
Longtemps présentée comme une alternative moins nocive au tabac, la cigarette électronique continue de susciter de nombreuses interrogations scientifiques. Utilisée par des millions de personnes, souvent dans une démarche de sevrage tabagique, elle fait aujourd’hui l’objet d’analyses de plus en plus approfondies.
Une nouvelle étude de grande ampleur vient relancer le débat. Publiée dans la revue BMC Public Health, elle suggère que le vapotage pourrait être associé à un risque cardiovasculaire accru, mais pas chez tous les utilisateurs. Certaines catégories de vapoteurs semblent particulièrement concernées.
Une littérature scientifique de plus en plus fournie
Au fil des années, les travaux sur la cigarette électronique se multiplient. Certaines études ont déjà mis en évidence :
- un lien possible avec des troubles de l’érection,
- un vieillissement cutané prématuré,
- des effets délétères sur la fonction vasculaire.
La nouvelle analyse s’intéresse spécifiquement aux maladies cardiovasculaires, en particulier l’infarctus du myocarde et l’accident vasculaire cérébral (AVC).
Une méta-analyse portant sur plus de 430 000 personnes
Les chercheurs, issus de l’Institut de prévention du cancer de Noida, en Inde, ont réalisé une revue systématique de 12 études publiées entre 2005 et 2025.
Au total :
- plus de 430 000 personnes ont été analysées pour le risque d’infarctus,
- plus d’un million de participants pour le risque d’AVC.
L’objectif était clair : déterminer si l’usage de la cigarette électronique est associé à une augmentation des événements cardiovasculaires par rapport à l’absence de vapotage.
Un risque accru d’infarctus chez les vapoteurs

Les résultats montrent que, globalement, les utilisateurs de cigarette électronique présentent un risque de crise cardiaque supérieur de 53 % par rapport aux personnes ne vapotant pas.
Mais ce chiffre global masque des différences importantes selon le profil des utilisateurs.
Un groupe se distingue nettement : les anciens fumeurs de tabac devenus vapoteurs.
Chez eux, le risque d’infarctus du myocarde est plus que doublé par rapport aux non-utilisateurs de cigarette électronique.
Les auteurs soulignent que cette augmentation pourrait s’expliquer par :
- les séquelles cardiovasculaires du tabagisme passé,
- un effet cumulatif du tabac puis du vapotage,
- ou des expositions prolongées à des substances nocives au fil du temps.
Pas de signal clair chez les vapoteurs n’ayant jamais fumé
À l’inverse, les résultats sont plus rassurants chez les personnes n’ayant jamais fumé de cigarettes classiques et utilisant exclusivement la cigarette électronique.
Dans ce groupe, aucune augmentation significative du risque d’infarctus n’a été observée.
Les chercheurs appellent toutefois à la prudence. Le nombre d’études disponibles sur cette population reste limité, et le recul est encore insuffisant pour exclure totalement un risque à long terme.
Un risque d’AVC surtout marqué chez les anciens fumeurs
Concernant les accidents vasculaires cérébraux, les conclusions sont plus nuancées.
Dans l’ensemble de la population étudiée, le vapotage n’est pas associé à une augmentation significative du risque d’AVC.
Mais là encore, le profil des utilisateurs modifie l’interprétation.
Chez les anciens fumeurs utilisant désormais la cigarette électronique, le risque d’AVC est supérieur de 73 % par rapport aux non-vapoteurs.
Les chercheurs évoquent plusieurs hypothèses :
- des dommages vasculaires préexistants liés au tabac,
- une persistance de facteurs de risque cardiovasculaire,
- des facteurs de confusion difficiles à éliminer complètement dans ce type d’analyse.
Des résultats à interpréter avec prudence
Les auteurs insistent sur certaines limites méthodologiques. Les études analysées présentent une hétérogénéité importante, tant dans la définition du vapotage que dans la durée de suivi des participants.
Il s’agit également d’études observationnelles, qui ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct. Malgré ces réserves, la cohérence des signaux observés chez les anciens fumeurs interpelle.
Quelle place pour la cigarette électronique ?
Cette revue systématique rappelle un point essentiel : la cigarette électronique n’est pas dénuée de risques, en particulier pour le système cardiovasculaire.
Si elle peut constituer un outil de réduction des risques chez certains fumeurs, elle ne doit pas être considérée comme un produit anodin.
Les experts soulignent que le bénéfice potentiel du vapotage repose avant tout sur un objectif clair : l’arrêt complet du tabac, sans prolonger indéfiniment l’exposition à la nicotine et aux substances inhalées.
Recommandations de santé publique
Les spécialistes rappellent plusieurs principes clés :
- La cigarette électronique n’est pas recommandée chez les non-fumeurs.
- Chez les fumeurs, elle peut être envisagée comme outil transitoire de sevrage, sous accompagnement.
- Les anciens fumeurs doivent rester particulièrement vigilants à leur risque cardiovasculaire global.
- Un suivi médical régulier est essentiel en cas de facteurs de risque associés.
A retenir :
La cigarette électronique n’est ni totalement inoffensive ni équivalente au tabac classique. Cette étude de grande ampleur met en lumière un sur-risque cardiovasculaire notable chez certains vapoteurs, en particulier ceux ayant un passé tabagique.
À mesure que les données s’accumulent, une certitude s’impose : réduire les risques passe avant tout par l’arrêt durable du tabac et de la nicotine, et par une information claire, fondée sur les preuves scientifiques.
Mots clés : cigarette ; santé ; électronique ; vapotage ; cardiovasculaire ; AVC ;
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