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Cancer de l’estomac : les médicaments anti-reflux finalement innocentés

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteur en médecine
1 février 2026

Longtemps soupçonnés d’augmenter le risque de cancer gastrique, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont aujourd’hui réhabilités par la science. Une vaste étude nordique, publiée dans The British Medical Journal (BMJ), apporte des données solides et rassurantes pour les millions de patients qui y ont recours.

Les inhibiteurs de la pompe à protons figurent parmi les médicaments les plus prescrits dans le monde.

Ils constituent le traitement de référence du reflux gastro-œsophagien (RGO), des ulcères gastriques et de certaines gastrites sévères.

Pendant plusieurs années, des études épidémiologiques avaient pourtant suggéré un lien préoccupant : la prise prolongée d’IPP aurait pu multiplier par 1,7 à 2 le risque de cancer de l’estomac.

Une hypothèse qui a suscité inquiétudes chez les patients et prudence chez les médecins.

La nouvelle étude publiée dans le BMJ marque un tournant. Elle repose sur l’analyse des registres nationaux de santé scandinaves, réputés pour leur fiabilité, leur exhaustivité et leur suivi à long terme.

Ces bases de données permettent de croiser prescriptions médicamenteuses, diagnostics médicaux et causes de décès sur plusieurs décennies.

Un niveau de précision rarement atteint dans les études observationnelles.

Selon les auteurs, une fois les biais méthodologiques corrigés, aucune augmentation significative du risque de cancer de l’estomac n’est observée chez les utilisateurs d’IPP.

Depuis plusieurs années, la communauté scientifique exprimait déjà des réserves quant aux études alarmantes.

« L’un des biais les plus importants concerne le délai entre la prise d’IPP et le diagnostic du cancer », expliquent les oncologues.

En pratique, les IPP sont souvent prescrits pour soulager des symptômes digestifs précoces, parfois liés à une pathologie gastrique déjà existante mais encore non diagnostiquée.

Le médicament était alors injustement accusé, alors qu’il n’était qu’un marqueur indirect d’une maladie en cours.

Ce phénomène, appelé biais de causalité inverse, a largement contribué à surestimer le risque dans les études antérieures.

Grâce à un suivi prolongé et à des analyses ajustées sur de nombreux facteurs confondants (âge, pathologies digestives, infections, durée d’exposition), l’étude nordique montre que :

  • les IPP n’augmentent pas le risque de cancer gastrique ;
  • le risque observé initialement disparaît lorsqu’on tient compte du délai d’apparition du cancer ;
  • l’utilisation des IPP reste globalement sûre lorsqu’elle est médicalement justifiée.

Ces conclusions sont jugées particulièrement robustes par les experts indépendants.

Cette étude ne remet pas en cause les recommandations actuelles, mais elle les conforte.

Les IPP doivent continuer à être prescrits :

  • en cas de reflux sévère,
  • d’ulcère gastrique ou duodénal,
  • de prévention des complications digestives liées à certains traitements.

En revanche, comme tout médicament, leur usage doit rester approprié et encadré.

Les spécialistes rappellent plusieurs principes clés :

  • utiliser les IPP à la dose minimale efficace ;
  • limiter la durée du traitement lorsque cela est possible ;
  • réévaluer régulièrement la nécessité du traitement avec un médecin ;
  • ne jamais interrompre brutalement un IPP sans avis médical ;
  • associer, lorsque c’est indiqué, des mesures hygiéno-diététiques (perte de poids, adaptation alimentaire, réduction de l’alcool et du tabac).

Alors que les IPP sont parfois pris sur de longues périodes, cette étude apporte un message clair et rassurant : ils ne sont pas responsables du cancer de l’estomac.

Une information essentielle pour éviter des arrêts de traitement injustifiés, qui pourraient exposer les patients à des complications digestives bien réelles.

Mots-clés : Cancer estomac inhibiteurs –  pompe protons IPP reflux gastroœsophagien BMJ étude scandinave médicaments digestifs oncologie – – santé publique

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