.

Certaines espèces emblématiques ont tenté de se réfugier dans les zones montagneuses plus fraîches pour échapper aux moustiques.

Cependant, avec le réchauffement climatique, les insectes colonisent désormais des altitudes autrefois protégées, compromettant ce dernier refuge naturel.

Même si le risque sanitaire reste actuellement limité en Écosse, plusieurs mesures permettent de réduire l’exposition aux moustiques :

  • éliminer les eaux stagnantes autour des habitations ;
  • installer des moustiquaires aux fenêtres ;
  • porter des vêtements couvrants au crépuscule ;
  • utiliser des répulsifs adaptés ;
  • signaler aux autorités toute mortalité inhabituelle d’oiseaux sauvages.

La surveillance environnementale et la détection précoce des nouveaux foyers de transmission demeurent les outils les plus efficaces pour prévenir l’émergence de futures épidémies.

L’apparition du virus Usutu en Écosse illustre l’impact croissant du changement climatique sur la santé humaine, animale et environnementale. Ce phénomène montre que les frontières géographiques qui limitaient autrefois certaines maladies deviennent progressivement plus perméables.

Pour les scientifiques, ce n’est probablement qu’un début. La surveillance des moustiques, des oiseaux et des virus émergents sera désormais essentielle pour anticiper les menaces sanitaires des prochaines décennies.

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