Une avancée médicale majeure

Pour la première fois, une thérapie cellulaire issue de cellules souches reprogrammées à partir de tissu adipeux a permis à une jeune femme atteinte de diabète de type 1 de se passer totalement d’injections d’insulines. Une prouesse scientifique signée par des chercheurs chinois, qui ouvre la voie à une révolution dans le traitement des maladies auto-immunes.
Des cellules de graisse transformées en cellules pancréatiques
Le protocole débute par un prélèvement simple : 30 millilitres de tissu adipeux abdominal. Ces cellules graisseuses ont été cultivées en laboratoire pour obtenir des cellules stromales mésenchymateuses, capables d’évoluer vers plusieurs types cellulaires.
Sous l’effet de petites molécules chimiques, ces cellules ont ensuite été reprogrammées en cellules souches pluripotentes – des cellules capables de se transformer en n’importe quelle cellule du corps humain.
Grâce à un processus de différenciation dirigée, elles ont donné naissance à des îlots pancréatiques, c’est-à-dire des amas de cellules sécrétrices d’insuline, similaires à ceux détruits dans le diabète de type 1.
Ces îlots, appelés CiPSC (Chemically induced pluripotent stem cell-derived islets), contiennent environ 60 % de cellules bêta capables de libérer de l’insuline de manière naturelle.
Des tests rigoureux avant la transplantation
Avant d’être implantées chez l’humain, ces cellules ont été testées sur 244 souris immunodéficientes.
Résultat : aucune tumeur, aucune prolifération anormale, et une survie stable des cellules.
Des essais précliniques menés sur des singes avaient déjà démontré la sécurité du site d’injection et la viabilité du greffon.
Une transplantation extra-hépatique innovante

En juin 2023, la patiente a reçu la greffe sous anesthésie générale. Les chercheurs ont injecté environ 1,5 million d’îlots équivalents, soit six millilitres de cellules CiPSC, dans le muscle droit de l’abdomen, sous contrôle échographique.
Cette approche extra-hépatique est une première mondiale : jusque-là, la plupart des greffes d’îlots étaient réalisées dans la veine porte du foie, une méthode plus risquée.
Une patiente à haut risque, déjà immunodéprimée
Cette jeune femme avait déjà subi une greffe de foie et suivait un traitement immunosuppresseur.
Son profil immunologique présentait des anticorps anti-HLA, susceptibles de provoquer un rejet cellulaire.
Pour prévenir cette réaction, les médecins ont renforcé son traitement avec un anticorps monoclonal (basiliximab) et un immunosuppresseur (étanercept), administrés durant les dix jours suivant la greffe.
Résultats spectaculaires : retour à une production naturelle d’insuline
Les effets ont été rapides et impressionnants. Dès la deuxième semaine, la dose d’insuline quotidienne a chuté de 54 à 43 unités.
Le 75e jour, la patiente n’avait plus besoin d’injections : elle était devenue insulino-indépendante.
Un an après, elle ne reçoit toujours aucune insuline, tout en maintenant un équilibre glycémique parfait.
Des marqueurs métaboliques normalisés
Le suivi biologique confirme la réussite :
- Temps dans la cible glycémique (TIR) : passé de 43 % avant greffe à 98 % après un an.
- Hémoglobine glyquée (HbA1c) : de 7,57 % à 5,37 %, un niveau non diabétique.
- Peptide-C, marqueur de production d’insuline endogène : redevenu détectable deux semaines après la transplantation.
- Aucune hypoglycémie sévère ni croissance tumorale n’a été observée.
Une reprogrammation chimique révolutionnaire
Contrairement aux méthodes classiques basées sur des facteurs de transcription génétique, les chercheurs ont utilisé une reprogrammation chimique.
De petites molécules ont activé ou inhibé des voies de signalisation cellulaire pour ramener les cellules graisseuses à un état pluripotent.
Cette approche présente plusieurs avantages :
- Moins de risque oncologique ;
- Processus plus stable et standardisable ;
- Production facilitée pour la médecine personnalisée.
Cette innovation s’inspire des travaux du Japonais Shinya Yamanaka, prix Nobel 2012, mais simplifie le protocole et évite toute manipulation génétique directe.
Un suivi prolongé encore nécessaire

Les chercheurs restent prudents : il faudra au moins cinq ans de suivi pour confirmer une guérison durable.
Le risque de rejet immunitaire tardif ou de perte de fonction des îlots ne peut être totalement écarté, même si les cellules sont issues du propre organisme de la patiente.
L’essai clinique chinois se poursuit. Deux autres patients ont déjà été transplantés.Les scientifiques visent une cohorte d’une vingtaine de volontaires avant une validation clinique élargie.
Une révolution mondiale en marche
Cette avancée chinoise s’inscrit dans une dynamique internationale. En 2023, la société américaine Vertex Pharmaceuticals (Boston) avait obtenu des résultats similaires sur six patients diabétiques de type 1 grâce à des cellules d’îlots dérivées de cellules souches pluripotentes.
L’un d’eux a atteint, lui aussi, une insulino-indépendance complète.
En avril 2024, une autre équipe chinoise, à Shanghai, a rapporté la première réussite mondiale d’une greffe autologue de cellules d’îlots dérivées de cellules souches chez un patient atteint de diabète de type 2.
Son contrôle glycémique (TIR) est passé de 56 % à 99 % en 32 semaines, sans aucune hypoglycémie grave.
Ce que cela change pour la médecine
Ces travaux marquent une étape décisive vers la médecine régénérative du diabète.
Transformer les propres cellules d’un patient pour restaurer la production d’insuline pourrait, à terme :
- Supprimer la dépendance à l’insuline injectable,
- Éliminer les risques d’hypoglycémie sévère,
- Améliorer durablement la qualité de vie.
Mais avant d’envisager une application large, plusieurs défis demeurent :
- Contrôler la réponse immunitaire sans immunosuppression lourde,
- Assurer la stabilité fonctionnelle des cellules sur le long terme,
- Standardiser la production pour éviter toute dérive cellulaire.
Les recommandations médicales
Les experts rappellent que ces essais, bien que prometteurs, n’en sont qu’à leurs débuts.
- Les patients atteints de diabète de type 1 doivent poursuivre leur traitement insulinique et leur suivi médical régulier.
- Aucune thérapie à base de cellules souches n’est encore autorisée en pratique clinique courante pour cette indication.
- Ces avancées doivent être confirmées par des études multicentriques à long terme, avant d’être validées par les autorités sanitaires.
Un espoir réel, mais prudent
Cette histoire symbolise l’union de la biologie cellulaire, de la chimie moléculaire et de la médecine clinique. Elle illustre comment la science peut réparer l’humain à partir de lui-même, en réécrivant le langage biologique des cellules.
Si la prudence reste de mise, un horizon nouveau s’ouvre : celui où le diabète pourrait un jour être traité à la source, et non seulement contrôlé.
Mots clés : diabète ; santé ; cellule souche ; moléculaire ; auto-immune ; biologie ; chimie ;
à lire aussi: