Le ministère de la Santé a annoncé la détection de cinq cas confirmés de diphtérie, communément appelée maladie du croup, dans la wilaya de Skikda. Deux décès ont malheureusement été enregistrés : un homme étranger âgé de 25 ans et une fillette de 12 ans non vaccinée contre cette maladie hautement contagieuse.
Une réponse sanitaire rapide et coordonnée
Dès l’apparition des premiers cas, une cellule de crise a été mise en place au niveau de la Direction de la santé et de la population (DSP) de Skikda. Cette structure de veille coordonne la surveillance épidémiologique, la prise en charge hospitalière et les mesures préventives locales, en collaboration avec les autorités sanitaires nationales.
Des enquêtes épidémiologiques approfondies ont été immédiatement lancées pour identifier les personnes ayant été en contact direct ou indirect avec les cas infectés. Ces individus ont bénéficié d’une chimioprophylaxie (administration préventive d’antibiotiques pour éliminer le germe porteur) et d’une vaccination de rappel afin de bloquer toute chaîne de transmission.
Une campagne de vaccination préventive d’envergure
En moins de 48 heures, 514 personnes ont été vaccinées dans le cadre d’une campagne de prévention intensive, conduite par les équipes médicales locales sous la supervision directe de la cellule de crise.Cette action s’inscrit dans le cadre du Programme national d’immunisation, qui recommande plusieurs doses de vaccin combiné (DTC : diphtérie–tétanos–coqueluche) dès la petite enfance, avec des rappels à l’adolescence et à l’âge adulte.
Une maladie grave mais évitable
La diphtérie est une infection bactérienne hautement contagieuse provoquée par Corynebacterium diphtheriae. Cette bactérie, bien que discrète, sécrète une toxine puissante – la toxine diphtérique – capable de provoquer des lésions sévères dans plusieurs organes vitaux. Avant l’introduction du vaccin dans les années 1940, elle figurait parmi les principales causes de mortalité infantile dans le monde.
Une attaque fulgurante du système respiratoire
Dans sa forme respiratoire, la plus redoutée, la maladie débute souvent par une simple angine : fièvre modérée, maux de gorge, fatigue, ganglions gonflés.
En quelques heures, l’infection envahit les voies respiratoires supérieures. Sur les amygdales et le pharynx se forme alors une pseudo-membrane blanchâtre, épaisse et adhérente, qui peut bloquer le passage de l’air. Cette obstruction explique l’ancien nom de la maladie : le “croup”.Les enfants atteints présentent parfois une difficulté respiratoire aiguë, un sifflement caractéristique (stridor) et un état de détresse respiratoire nécessitant une prise en charge d’urgence. Sans traitement rapide, l’asphyxie peut survenir en quelques heures.

Des effets toxiques sur tout l’organisme
Une fois libérée dans la circulation sanguine, la toxine diphtérique agit comme un poison systémique. Elle s’attaque notamment :
- au cœur, provoquant une myocardite pouvant entraîner des troubles du rythme ou une insuffisance cardiaque ;
- au système nerveux, causant des paralysies progressives (du voile du palais, des membres ou des muscles respiratoires) ;
- et aux reins, par atteinte rénale toxique.
Ces complications apparaissent parfois plusieurs semaines après les symptômes initiaux, même si le patient semble aller mieux. D’où la nécessité d’un suivi médical prolongé après un épisode diphtérique.
Diagnostic et prise en charge médicale
Le diagnostic repose sur l’examen clinique et la culture bactérienne à partir d’un prélèvement de gorge ou de nez. Dès la suspicion, le traitement doit être immédiat, sans attendre les résultats du laboratoire.Il repose sur deux piliers :
1. L’administration d’antitoxine diphtérique (sérum antidiphtérique) pour neutraliser la toxine circulante.
2. Un traitement antibiotique (pénicilline ou érythromycine) pour éliminer la bactérie et prévenir la transmission.
L’isolement du patient est indispensable pour éviter toute contagion, car la maladie se transmet par gouttelettes respiratoires ou contact direct avec des sécrétions.
La vaccination : une arme préventive essentielle
La diphtérie est aujourd’hui largement évitable grâce au vaccin DTCaP (diphtérie-tétanos-coqueluche-polio), administré dès les 2 mois de vie.Le schéma vaccinal prévoit :
• 3 doses chez le nourrisson (à 2, 4 et 11 mois) ;
• un rappel à 6 ans, puis à 11-13 ans ;
• et un rappel tous les 20 ans à l’âge adulte (à 25, 45, 65 ans, puis tous les 10 ans).
La protection individuelle ne suffit pas : pour empêcher la circulation de la bactérie, au moins 95 % de la population doit être vaccinée. Là où la couverture vaccinale a chuté, notamment dans certaines régions d’Afrique, d’Asie ou d’Europe de l’Est, des foyers épidémiques sont réapparus.
Une leçon de santé publique
Chaque cas de diphtérie aujourd’hui témoigne d’un défaut de prévention.« Nous avons les outils pour éviter cette tragédie : un vaccin sûr, efficace et accessible », rappelle Dr Souad BRAHIM, nephrologue et vulgarisateur en santé publique.
La diphtérie rappelle une vérité fondamentale : la santé publique repose sur la mémoire collective. Oublier la vaccination, c’est rouvrir la porte à des maladies que l’on croyait disparues.
La diphtérie refait surface : un signal d’alerte mondial
Longtemps considérée comme une maladie du passé, la diphtérie refait surface dans plusieurs régions du monde. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) observe depuis quelques années une recrudescence inquiétante des cas, notamment en Afrique de l’Ouest, en Asie du Sud et dans certaines zones d’Europe de l’Est. Les causes sont multiples : baisse de la couverture vaccinale, mouvements migratoires, conflits armés perturbant les campagnes de vaccination, et désinformation croissante sur les vaccins.
Selon les derniers rapports de l’OMS, plus de 17 000 cas confirmés ont été recensés dans le monde en 2024, un chiffre en hausse de près de 40 % par rapport à l’année précédente. Et ce chiffre pourrait être largement sous-estimé, car de nombreux pays ne disposent pas de systèmes de surveillance fiables ou de moyens de diagnostic performants.
Des souches bactériennes plus résistantes
Autre source de préoccupation : certaines souches de Corynebacterium diphtheriae montrent des signes croissants de résistance aux antibiotiques habituellement utilisés, notamment aux macrolides.
« Cette évolution bactérienne, bien que limitée pour l’instant, complique la prise en charge dans les zones où l’accès aux antitoxines est restreint », souligne Dr Brahimi.
Les chercheurs insistent sur la nécessité de renforcer la surveillance génomique des souches circulantes pour anticiper ces mutations et ajuster les protocoles thérapeutiques.
Situation maîtrisée, vigilance maintenue
Selon le ministère de la Santé Algérien, la situation « reste sous contrôle » et fait l’objet d’un suivi quotidien rigoureux.
Les activités de surveillance épidémiologique ont été renforcées dans toutes les structures de santé de la wilaya, et les patients atteints sont pris en charge conformément aux protocoles thérapeutiques internationaux.Les autorités sanitaires appellent la population à respecter le calendrier vaccinal national, rappelant que la couverture vaccinale est la clé pour prévenir non seulement la diphtérie, mais aussi d’autres maladies infectieuses à fort potentiel de résurgence.
Le ministère de la Santé affirme rester « pleinement mobilisé » pour assurer la sécurité sanitaire de la population et poursuivre la surveillance renforcée dans les régions voisines.
Prévenir plutôt que guérir
La diphtérie, comme de nombreuses maladies infectieuses évitables, illustre l’importance d’un engagement collectif durable. « Les vaccins ne protègent pas seulement les individus, ils protègent les sociétés », rappelle l’OMS.Renforcer la confiance dans la science, garantir l’accès équitable aux soins, et maintenir une vigilance épidémiologique constante : telles sont les clés pour empêcher cette maladie, jadis redoutée, de redevenir une menace du XXIᵉ siècle.
Mots clés : santé ; Skikda ; vaccin ; diphtérie ; infection ; bactérienne ; Corynebacterium diphtheriae ;
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