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Dire souvent « euh » : un simple tic de langage… ou un indice sur le fonctionnement du cerveau ? Ce que révèle une récente étude

Edité par : Dr Salim BENLEFKI | Docteur en neurosciences
26 août 2026

Tout le monde cherche parfois ses mots. Un « euh », un silence ou une hésitation font naturellement partie de la conversation. Mais lorsque ces pauses deviennent fréquentes, elles pourraient refléter le fonctionnement de certaines capacités cognitives. Une étude récente suggère qu’elles sont liées aux fonctions exécutives du cerveau, sans pour autant être synonymes de maladie.

Lors d’une présentation, d’un entretien ou d’une simple conversation, il arrive à chacun de ponctuer son discours de « euh », « hum » ou de longues pauses.

Ces expressions, appelées mots de remplissage, permettent souvent de gagner quelques secondes pour organiser sa pensée, retrouver un mot ou construire une phrase.

Dans la très grande majorité des cas, elles sont parfaitement normales et ne traduisent aucun problème de santé.

Cependant, lorsqu’elles deviennent plus nombreuses ou apparaissent progressivement chez une personne auparavant très fluide, elles peuvent parfois refléter une modification des capacités cognitives.

Des chercheurs de Baycrest, de l’Université de Toronto et de l’Université York ont voulu déterminer si certaines caractéristiques du langage spontané pouvaient refléter le fonctionnement du cerveau.

Leurs travaux, publiés en décembre 2025 dans le Journal of Speech, Language and Hearing Research, reposent sur une approche innovante : l’analyse automatisée de la parole.

Les participants devaient décrire une image à voix haute pendant qu’un logiciel analysait automatiquement plusieurs paramètres de leur discours.

Les chercheurs ont notamment évalué :

  • la vitesse d’élocution ;
  • la fréquence des pauses ;
  • les hésitations ;
  • l’utilisation des mots de remplissage (« euh », « hum ») ;
  • la fluidité du langage.

Chaque participant a également réalisé une batterie de tests neuropsychologiques destinés à mesurer plusieurs fonctions cognitives.

L’étude s’est particulièrement intéressée aux fonctions exécutives.

Ces capacités permettent notamment de :

  • maintenir son attention ;
  • planifier une action ;
  • organiser sa pensée ;
  • manipuler les informations en mémoire de travail ;
  • changer rapidement de stratégie ;
  • sélectionner les mots appropriés au bon moment ;
  • inhiber les réponses inadaptées.

Elles jouent un rôle essentiel dans toutes les conversations du quotidien.

Les résultats montrent une association intéressante. Les personnes obtenant des scores plus faibles aux tests des fonctions exécutives présentaient davantage :

  • d’hésitations ;
  • de pauses dans le discours ;
  • de difficultés à retrouver certains mots ;
  • de ralentissements de la parole ;
  • de recours aux mots de remplissage comme « euh » ou « hum ».

Autrement dit, plus le cerveau éprouve de difficultés à organiser rapidement les informations, plus la parole devient hésitante.

Contrairement aux idées reçues, cette association ne concerne pas uniquement les personnes âgées.

Les chercheurs ont observé cette relation tout au long de la vie adulte, y compris chez des participants jeunes et en bonne santé.

Cela signifie que les hésitations verbales peuvent constituer un indicateur du fonctionnement cognitif général, sans être nécessairement le signe d’un vieillissement cérébral.

Produire un discours paraît simple.

En réalité, cette tâche mobilise simultanément plusieurs régions cérébrales.

Le cerveau doit :

  • rechercher le mot adéquat dans son lexique mental ;
  • organiser la phrase ;
  • respecter les règles grammaticales ;
  • maintenir le fil de la conversation ;
  • anticiper la suite du discours ;
  • surveiller ce qui est déjà dit.

Lorsque cette organisation demande un peu plus de temps, les « euh » servent de transition.

Ils permettent de conserver la parole pendant que le cerveau poursuit son travail.

Les spécialistes insistent sur un point essentiel.

Les mots de remplissage sont extrêmement fréquents chez les personnes en parfaite santé.

Le Dr Daniel H. Daneshvar, spécialiste des lésions cérébrales à la Harvard Medical School, rappelle que presque tout le monde utilise régulièrement ces expressions.

Selon lui, elles jouent souvent un rôle utile dans la conversation en laissant au cerveau quelques instants supplémentaires pour organiser la pensée.

Pris isolément, les « euh » ne permettent absolument pas de diagnostiquer une maladie neurodégénérative.

En revanche, certaines situations méritent un avis médical.

Il est recommandé de consulter si les difficultés apparaissent progressivement alors que la personne parlait auparavant avec aisance, notamment lorsqu’elles s’accompagnent de :

  • pertes de mémoire répétées ;
  • difficultés à suivre une conversation ;
  • oubli fréquent des mots les plus simples ;
  • désorientation ;
  • difficultés à réaliser des tâches quotidiennes autrefois faciles ;
  • troubles de l’attention ou de la concentration.

Des neuropsychologues soulignent que les difficultés de recherche des mots figurent parmi les plaintes les plus fréquentes observées dans les consultations mémoire.

Les patients décrivent souvent la sensation d’avoir « le mot sur le bout de la langue » sans parvenir à le retrouver.

L’intérêt majeur de cette étude réside dans son potentiel clinique.

L’analyse automatisée de la parole pourrait devenir un outil simple, rapide et non invasif pour suivre l’évolution des fonctions cognitives.

À terme, quelques minutes d’enregistrement vocal pourraient aider les médecins à repérer des modifications subtiles du langage avant même que les troubles ne deviennent évidents.

Ces outils ne remplaceraient pas les examens neurologiques, mais viendraient les compléter.

Chez les personnes qui souhaitent améliorer leur prise de parole, plusieurs techniques peuvent être efficaces.

Les spécialistes recommandent de :

  • ralentir volontairement son débit de parole ;
  • accepter de marquer quelques secondes de silence plutôt que de dire « euh » ;
  • préparer les idées principales avant une présentation ;
  • construire des phrases plus courtes ;
  • respirer calmement avant de répondre ;
  • s’enregistrer ou se filmer afin d’identifier ses habitudes de langage ;
  • s’entraîner régulièrement à parler devant un public.

Le silence est souvent perçu comme plus naturel et plus professionnel qu’une succession de mots de remplissage.

La démence désigne un ensemble de maladies caractérisées par un déclin progressif des capacités intellectuelles suffisamment important pour perturber la vie quotidienne.

Les principaux symptômes peuvent associer :

  • des troubles de la mémoire ;
  • des difficultés de langage ;
  • des troubles du raisonnement ;
  • des difficultés d’orientation ;
  • une perte progressive de l’autonomie.

La maladie d’Alzheimer représente environ 60 à 80 % des cas de démence.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), plus de 55 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une démence dans le monde, et ce nombre devrait fortement augmenter avec le vieillissement de la population.

Même si aucun moyen ne permet de prévenir totalement les maladies neurodégénératives, plusieurs habitudes contribuent à maintenir la santé du cerveau :

  • pratiquer une activité physique régulière ;
  • adopter une alimentation de type méditerranéen riche en fruits, légumes, poissons et huile d’olive ;
  • contrôler la tension artérielle, le diabète et le cholestérol ;
  • dormir suffisamment ;
  • stimuler régulièrement le cerveau par la lecture, les jeux, les langues étrangères ou la musique ;
  • entretenir des relations sociales actives ;
  • limiter le tabac et l’excès d’alcool.

Ces mesures participent au maintien des fonctions cognitives tout au long de la vie.

Dire « euh » de temps en temps est un phénomène parfaitement normal. Ces mots de remplissage aident le cerveau à organiser le discours et ne constituent pas, à eux seuls, un signe de maladie. En revanche, lorsqu’une personne auparavant très fluide présente progressivement des difficultés importantes pour retrouver ses mots, associées à des troubles de la mémoire ou de l’attention, un avis médical est recommandé. Les travaux récents montrent que l’analyse de la parole pourrait devenir, dans les prochaines années, un outil précieux pour détecter précocement certaines modifications du fonctionnement cognitif.

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