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Stérile après une chimiothérapie, un homme retrouve sa fertilité grâce à un tissu congelé durant l’enfance : une première mondiale porteuse d’espoir

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
31 mai 2026

C’est une première mondiale qui pourrait transformer l’avenir de nombreux enfants traités pour des maladies graves. En Belgique, un homme de 27 ans, devenu stérile après une chimiothérapie lourde reçue durant l’enfance, a réussi à recommencer à produire des spermatozoïdes grâce à la réimplantation d’un fragment de tissu testiculaire prélevé avant sa puberté puis congelé pendant près de vingt ans.

Une avancée médicale historique dans la préservation de la fertilité

L’annonce a été faite par les chercheurs de l’Université libre de Bruxelles et de l’Hôpital universitaire de Bruxelles. Cette réussite ouvre une nouvelle voie dans la médecine de la fertilité et dans la prise en charge des jeunes patients exposés à des traitements toxiques pour les fonctions reproductrices.

Lorsque ce patient était âgé de 10 ans, il souffrait d’une drépanocytose sévère, une maladie génétique du sang pouvant provoquer de graves complications. Pour le soigner, les médecins ont eu recours à une chimiothérapie intensive suivie d’une greffe de moelle osseuse.

Or, ce type de traitement est connu pour ses effets destructeurs sur les cellules reproductrices. Chez de nombreux patients, il entraîne une infertilité définitive.

Avant le début des soins, l’équipe médicale a toutefois pris une décision encore expérimentale à l’époque : prélever un petit fragment de tissu testiculaire afin de le cryoconserver dans l’azote liquide à très basse température.

Dix-sept ans plus tard, ce tissu a été réimplanté dans son organisme. Résultat : la spermatogenèse, c’est-à-dire la production de spermatozoïdes, a repris.

Chez les garçons prépubères, les testicules ne produisent pas encore de spermatozoïdes matures. Ils contiennent uniquement des cellules souches germinales, destinées à fabriquer les spermatozoïdes plus tard, à l’adolescence.

Pendant des années, les chercheurs ignoraient si ces cellules pouvaient survivre à une congélation prolongée puis redevenir fonctionnelles après réimplantation.

Jusqu’ici, les succès observés concernaient essentiellement des modèles animaux, notamment chez la souris et certains primates. Aucune preuve formelle n’avait encore été obtenue chez l’être humain.

Cette réussite belge constitue donc une étape scientifique majeure dans la médecine reproductive.

Les progrès de la médecine ont considérablement amélioré la survie des enfants atteints de cancers ou de maladies graves. Aujourd’hui, plus de 80 % des enfants touchés par un cancer guérissent.

La question ne se limite donc plus uniquement à sauver des vies. Les médecins cherchent désormais à préserver la qualité de vie future des patients.

Puberté normale, équilibre hormonal, possibilité de devenir parent à l’âge adulte : ces dimensions occupent une place de plus en plus importante dans les parcours de soins.

Certaines chimiothérapies, radiothérapies ou greffes de moelle osseuse peuvent cependant altérer durablement la fertilité. Le risque dépend notamment :

  • du type de traitement ;
  • des doses administrées ;
  • de l’âge du patient ;
  • des zones exposées aux radiations.

Avant certains traitements lourds, les médecins peuvent aujourd’hui proposer la conservation des cellules ou tissus reproducteurs.

Chez l’adulte, la procédure consiste généralement à congeler des spermatozoïdes ou des ovocytes avant le début des soins.

Mais chez les enfants prépubères, la situation est plus complexe. Les garçons ne produisent pas encore de spermatozoïdes et les jeunes filles n’ont pas toujours une activité ovarienne suffisante pour utiliser les techniques classiques.

Les spécialistes ont donc développé une autre stratégie : le prélèvement et la congélation des tissus reproducteurs.

Un petit fragment d’ovaire ou de testicule est prélevé puis conservé à -196 °C dans l’azote liquide. Une fois la maladie guérie, le tissu peut être réimplanté afin de restaurer certaines fonctions reproductives.

La conservation du tissu ovarien est aujourd’hui mieux maîtrisée et déjà pratiquée dans plusieurs centres spécialisés.

Les chirurgiens prélèvent une partie de l’ovaire contenant des follicules immatures, capables de produire plus tard des ovocytes.

Après réimplantation, l’activité hormonale reprend dans 85 à 95 % des cas selon les données analysées par l’Institut national du cancer (INCa). Les taux de grossesse et de naissance varient entre 25 et 40 % selon les études.

La première naissance mondiale après une greffe de tissu ovarien a d’ailleurs été réalisée en Belgique en 2004 par l’équipe du professeur Jacques Donnez.

Malgré cette réussite spectaculaire, les spécialistes appellent à la prudence.

Cette avancée repose actuellement sur un seul cas humain documenté. Les médecins doivent encore déterminer :

  • la qualité réelle des spermatozoïdes produits ;
  • leur capacité à féconder un ovocyte ;
  • la durée de fonctionnement du tissu greffé ;
  • les risques potentiels à long terme.

Autre point de vigilance : dans certains cancers du sang, il existe un risque théorique de réintroduire des cellules malades lors de la greffe du tissu conservé.

Pour cette raison, ces techniques restent fortement encadrées et relèvent encore de protocoles de recherche clinique dans plusieurs pays.

Les spécialistes insistent également sur l’importance d’un accompagnement global des familles confrontées à ces situations.

Aborder le risque d’infertilité au moment où un enfant vient d’être diagnostiqué d’une leucémie, d’un cancer ou d’une drépanocytose sévère constitue une épreuve particulièrement difficile pour les parents.

Les consultations de préservation de la fertilité se développent désormais dans les centres hospitaliers spécialisés afin d’informer précocement les familles sur les solutions existantes.

Les médecins recommandent :

  • une évaluation de la fertilité avant tout traitement potentiellement toxique ;
  • un suivi endocrinologique régulier après les traitements ;
  • un accompagnement psychologique pour les patients et leurs proches ;
  • une surveillance à long terme des fonctions hormonales et reproductives.

Cette première mondiale illustre les transformations profondes de la médecine moderne. Les progrès thérapeutiques ne cherchent plus uniquement à guérir la maladie, mais aussi à préserver l’avenir des patients.

Pour de nombreux enfants atteints aujourd’hui de pathologies graves, l’espoir de devenir parents à l’âge adulte n’est plus un simple projet théorique. Grâce aux avancées de la recherche, cette possibilité devient progressivement une réalité médicale concrète.

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