
Un médicament ciblé déjà utilisé dans certains cancers du poumon pourrait devenir une nouvelle arme contre le cancer de l’ovaire. Des chercheurs ont découvert que le brigatinib, autorisé pour les cancers bronchiques ALK positifs, pourrait relancer l’efficacité des inhibiteurs de PARP, traitements clés pour le carcinome séreux de haut grade de l’ovaire (CSHG).
Un espoir venu du traitement du cancer du poumon
Le cancer de l’ovaire touche environ 5 000 femmes par an en France. Le type le plus fréquent, le carcinome séreux, se développe souvent rapidement dans la trompe de Fallope avant de toucher un ou les deux ovaires. Les traitements actuels incluent les inhibiteurs de PARP, qui ciblent la réparation de l’ADN des cellules tumorales, mais leur efficacité est souvent limitée par l’apparition rapide de résistances.
La résistance, un défi majeur
Selon Arun Kanakkanthara, Ph.D., de la Mayo Clinic, « les cellules cancéreuses activent très tôt des programmes de survie après l’exposition aux inhibiteurs de PARP. La résistance n’attend pas des mois, elle peut se mettre en place en quelques heures ».
Pour contrer cette réponse adaptative, les chercheurs ont testé le brigatinib en combinaison avec un inhibiteur de PARP. Résultat : les cellules tumorales deviennent beaucoup plus sensibles, tandis que les cellules normales sont préservées.
Un mécanisme inattendu
Étonnamment, le brigatinib n’agit pas ici par sa cible habituelle ALK. Il désactive deux molécules de signalisation, FAK et EPHA2, essentielles à la survie des tumeurs agressives. En bloquant ces deux « interrupteurs », le médicament affaiblit fortement les cellules cancéreuses et amplifie l’effet des inhibiteurs de PARP.
Dans des expériences sur cellules en culture et sur xénogreffes dérivées de patientes, cette combinaison a provoqué une régression tumorale et amélioré la survie comparativement au traitement standard seul. Les meilleurs résultats ont été observés lorsque FAK et EPHA2 étaient fortement exprimés.
John Weroha, M.D., Ph.D., explique : « D’un point de vue clinique, la résistance reste l’un des plus grands défis dans le traitement du cancer de l’ovaire. Ces travaux précliniques soutiennent la stratégie de cibler la résistance dès le début du traitement, avant qu’elle ne s’installe. »
Ce que cela signifie pour les patientes
Pour l’instant, le brigatinib n’est pas utilisé pour le cancer de l’ovaire en dehors des essais cliniques. Son utilisation reste limitée aux cancers bronchiques ALK positifs. Les résultats encourageants devront être confirmés par des études cliniques pour évaluer sécurité et efficacité chez les patientes atteintes de CSHG.
Comprendre le cancer de l’ovaire et ses facteurs de risque
- Âge moyen au diagnostic : 65 ans.
- Facteurs de risque : antécédents familiaux (ovaire, sein, colorectal), surcharge pondérale, ménopause tardive, précocité des règles, et endométriose.
- Une étude récente publiée dans JAMA montre que l’endométriose augmente le risque de cancer de l’ovaire : 4,2 fois plus élevé en général, jusqu’à 9,7 fois pour les formes sévères.
- Signes avant-coureurs : ballonnements, douleurs abdominales, troubles intestinaux ou urinaires, saignements vaginaux anormaux, pertes vaginales, nausées, fatigue inhabituelle. Une consultation médicale rapide est recommandée dès l’apparition de ces symptômes.
Perspectives
Cette avancée ouvre la voie à une stratégie de thérapie combinée, ciblant les mécanismes de résistance dès le début du traitement. Si les essais cliniques confirment ces résultats, le brigatinib pourrait devenir un complément efficace des inhibiteurs de PARP, offrant aux patientes de nouvelles chances de rémission et une meilleure qualité de vie.
Mots clés : cancer, ovaire, carcinome, séreux, haut, grade, inhibiteurs, PARP, brigatinib, résistance, tumorale, thérapie, ciblée, xénogreffes, santé, FAK, EPHA2,
à lire aussi: