
Le laboratoire danois Novo Nordisk prévoit l’arrêt de commercialisation, au 31 décembre 2026, de cinq spécialités ou présentations destinées notamment au traitement du diabète. Parmi elles figurent l’insuline Levemir et le Victoza. Cette décision ne signifie pas que ces traitements deviennent dangereux ni qu’ils doivent être arrêtés brutalement.
L’annonce de Novo Nordisk concerne plusieurs traitements utilisés depuis de nombreuses années dans la prise en charge du diabète. Leur commercialisation doit progressivement prendre fin dans plusieurs pays européens d’ici au 31 décembre 2026.

Pour les patients concernés, le message est important : il n’y a pas lieu d’interrompre soi-même son traitement. Une modification thérapeutique doit être décidée avec le médecin, le diabétologue ou le pharmacien, en fonction du type de diabète, du profil glycémique, des autres médicaments utilisés et des objectifs de traitement.
Cette échéance laisse néanmoins du temps pour organiser la transition et identifier une alternative adaptée.
Quels sont les traitements concernés ?
Le retrait annoncé concerne cinq références ou présentations de la gamme Novo Nordisk :
- Victoza (liraglutide) 6 mg/mL, solution injectable en stylo prérempli, un agoniste des récepteurs du GLP-1 indiqué dans le diabète de type 2 ;
- Levemir FlexPen et Penfill (insuline détémir), une insuline basale à longue durée d’action ;
- Fiasp PumpCart, une présentation d’insuline asparte ultra-rapide destinée à certaines pompes à insuline ;
- NovoMix 50 FlexPen, une insuline prémélangée associant une fraction d’insuline asparte à action rapide et une fraction à action intermédiaire.
Toutes les présentations de ces gammes ne sont toutefois pas concernées. Certaines formes de Fiasp restent disponibles, notamment les présentations en flacon, en FlexTouch et en Penfill classique. De même, NovoMix 30 n’est pas concerné par cette mesure.
Cette distinction est essentielle : un patient utilisant une présentation qui disparaît du marché ne doit pas nécessairement changer de molécule, mais devra parfois changer de formulation, de dispositif d’administration ou de schéma thérapeutique.
Plus de quatre millions de personnes vivent avec un diabète traité dans le monde et en Europe
Cette annonce intervient dans un contexte où le diabète représente un problème majeur de santé publique.
Environ 589 millions d’adultes (âgés de 20 à 79 ans) vivent avec le diabète dans le monde, Des estimations ont été établies pour 60 pays et territoires de la région Europe (EUR) de la FID.
La grande majorité est concernée par le diabète de type 2, tandis qu’une proportion plus faible vit avec un diabète de type 1.
Dans le diabète de type 1, le pancréas ne produit plus suffisamment d’insuline en raison d’un processus auto-immun. L’insuline est alors indispensable à la survie et toute modification thérapeutique doit être particulièrement encadrée.
Dans le diabète de type 2, l’organisme devient progressivement moins sensible à l’insuline et la production pancréatique peut également diminuer avec le temps. Le traitement associe, selon les situations, alimentation adaptée, activité physique, médicaments antidiabétiques et, lorsque cela est nécessaire, insulinothérapie.
Dans les deux cas, la stabilité du traitement joue un rôle déterminant dans le contrôle de la glycémie et la prévention des complications.
Levemir : une insuline basale appelée à être remplacée
Levemir contient de l’insuline détémir, une insuline basale utilisée pour couvrir les besoins de l’organisme entre les repas et pendant la nuit.
Son arrêt de commercialisation nécessitera donc, pour les patients encore traités par cette insuline, la mise en place d’une autre stratégie basale.
Selon le profil du patient, le médecin peut notamment envisager d’autres insulines basales, telles que l’insuline glargine ou l’insuline dégludec. Mais ces traitements ne sont pas interchangeables au simple « clic près ».
La dose, l’horaire d’administration et la durée d’action peuvent différer. Une période de surveillance glycémique plus rapprochée peut donc être nécessaire lors du changement.
Victoza : d’autres traitements du GLP-1 existent
Le deuxième changement particulièrement important concerne Victoza, à base de liraglutide.
Ce médicament appartient à la famille des agonistes des récepteurs du GLP-1, des traitements qui contribuent notamment à améliorer le contrôle de la glycémie après les repas, à ralentir la vidange gastrique et à réduire l’appétit chez certains patients.
D’autres médicaments de cette même famille sont disponibles, mais un agoniste du GLP-1 ne doit pas être remplacé automatiquement par un autre.
Les indications, les doses, le rythme d’administration, les effets indésirables et les critères de remboursement peuvent varier. Le choix doit donc être individualisé par le professionnel de santé.
Pourquoi ces médicaments sont-ils retirés ?
L’arrêt de commercialisation d’un médicament ancien ne signifie pas nécessairement qu’il est devenu dangereux.
Plusieurs facteurs peuvent intervenir dans les décisions industrielles :
- évolution des pratiques médicales,
- disponibilité d’alternatives thérapeutiques,
- évolution de la demande,
- contraintes de fabrication,
- rationalisation des gammes
- ou encore stratégie industrielle du laboratoire.
Le marché du diabète a profondément évolué ces dernières années. De nouvelles générations d’insulines et de médicaments antidiabétiques ont modifié les possibilités thérapeutiques.
Certaines insulines basales disposent notamment d’une durée d’action prolongée, tandis que certains traitements du GLP-1 peuvent être administrés moins fréquemment que le liraglutide.
Cela ne signifie toutefois pas que Levemir ou Victoza seraient devenus obsolètes ou dangereux. Leur retrait relève avant tout d’une décision de commercialisation et de stratégie thérapeutique et industrielle.
Les formats destinés à certaines pompes également concernés
L’arrêt ne concerne pas uniquement des molécules anciennes.
Fiasp PumpCart, par exemple, correspond à une présentation particulière d’insuline asparte conçue pour être utilisée avec certains systèmes de pompe à insuline.
Son retrait peut donc demander une adaptation plus technique. Le patient devra vérifier avec son équipe spécialisée quelle insuline et quel dispositif peuvent remplacer cette présentation sans compromettre la délivrance d’insuline.
Même principe pour NovoMix 50 FlexPen, dont la formulation spécifique ne peut pas être remplacée sans réflexion médicale par n’importe quelle autre insuline.
Attention : ne jamais modifier son traitement seul
C’est probablement le point le plus important pour les patients.
L’arrêt annoncé de commercialisation n’est pas une raison pour arrêter prématurément son traitement. Une interruption brutale de l’insuline peut provoquer une hyperglycémie importante et, chez une personne atteinte de diabète de type 1, exposer à une complication potentiellement grave appelée acidocétose diabétique.
Lorsqu’un changement est nécessaire, le médecin peut prévoir :
- une nouvelle prescription adaptée au profil du patient ;
- un ajustement éventuel des doses ;
- une surveillance plus fréquente de la glycémie ;
- une vérification de la technique d’injection ou du fonctionnement du dispositif ;
- un contrôle après quelques jours ou semaines afin d’évaluer la réponse au nouveau traitement.
Les patients utilisant une pompe doivent également anticiper suffisamment tôt la transition, afin de vérifier la compatibilité du nouveau produit avec leur matériel.
Que faire si vous utilisez l’un de ces médicaments ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre la dernière semaine de décembre 2026.
La meilleure stratégie consiste à en parler lors de la prochaine consultation de suivi, surtout si vous utilisez Levemir, Victoza, Fiasp PumpCart ou NovoMix 50 FlexPen.
Il est recommandé de :
- vérifier précisément le nom et la présentation de son traitement ;
- ne pas modifier les doses sans avis médical ;
- ne pas arrêter l’insuline de sa propre initiative ;
- demander quelle alternative est adaptée à sa situation ;
- renforcer, si nécessaire, la surveillance de la glycémie pendant la période de transition ;
- signaler rapidement toute hypoglycémie répétée, hyperglycémie inhabituelle ou symptôme nouveau ;
- anticiper le renouvellement des ordonnances et l’adaptation du matériel utilisé avec une pompe.
Un changement de traitement bien préparé ne signifie pas une perte de chance pour le patient. Au contraire, cette période de transition peut être l’occasion de réévaluer l’équilibre glycémique, les objectifs thérapeutiques et la simplicité du schéma de traitement.
À retenir
L’arrêt de commercialisation de ces cinq références ne doit pas être confondu avec un retrait pour raison de sécurité sanitaire. Les patients ne doivent donc ni paniquer ni interrompre leur traitement.
Le principe est simple : anticiper, consulter et adapter.
Pour les personnes diabétiques, toute modification de l’insulinothérapie ou d’un traitement injectable doit rester médicalement encadrée. L’objectif demeure inchangé : maintenir une glycémie aussi stable que possible tout en limitant le risque d’hypoglycémies et les complications à long terme.
À savoir : pourquoi parle-t-on du « lézard de Gila » avec les traitements du GLP-1 ?
L’histoire du GLP-1 est effectivement liée à une découverte biologique étonnante. Dans les années 1990, des chercheurs ont identifié dans la salive du monstre de Gila (Heloderma suspectum) une molécule appelée exendine-4. Cette substance présente des similitudes avec le GLP-1 humain et a contribué au développement d’une nouvelle classe de médicaments capables d’activer le récepteur du GLP-1. Le liraglutide, principe actif de Victoza, appartient à cette famille. Mais il ne faut pas en conclure que les médicaments modernes sont simplement de la « salive de lézard » : les molécules thérapeutiques utilisées aujourd’hui sont issues de travaux de pharmacologie et de biotechnologie permettant d’obtenir des substances conçues et produites pour un usage médical contrôlé.
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