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Pyromanie : un trouble du contrôle des impulsions, pas une simple fascination pour le feu

Edité par : Djenat Yakoubi | Psychologue clinicienne
22 août 2026

Les incendies volontaires suscitent souvent incompréhension et indignation. Pourtant, dans de rares situations, ils peuvent être liés à un trouble psychiatrique bien identifié : la pyromanie. Cette affection se caractérise par une incapacité répétée à résister à l’impulsion de déclencher volontairement un incendie, non pas pour obtenir un bénéfice matériel, se venger ou masquer un crime, mais pour satisfaire une tension intérieure intense.

Oui, la pyromanie est reconnue comme un trouble mental, mais ce n’est pas une maladie mentale au sens des psychoses ou de la schizophrénie. Dans les classifications internationales, elle est classée parmi les troubles du contrôle des impulsions.

Contrairement aux idées reçues, tous les auteurs d’incendies volontaires ne sont pas pyromanes. La plupart des feux criminels sont motivés par des conflits personnels, des intérêts financiers, des actes de vengeance, des motivations idéologiques ou des troubles psychiatriques d’une autre nature.

La pyromanie est un trouble rare du contrôle des impulsions, décrit dans les classifications psychiatriques internationales (DSM-5 et CIM-11).

La personne ressent :

  • une tension psychique croissante avant de passer à l’acte ;
  • une fascination importante pour le feu, les flammes ou les moyens de les produire ;
  • un sentiment de soulagement, de plaisir ou de gratification après avoir allumé l’incendie ou assisté à ses conséquences.

Le feu constitue alors une finalité en soi et non un moyen d’obtenir un avantage.

Ces deux termes sont souvent confondus alors qu’ils désignent des réalités très différentes.

Le pyromane

  • Il agit sous l’effet d’une impulsion difficilement contrôlable.
  • Son objectif n’est ni l’argent, ni la vengeance, ni l’idéologie.
  • Il recherche essentiellement le soulagement de sa tension psychologique ou l’excitation liée au feu.

L’incendiaire

Il provoque un incendie dans un but précis :

  • vengeance ;
  • destruction volontaire ;
  • fraude à l’assurance ;
  • intimidation ;
  • acte terroriste ;
  • camouflage d’une infraction.

Dans ce cas, il ne s’agit généralement pas de pyromanie.

La véritable pyromanie demeure exceptionnelle. Les études montrent que seuls quelques pour cent des incendies volontaires sont réellement attribuables à ce trouble psychiatrique.

La majorité des incendies d’origine humaine sont liés :

  • à des négligences ;
  • à des imprudences ;
  • à des conflits personnels ;
  • ou à des motivations criminelles.

Il n’existe pas une cause unique. La pyromanie résulte probablement d’une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.

Les chercheurs évoquent notamment :

  • des anomalies des circuits cérébraux impliqués dans le contrôle des impulsions ;
  • un déséquilibre de certains neurotransmetteurs, notamment la sérotonine et la dopamine ;
  • des traumatismes durant l’enfance ;
  • des violences physiques ou sexuelles ;
  • une négligence affective ;
  • des difficultés importantes dans la gestion des émotions.

Chez certains patients, le feu devient un moyen de diminuer une anxiété insupportable.

Les spécialistes recherchent plusieurs critères. La personne présente généralement :

  • des incendies volontaires répétés ;
  • une fascination excessive pour le feu ;
  • un intérêt marqué pour les pompiers, les véhicules d’intervention ou le matériel incendie ;
  • une montée progressive de tension avant le passage à l’acte ;
  • un soulagement immédiat après avoir allumé le feu ;
  • une absence de motivation financière ou criminelle.

Certaines personnes assistent même volontairement aux interventions des secours afin d’observer l’évolution de l’incendie.

Tous les enfants qui jouent avec des allumettes ne sont évidemment pas pyromanes.

Chez les plus jeunes, les départs de feu sont souvent liés :

  • à la curiosité ;
  • à l’imitation ;
  • à l’ennui ;
  •  à la recherche d’attention.

En revanche, des comportements répétitifs associés à une véritable fascination pour le feu nécessitent une évaluation spécialisée.

Une prise en charge précoce permet souvent d’éviter l’installation durable de ces comportements.

Oui. La pyromanie peut parfois être associée à :

  • un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ;
  • des troubles des conduites ;
  • des addictions ;
  • un trouble bipolaire (notamment lors d’épisodes maniaques) ;
  • certains troubles de la personnalité.

Ces situations nécessitent une prise en charge globale.

Aucune prise de sang ni aucun scanner ne permet de diagnostiquer la pyromanie.

Le diagnostic repose sur une évaluation psychiatrique approfondie comprenant :

  • plusieurs entretiens cliniques ;
  • une analyse des circonstances des incendies ;
  • une recherche des motivations réelles ;
  • des tests psychologiques évaluant le contrôle des impulsions ;
  • parfois une évaluation neuropsychologique.

L’objectif est également d’exclure d’autres causes psychiatriques ou neurologiques.

Il n’existe pas aujourd’hui de médicament spécifiquement indiqué contre la pyromanie.

La prise en charge repose principalement sur la psychothérapie.

C’est actuellement l’approche la plus utilisée.

Elle aide à :

  • reconnaître les situations déclenchantes ;
  • apprendre à contrôler les impulsions ;
  • développer des stratégies alternatives face au stress.

Elle est particulièrement utile chez les enfants et les adolescents.

Elle améliore :

  • la communication familiale ;
  • la supervision parentale ;
  • la gestion des comportements à risque.

Les médicaments

Ils peuvent être prescrits lorsqu’il existe un trouble associé. Selon les situations, le psychiatre peut proposer :

  • des antidépresseurs (notamment des ISRS) ;
  • des stabilisateurs de l’humeur ;
  • parfois certains antipsychotiques.

Ils ne remplacent toutefois jamais la psychothérapie.

Une consultation en psychiatrie ou en psychologie est recommandée lorsque :

  • les mises à feu se répètent ;
  • la personne décrit une forte tension avant d’allumer un incendie ;
  • le feu procure une sensation de plaisir ou de soulagement ;
  • ces comportements perturbent la vie familiale, scolaire ou professionnelle.

Une prise en charge précoce améliore les chances de limiter les passages à l’acte.

La pyromanie n’exonère pas automatiquement de la responsabilité pénale.

Les auteurs d’incendies volontaires encourent des peines particulièrement lourdes, pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle, voire davantage selon les pays et les conséquences humaines ou environnementales.

Lorsqu’un trouble psychiatrique est suspecté, une expertise médico-légale évalue si le discernement était altéré ou aboli au moment des faits.

Le pronostic dépend essentiellement de la capacité du patient à reconnaître son trouble et à accepter les soins.

Chez les personnes motivées, une prise en charge spécialisée permet souvent de :

  • réduire les impulsions ;
  • mieux gérer les émotions ;
  • prévenir les récidives.

En revanche, lorsque le comportement s’inscrit dans un trouble grave de la personnalité avec absence totale de culpabilité, la prise en charge est généralement plus complexe.

Ne banalisez jamais un comportement consistant à allumer volontairement des feux de manière répétée.

Chez un enfant, consultez rapidement si la fascination pour le feu devient excessive ou s’accompagne d’incendies répétés.

En cas d’incendie volontaire ou de menace immédiate, contactez sans délai les services de secours et les autorités compétentes.

Si une personne reconnaît souffrir d’impulsions incontrôlables liées au feu, une consultation auprès d’un psychiatre ou d’un psychologue est fortement recommandée.

La pyromanie est un trouble rare du contrôle des impulsions, distinct des actes criminels volontaires. Le passage à l’acte procure au patient un soulagement psychique, mais peut avoir des conséquences humaines, environnementales et judiciaires dramatiques. Bien que complexe, cette affection peut être prise en charge grâce à une évaluation psychiatrique, une psychothérapie adaptée et, dans certains cas, un traitement des troubles associés.

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