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Un cloporte vivant découvert dans l’intestin : l’étonnant cas d’une occlusion chez une octogénaire

Edité par : Chabane BOUARISSA | Journaliste
22 septembre 2026

Une occlusion intestinale peut parfois cacher des causes étonnantes. Chez une femme de 82 ans, des douleurs abdominales persistantes et des vomissements ont conduit les médecins à rechercher une obstruction du tube digestif. Les chirurgiens ont bien trouvé une masse qui bloquait l’intestin grêle. Mais au moment de la retirer, un événement totalement inattendu s’est produit : un petit arthropode vivant s’est échappé de la masse et s’est mis à se déplacer sur les champs opératoires.

L’analyse réalisée ensuite en laboratoire a permis d’identifier l’animal. Contrairement à la première impression de l’équipe, il ne s’agissait ni d’un insecte ni d’un parasite humain, mais d’un isopode terrestre, communément appelé cloporte.

Le cas, rapporté par une équipe médicale de Bologne, en Italie, dans la revue BMJ Case Reports, constitue une observation particulièrement inhabituelle. Il permet surtout de comprendre comment un petit animal a pu survivre plusieurs heures dans le tube digestif humain en bénéficiant, vraisemblablement, de la protection d’une masse de végétaux compactés.

La patiente, âgée de 82 ans, est admise à l’hôpital après quatre jours de douleurs abdominales progressivement aggravées.

À ces douleurs s’ajoutent plusieurs symptômes évocateurs d’un ralentissement important du transit :

  • une constipation ;
  • des nausées ;
  • des épisodes de vomissements ;
  • une distension de l’abdomen ;
  • une sensibilité abdominale à l’examen.

Les analyses sanguines montrent également une augmentation du nombre de globules blancs. Cette anomalie peut accompagner différentes situations inflammatoires ou infectieuses et doit être interprétée en fonction de l’ensemble du tableau clinique.

Les examens d’imagerie vont ensuite permettre de préciser l’origine des symptômes.

La radiographie abdominale met en évidence plusieurs anses intestinales dilatées, contenant du gaz et du liquide. D’autres segments apparaissent au contraire collabés.

Cette association constitue un signe classique d’une obstruction intestinale : le contenu digestif ne progresse plus normalement et s’accumule en amont de l’obstacle.

Un scanner abdominal est alors réalisé.

L’examen identifie une structure solide obstruant les anses intestinales du côté droit de l’abdomen. Le diagnostic d’occlusion de l’intestin grêle est posé.

À ce stade, rien ne permet encore aux médecins d’imaginer la surprise qui les attend au bloc opératoire.

Une occlusion du grêle correspond à une interruption, complète ou partielle, du passage normal du contenu intestinal.

Chez l’adulte, plusieurs mécanismes peuvent être responsables de cette situation.

Une obstruction peut notamment être provoquée par :

  • une tumeur ;
  • une adhérence ou une bride postopératoire ;
  • une hernie ;
  • une torsion de l’intestin, appelée volvulus ;
  • un corps étranger ;
  • un bézoard ;
  • plus rarement, un amas important de parasites ;
  • ou encore un calcul biliaire ayant migré dans l’intestin dans certaines circonstances.

Les bézoards sont des masses constituées de matériaux qui ne sont pas correctement digérés et qui s’accumulent progressivement dans le tube digestif.

Selon leur composition, ils peuvent contenir différents types de matières. Lorsqu’ils sont principalement constitués de végétaux, on parle de phytobézoards.

Face à l’obstruction, les chirurgiens décident d’intervenir.

Ils réalisent une laparotomie, c’est-à-dire une ouverture chirurgicale de la paroi abdominale permettant d’accéder directement aux organes digestifs.

L’équipe localise alors la masse responsable du blocage.

Elle mesure un peu plus de 5,5 centimètres.

Son aspect et sa composition permettent de conclure à un phytobézoard, une masse compacte constituée essentiellement de matière végétale.

Jusque-là, le cas reste inhabituel mais parfaitement explicable sur le plan médical.

Puis survient l’événement le plus surprenant.

Au moment où les chirurgiens extraient le phytobézoard, un petit animal vivant en jaillit.

L’arthropode se met à se déplacer sur les champs opératoires stériles.

Les membres de l’équipe pensent d’abord avoir affaire à un petit insecte. L’animal est finalement capturé puis envoyé au laboratoire afin d’être identifié avec précision.

L’analyse va réserver une nouvelle surprise.

L’animal n’est pas un insecte.

Il appartient à l’ordre des Isopodes, un groupe de crustacés auquel appartiennent notamment les cloportes terrestres.

Cette classification peut sembler surprenante, car les cloportes vivent sur la terre ferme. Pourtant, sur le plan zoologique, ils sont bien plus proches des crabes et des crevettes que des insectes.

Les isopodes terrestres présentent généralement :

  • un corps aplati ;
  • un exosquelette rigide et segmenté ;
  • sept paires de pattes ;
  • une adaptation particulière à la vie terrestre.

Le groupe des isopodes comprend plus de 11 000 espèces, dont une importante proportion vit dans les milieux marins.

Certaines espèces marines ont développé des comportements parasitaires particulièrement spectaculaires. Elles peuvent notamment s’attaquer aux poissons.

Mais cette caractéristique ne concerne pas les cloportes terrestres.

Les auteurs soulignent qu’aucun isopode terrestre n’est connu pour parasiter l’être humain.

Le cloporte retrouvé chez cette patiente n’était donc pas en train de vivre dans son intestin comme le ferait un parasite.

Il s’agissait beaucoup plus probablement d’un animal avalé accidentellement.

Cette distinction est essentielle.

Un parasite est un organisme qui vit aux dépens d’un hôte et possède des adaptations lui permettant de survivre dans cet environnement. Le cloporte terrestre ne possède pas ce mode de vie chez l’humain.

La question devient alors beaucoup plus simple : comment est-il arrivé dans l’intestin et comment a-t-il pu rester vivant suffisamment longtemps pour être retrouvé par les chirurgiens ?

L’hypothèse retenue par les médecins repose sur un scénario accidentel.

Les cloportes se nourrissent principalement de matières végétales en décomposition. La patiente aurait donc pu avaler involontairement l’animal en consommant un fruit ou un légume insuffisamment lavé.

Une fois ingéré, le petit crustacé aurait normalement dû être soumis aux conditions particulièrement agressives du système digestif.

L’estomac contient en effet un milieu acide et le tube digestif libère différentes enzymes capables de dégrader les protéines et autres constituants alimentaires.

Dans des circonstances ordinaires, un petit arthropode ingéré ne survivrait probablement pas longtemps à ce processus digestif.

Mais le cloporte de cette histoire aurait bénéficié d’une protection exceptionnelle.

La masse végétale retrouvée dans l’intestin aurait formé une sorte de capsule protectrice autour de l’animal.

Le phytobézoard était constitué de végétaux fortement compactés. Cette structure aurait pu empêcher ou limiter le contact direct entre le cloporte et les sucs digestifs.

L’animal se serait ainsi retrouvé temporairement isolé du milieu digestif.

Cette hypothèse permettrait d’expliquer le fait qu’il ait été retrouvé vivant au moment de l’intervention.

Il ne s’agit donc pas d’un cloporte capable de résister normalement aux conditions du tube digestif humain. C’est vraisemblablement la masse végétale elle-même qui lui aurait offert une protection temporaire.

Le cas illustre ainsi une succession de circonstances extrêmement improbables : ingestion accidentelle d’un petit arthropode, formation d’un phytobézoard suffisamment compact et maintien de l’animal à l’intérieur de cette masse jusqu’à son extraction chirurgicale.

Derrière le caractère insolite de cette histoire se trouve une situation médicale potentiellement grave.

Une occlusion intestinale empêche le passage normal du contenu digestif. Lorsque l’obstruction devient importante, l’intestin se distend en amont de l’obstacle.

Dans certaines formes sévères, la pression peut compromettre la circulation sanguine de la paroi intestinale.

C’est ce que l’on appelle une strangulation.

Si l’apport sanguin est interrompu, les tissus peuvent progressivement manquer d’oxygène et se nécroser. Une perforation intestinale, une infection abdominale sévère et une défaillance générale de l’organisme peuvent alors survenir.

C’est pourquoi une occlusion complète nécessite une prise en charge médicale rapide.

Les bézoards restent des causes relativement particulières d’occlusion, mais ils sont bien connus en médecine digestive.

Ils correspondent à des accumulations de substances difficiles à digérer ou à éliminer.

Certains sont constitués de fibres végétales. D’autres peuvent être composés d’autres matières ingérées ou accumulées dans le tube digestif.

Le risque dépend notamment de la nature de la masse, de sa taille et de la capacité du tube digestif à la faire progresser.

Chez certaines personnes, différents facteurs peuvent favoriser leur formation, notamment des troubles de la motricité digestive ou certaines habitudes alimentaires.

Malgré la gravité potentielle de l’occlusion, l’évolution de la patiente a été favorable.

Après son intervention, elle a pu quitter l’hôpital et rejoindre une maison de retraite.

Les auteurs indiquent qu’elle y résidait toujours lors d’une visite de suivi réalisée 18 mois plus tard.

Cette évolution favorable contraste avec le caractère particulièrement spectaculaire de la découverte opératoire.

Les corps étrangers et les bézoards peuvent représenter une proportion importante des causes d’occlusion du grêle. Chez les personnes de plus de 50 ans, le volvulus figure également parmi les causes importantes.

Mais l’association observée dans ce cas reste exceptionnelle.

Un phytobézoard suffisamment volumineux pour provoquer une obstruction intestinale, contenant lui-même un cloporte encore vivant, constitue une situation extrêmement inhabituelle.

Cette histoire rappelle surtout qu’une occlusion intestinale peut avoir des origines très diverses et parfois difficiles à anticiper avant l’imagerie ou la chirurgie.

Quels symptômes doivent alerter ?

Une douleur abdominale intense ou persistante, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne de vomissements, d’un ventre très distendu et d’un arrêt des selles et des gaz, doit conduire à consulter rapidement.

Il ne faut pas attendre plusieurs jours lorsque ces symptômes s’aggravent.

Une obstruction intestinale ne doit pas être traitée à domicile avec des laxatifs sans avis médical. Selon son mécanisme, ceux-ci peuvent être inadaptés, voire dangereux.

Les bons réflexes

Pour réduire certains risques digestifs, il est recommandé de :

  • laver soigneusement les fruits et légumes avant leur consommation ;
  • maintenir une alimentation variée et équilibrée ;
  • consulter en cas de constipation inhabituelle ou persistante ;
  • ne pas banaliser des douleurs abdominales importantes ;
  • consulter rapidement en cas de vomissements répétés associés à une distension abdominale ou à un arrêt du transit.

Au-delà de l’anecdote du cloporte vivant, ce cas rappelle donc une règle essentielle : une occlusion intestinale est une urgence potentielle. La cause peut être une tumeur, une hernie, une torsion, un corps étranger ou, plus rarement, un bézoard végétal. Et dans des circonstances exceptionnelles, même une créature vivante peut se retrouver piégée au cœur de l’obstruction.

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