Une récente étude scientifique met en lumière les dangers du chlorpyrifos, un pesticide organophosphoré longtemps utilisé à grande échelle, et son implication directe dans le développement de la maladie de Parkinson.
Parkinson : une maladie multifactorielle en pleine progression
Une étude menée par UCLA Health et publiée dans la revue Molecular Neurodegeneration révèle que l’exposition prolongée au chlorpyrifos au niveau résidentiel multiplie par 2,5 le risque de développer la maladie de Parkinson.
Bien que le chlorpyrifos soit interdit dans l’Union européenne depuis 2020 en raison de sa neurotoxicité avérée, il demeure utilisé dans plusieurs pays à travers le monde. Il a notamment été appliqué sur des cultures agricoles telles que :
- le blé et d’autres céréales,
- le maïs et le riz,
- les agrumes (oranges, citrons),
- les pommes, raisins, fraises,
- certains légumes comme les pommes de terre, tomates et oignons.
Des résidus de chlorpyrifos peuvent persister sur les fruits et légumes, en particulier lorsqu’ils sont mal lavés ou importés de régions où son usage est encore autorisé.
Par ailleurs, le chlorpyrifos a également été utilisé dans des produits insecticides domestiques et agricoles, destinés à lutter contre les moustiques, cafards, fourmis ou termites.
Une exposition résidentielle qui inquiète
Même si le chlorpyrifos a été interdit dans les cultures européennes depuis 2020, il reste très utilisé dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, sur céréales, fruits et légumes. Cette persistance explique que l’exposition humaine reste un problème majeur.
Des preuves biologiques chez l’animal
Afin de mieux comprendre les mécanismes impliqués, les chercheurs ont combiné études épidémiologiques et expérimentations animales :
- 829 patients atteints de la maladie de Parkinson ont été comparés à 824 témoins sains afin d’évaluer le lien entre l’exposition au chlorpyrifos et la maladie.
- Des souris exposées par inhalation à du chlorpyrifos pendant 11 semaines ont été utilisées pour simuler une exposition humaine chronique.
Les résultats ont montré :
- l’apparition de troubles moteurs similaires à ceux observés dans la maladie de Parkinson ;
- une perte significative des neurones dopaminergiques, responsables de la production de dopamine ;
- une inflammation cérébrale marquée ;
- une accumulation anormale de l’alpha-synucléine, protéine clé dans la physiopathologie de la maladie.
Des études complémentaires menées sur le poisson-zèbre ont également révélé que le chlorpyrifos perturbe le mécanisme d’autophagie, processus cellulaire essentiel à l’élimination des protéines endommagées, contribuant ainsi à la neurotoxicité.
Chlorpyrifos : un facteur de risque spécifique
Selon le Dr Jeff Bronstein, neurologue et auteur principal de l’étude :
« Cette étude démontre que le chlorpyrifos constitue un facteur de risque environnemental spécifique de la maladie de Parkinson, et non l’ensemble des pesticides de manière indistincte. »
Il précise également que l’identification du dysfonctionnement de l’autophagie comme mécanisme central ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques visant à protéger les neurones cérébraux vulnérables.
Recommandations et prévention
Bien que l’exposition environnementale soit parfois difficile à maîtriser, plusieurs mesures peuvent contribuer à réduire les risques :
- éviter les produits contenant du chlorpyrifos ou ses dérivés (chlorpyrifos-éthyl, chlorpyrifos-méthyl) ;
- privilégier des aliments issus de l’agriculture biologique ou certifiée ;
- laver soigneusement, voire éplucher, les fruits et légumes ;
- limiter l’exposition professionnelle dans les secteurs agricoles ;
- renforcer l’information et la sensibilisation du public sur les pesticides neurotoxiques.
Les personnes présentant des signes précoces de la maladie de Parkinson (tremblements, rigidité musculaire, lenteur des mouvements) doivent consulter rapidement un neurologue.
Conclusion
Cette étude renforce la nécessité de politiques strictes de régulation des pesticides, d’un contrôle accru des produits agricoles et d’une surveillance environnementale renforcée.
Bien que toute exposition ne conduise pas systématiquement à la maladie, le chlorpyrifos constitue un facteur de risque évitable, dont la réduction pourrait contribuer à prévenir certaines maladies neurodégénératives.
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