
Les vacances sont censées offrir une parenthèse de repos, de liberté et de récupération. Pourtant, pour de nombreux salariés, quitter le bureau ne signifie pas réellement quitter le travail. Un e-mail consulté sur la plage, une notification Teams pendant une randonnée, une réunion qui revient sans cesse à l’esprit ou une liste de tâches qui continue de tourner en boucle… La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle devient de plus en plus floue.
Pourquoi est-il si difficile de décrocher pendant les vacances ?
Or, cette hyperconnexion a un coût. Sans véritable déconnexion mentale, le cerveau reste en état d’alerte. Le stress persiste, la récupération est incomplète et le risque d’épuisement professionnel augmente.
« La qualité de la récupération dépend avant tout de notre capacité à nous déconnecter psychologiquement, et pas seulement physiquement », expliquent des psychologues spécialisés en santé au travail. « Si notre esprit reste au bureau, le cerveau ne bénéficie jamais d’une véritable phase de régénération. »
Déconnecter : une nécessité pour le cerveau, pas un luxe
Les recherches en psychologie du travail montrent que les vacances permettent de restaurer progressivement les ressources physiques, émotionnelles et cognitives mobilisées pendant plusieurs mois d’activité.
Le cerveau profite de cette période pour :
- diminuer la production d’hormones du stress ;
- restaurer les capacités d’attention et de concentration ;
- améliorer la mémoire ;
- renforcer la créativité ;
- réduire la fatigue mentale ;
- favoriser un meilleur sommeil.
Mais ces bénéfices apparaissent uniquement lorsque la coupure est réelle.
Pourquoi le cerveau continue-t-il à penser au travail ?
Le principal obstacle porte un nom bien connu des psychologues : les « boucles mentales ».
Il s’agit de toutes ces tâches inachevées qui restent ouvertes dans notre mémoire :
- dossiers non terminés ;
- e-mails en attente ;
- décisions reportées ;
- projets inachevés ;
- réunions à préparer.
Notre cerveau déteste laisser une tâche incomplète. Ce phénomène, connu en psychologie sous le nom d’effet Zeigarnik, pousse naturellement notre mémoire à maintenir actives les tâches non terminées.
Résultat : même au bord de la mer, une partie de notre attention reste mobilisée par le travail.
« Il est important de refermer ces boucles mentales avant le départ, soulignent les spécialistes. Sinon, elles continuent d’occuper de la bande passante mentale et empêchent de profiter pleinement des vacances. »
Le piège des e-mails : cinq minutes qui coûtent cher
Beaucoup pensent qu’un rapide coup d’œil à leur messagerie professionnelle permettra de se rassurer.
Les recherches montrent exactement l’inverse.
La simple consultation d’un e-mail professionnel suffit à réactiver les réseaux cérébraux impliqués dans la vigilance, l’anticipation et la résolution de problèmes. Le cerveau repasse immédiatement en « mode travail ».
Cette hypervigilance ralentit la récupération psychologique et augmente la sensation de fatigue.
Pourquoi certaines personnes décrochent plus difficilement ?
Tout le monde n’est pas égal face à la déconnexion. Les spécialistes observent davantage de difficultés chez :
- les perfectionnistes ;
- les personnes très investies dans leur métier ;
- les « workaholics » (personnes dépendantes au travail) ;
- celles qui ont du mal à déléguer ;
- celles qui craignent de manquer une information importante (FOMO professionnel).
Ces profils restent plus facilement en état d’alerte, même lorsqu’ils sont officiellement en congé.
Les enfants aussi ont besoin de vraies vacances
Les adultes ne sont pas les seuls concernés. Chaque été, de nombreux parents hésitent entre laisser leurs enfants profiter de leurs vacances ou remplir leur emploi du temps de cahiers d’exercices, de stages de langues ou d’activités éducatives.
Selon les professionnels, un équilibre reste préférable. Quelques révisions peuvent limiter les oublis scolaires. Mais des vacances entièrement consacrées aux performances ne permettent pas une véritable récupération.
Le jeu libre, les activités en plein air, les interactions sociales, la créativité et même les moments d’ennui jouent un rôle essentiel dans le développement cognitif et émotionnel de l’enfant.
L’ennui favorise notamment :
- l’imagination ;
- la résolution de problèmes ;
- l’autonomie ;
- la créativité.
Les bénéfices des vacances disparaissent parfois très vite
Plusieurs études montrent que les vacances améliorent rapidement :
- le bien-être ;
- l’humeur ;
- la qualité du sommeil ;
- la motivation ;
- le niveau d’énergie.
Mais cet effet positif ne dure pas toujours.
Les chercheurs parlent d’effet de « fade out », c’est-à-dire une disparition progressive des bénéfices après la reprise du travail.
Chez certaines personnes, cette baisse commence dès la première semaine suivant le retour.
Plus la déconnexion a été incomplète pendant les congés, plus cet effet d’estompement apparaît rapidement.
Une majorité de salariés restent connectés pendant leurs congés
Les chiffres illustrent parfaitement cette difficulté. Selon un sondage réalisé en Suisse en 2025 :
- 66 % des salariés consultent leurs e-mails professionnels pendant leurs vacances ;
- 55 % redoutent la quantité de messages qui les attend à leur retour ;
- plus d’un salarié sur deux ressent du stress avant même la reprise.
Ces comportements entretiennent le cercle vicieux de la surcharge mentale.
Comment préparer son cerveau avant les vacances ?
Les spécialistes recommandent plusieurs gestes simples.
Avant le départ
- terminer les dossiers prioritaires ;
- rédiger un mémo pour faciliter la reprise ;
- déléguer clairement les urgences ;
- programmer un message d’absence indiquant une personne de contact ;
- éviter les réunions importantes les derniers jours ;
- supprimer temporairement les notifications professionnelles ;
- retirer, si possible, la messagerie professionnelle de son téléphone personnel.
Pendant les vacances : privilégier la récupération
Pour permettre au cerveau de récupérer pleinement :
- laissez l’ordinateur professionnel à la maison ;
- évitez de remplacer les e-mails par plusieurs heures de réseaux sociaux ;
- marchez dans la nature ;
- nagez ;
- lisez ;
- profitez de vos proches ;
- dormez suffisamment ;
- pratiquez une activité physique modérée.
Le contact avec les espaces verts est associé à une diminution du stress, une baisse du cortisol et une amélioration de l’attention.
Si vous n’arrivez vraiment pas à décrocher…
Certaines personnes éprouvent beaucoup de difficultés à couper totalement.
Dans ce cas, les psychologues proposent plusieurs stratégies :
- noter les pensées professionnelles dans un carnet afin d’éviter de les ruminer ;
- limiter la consultation des e-mails à un créneau unique de 10 à 15 minutes par semaine ;
- désigner un seul interlocuteur pouvant vous contacter uniquement en cas d’urgence réelle ;
- lorsque l’on est indépendant, définir clairement ses périodes d’indisponibilité et les communiquer à ses clients.
L’objectif reste d’éviter une connexion permanente.
Une reprise progressive pour prolonger les bienfaits
Le retour au travail mérite lui aussi d’être préparé. Les experts recommandent de :
- rentrer un ou deux jours avant la reprise ;
- reprendre, si possible, en milieu de semaine ;
- éviter les réunions importantes dès le premier jour ;
- conserver certaines bonnes habitudes acquises pendant les vacances : promenade quotidienne, activité physique, lecture, temps passé en famille ou moments de détente.
Cette transition progressive limite le stress de reprise.
Le droit au repos est aussi une obligation légale
Il n’existe pas encore de véritable droit à la déconnexion inscrit dans la loi. En revanche, le Code des obligations rappelle que les vacances ont pour objectif principal le repos.
L’employeur est tenu de protéger la santé physique et psychique de ses collaborateurs.
En pratique, un salarié n’a donc pas vocation à rester joignable pendant ses congés, sauf disposition contractuelle spécifique, comme une astreinte.
La législation prévoit également au minimum quatre semaines de vacances par an, dont deux semaines consécutives afin de permettre une récupération suffisante.
Selon mes spécialistes, la première semaine sert essentiellement à évacuer le stress accumulé, tandis que le sentiment maximal de bien-être apparaît généralement à partir du huitième jour.
Les recommandations des spécialistes
Pour profiter pleinement de vos vacances :
- préparez votre départ plusieurs jours à l’avance ;
- terminez les tâches prioritaires ;
- désactivez les notifications professionnelles ;
- limitez la consultation des e-mails ;
- privilégiez les activités plaisantes plutôt que performantes ;
- passez du temps dans la nature ;
- dormez suffisamment ;
- reprenez progressivement le rythme professionnel.
À retenir
Les vacances ne se résument pas à quitter son lieu de travail. Elles représentent une véritable période de récupération pour le cerveau. La qualité de cette récupération dépend avant tout de la capacité à se déconnecter mentalement. Clore les tâches en cours, limiter les sollicitations numériques, profiter de la nature et préserver des moments de repos permettent de restaurer durablement l’énergie, de réduire le stress et de prévenir l’épuisement professionnel. Bien préparer son départ… et son retour constitue l’une des meilleures stratégies pour prolonger les bienfaits des vacances.
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