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Attention : ces médicaments du quotidien peuvent brûler l’œsophage s’ils sont mal avalés

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
19 février 2026

Avaler un comprimé est un acte quotidien. Dans le monde, près de 3,8 trillions de doses de médicaments sont prises chaque année, principalement par voie orale. Ce mode d’administration est considéré comme simple, efficace et sûr. Pourtant, pris trop rapidement ou sans précautions, certains cachets peuvent provoquer des lésions de la gorge et de l’œsophage.

Un geste banal qui peut devenir dangereux

Selon les spécialistes, un comprimé avalé sans suffisamment d’eau ou en position allongée peut rester coincé dans l’œsophage et causer une irritation parfois sévère.

Ce phénomène médical porte un nom précis : l’œsophagite médicamenteuse.

L’œsophage est le tube musculaire qui relie la bouche à l’estomac. Contrairement à ce dernier, il ne possède pas de barrière protectrice épaisse. Sa muqueuse est plus fragile et plus sensible aux substances chimiques.

Lorsqu’un comprimé reste bloqué dans ce conduit, il commence à se dissoudre sur place. La substance active libérée peut être :

  • Acide
  • Alcaline
  • irritante pour les tissus

Elle agit directement sur la paroi interne, entraînant :

  • une inflammation locale
  • des brûlures chimiques
  • des micro-lésions
  • parfois de véritables ulcères

L’estomac, lui, produit du mucus protecteur. Ce n’est pas le cas de l’œsophage. C’est cette différence qui explique la vulnérabilité de cette zone.

Dans les cas plus graves, les lésions profondes peuvent favoriser une infection ou des complications inflammatoires.

Les manifestations apparaissent souvent peu après la prise du médicament. Les patients décrivent généralement :

  • une douleur brûlante derrière le sternum
  • une gêne à avaler
  • une sensation de blocage dans la gorge
  • une voix enrouée soudaine
  • parfois une toux ou une irritation persistante

Ces signes peuvent être confondus avec un reflux gastrique ou une simple irritation passagère, ce qui explique que de nombreux cas ne soient pas diagnostiqués.

On estime l’incidence à environ 3,9 cas pour 100 000 habitants par an, mais ce chiffre est probablement sous-évalué.

Certaines populations sont plus exposées :

  • les personnes âgées
  • les femmes d’âge moyen traitées pour l’ostéoporose
  • les enfants qui ont du mal à avaler des comprimés
  • les patients ayant des anomalies anatomiques (glande thyroïde volumineuse, cœur volumineux)
  • les personnes alitées ou prenant leurs médicaments juste avant de dormir

Avec l’âge, la déglutition peut devenir moins efficace. La progression du comprimé vers l’estomac est alors plus lente, augmentant le risque de stagnation.

Plus de trente médicaments ou familles thérapeutiques ont été associés à des lésions de l’œsophage.

En première ligne ‘’les traitements de l’ostéoporose’’ : Les bisphosphonates sont particulièrement irritants. S’ils restent coincés, ils peuvent provoquer des brûlures importantes.

Antibiotiques fréquemment en cause : Certaines molécules, notamment les cyclines (comme la doxycycline), représentent une part importante des cas décrits.

Autres médicaments concernés

  • anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine, ibuprofène)
  • anticoagulants oraux
  • médicaments cardiaques
  • traitements du diabète favorisant le reflux

Compléments alimentaires ‘’un risque souvent ignoré’’ Même les produits en vente libre peuvent être impliqués :

  • comprimés de fer
  • chlorure de potassium
  • caféine
  • L-arginine
  • fortes doses de vitamines C et E

Les gélules en gélatine sont particulièrement problématiques. Elles absorbent l’humidité, deviennent collantes et peuvent adhérer à la paroi de l’œsophage.

D’un point de vue physiologique, l’eau facilite le passage du comprimé vers l’estomac grâce à un effet mécanique et hydrodynamique. Elle réduit aussi le temps de contact entre le médicament et la muqueuse œsophagienne.

La position assise ou debout favorise la descente par gravité et limite les blocages.

À l’inverse, s’allonger juste après la prise augmente fortement le risque de stagnation.

Dans la majorité des cas, l’inflammation disparaît en quelques jours après l’arrêt ou l’adaptation du traitement.

Cependant, si les lésions sont profondes, elles peuvent entraîner :

  • des ulcérations
  • des saignements
  • des infections secondaires
  • un rétrécissement de l’œsophage à long terme (sténose)

Une prise en charge rapide permet généralement d’éviter ces complications.

Quelques gestes suffisent à réduire considérablement les risques :

  • boire au moins 150 à 200 ml d’eau avec chaque comprimé
  • rester assis ou debout pendant la prise
  • éviter de prendre un médicament juste avant de se coucher
  • avaler les comprimés un par un
  • ne pas croquer un comprimé sans avis médical

Pour les personnes ayant des difficultés à avaler :

  • demander une forme liquide ou effervescente
  • vérifier si le comprimé peut être écrasé (uniquement sur avis médical)

Il est recommandé de consulter rapidement si apparaissent

  • une douleur persistante à la poitrine
  • une difficulté à avaler
  • une toux inhabituelle
  • du sang dans la salive
  • une douleur après chaque prise de médicament

Le médecin pourra adapter le traitement, prescrire des protecteurs digestifs et surveiller la cicatrisation.

La prise de médicaments par voie orale reste globalement très sûre. Mais ce geste simple doit respecter certaines règles de base. Une hydratation suffisante, une bonne posture et un minimum d’attention permettent d’éviter la majorité des incidents.

Une prévention efficace repose sur l’information. Mieux comprendre les mécanismes biologiques aide à adopter les bons réflexes au quotidien.

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