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Quand un vaccin fait reculer un cancer : l’Algérie face au défi du HPV

Edité par : Dr Mohamed Tahar Aissani | Médecin spécialiste en Anatomie-Cytologie
14 janvier 2026

Il existe des victoires médicales qui ne font pas de bruit. Elles ne se voient pas dans l’instant, parce qu’elles empêchent un drame d’arriver. La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) appartient à cette catégorie rare : une intervention simple, réalisée tôt, capable de réduire de façon spectaculaire le risque de cancers plus tard — notamment le cancer du col de l’utérus.

Dans plusieurs pays, les données de suivi sont désormais sans ambiguïté : lorsque la vaccination est déployée largement, avec une organisation solide et une adhésion élevée, les types de HPV les plus impliqués dans les cancers reculent jusqu’à frôler l’élimination dans les générations vaccinées. Ce n’est pas une promesse de laboratoire : c’est la preuve que la prévention peut gagner, à condition d’être pensée comme une politique publique, pas comme une option individuelle réservée aux mieux informés.

Le HPV est une famille de virus très répandus. La plupart des infections passent inaperçues et disparaissent spontanément. Le problème commence quand certains types dits « à haut risque » persistent au fil des années : ils peuvent provoquer des lésions précancéreuses qui, sans dépistage ni prise en charge, évoluent vers un cancer.

Deux types, HPV16 et HPV18, occupent une place centrale car ils sont responsables d’une grande part des cancers du col de l’utérus. Et c’est précisément là que la vaccination a changé la donne : elle cible ces types majeurs (et, selon le vaccin utilisé, plusieurs autres types à risque), réduisant fortement les infections responsables des cancers.

En Algérie, le cancer du col de l’utérus demeure un enjeu de santé publique qui touche la vie réelle : des femmes jeunes ou d’âge moyen, souvent au cœur des responsabilités familiales, diagnostiquées tardivement, avec des traitements lourds, coûteux, et une souffrance qui déborde largement le cadre médical.

La prévention, ici, n’est pas un luxe. C’est une nécessité.

Or, dans notre contexte, trois obstacles reviennent fréquemment :

  1. La faible visibilité du HPV : on parle davantage du cancer une fois qu’il survient que des moyens de l’éviter.
  2. La confusion entre prévention et tabou : parce que le HPV se transmet le plus souvent par voie sexuelle, certaines familles bloquent l’information, alors que l’objectif sanitaire est strictement anticancer.
  3. L’inégalité d’accès : entre régions, entre milieux sociaux, entre familles informées et familles laissées seules face aux rumeurs.

Le résultat est injuste : la prévention existe, mais ne protège pas tout le monde de la même façon.

C’est un point capital, trop souvent mal compris.

La vaccination contre le HPV réduit fortement le risque, mais ne supprime pas à elle seule tous les cancers du col. Pourquoi ? Parce que :

  • il existe plusieurs types de HPV à haut risque (certains non couverts selon le vaccin) ;
  • et parce que des femmes peuvent être exposées avant la vaccination, ou ne pas bénéficier d’un schéma complet.

Cela signifie une chose très simple : la vaccination et le dépistage sont complémentaires.

Le dépistage (frottis cervico-utérin ou test HPV selon les recommandations) reste une barrière essentielle, en particulier pour les générations non vaccinées ou insuffisamment couvertes. Une stratégie nationale cohérente doit donc articuler :

  • vaccination des adolescents (idéalement avant l’exposition),
  • dépistage régulier chez l’adulte,
  • accès rapide à la prise en charge des lésions précancéreuses.

Les pays qui obtiennent des résultats impressionnants partagent une même logique :

  • vaccination administrée à grande échelle, souvent via l’école ;
  • systèmes de suivi et de données fiables (couverture, rattrapage, zones de faible adhésion) ;
  • communication claire, centrée sur la prévention du cancer ;
  • confiance publique protégée contre la désinformation.

Le message est net : l’élimination n’est pas seulement une possibilité scientifique, c’est un choix d’organisation.

Pour adapter cette réussite à notre réalité, il faut sortir du débat abstrait et entrer dans la pratique.

1. Installer une “narration santé” simple : “c’est un vaccin contre le cancer.

Le discours doit être clair : on vaccine pour prévenir un cancer, point. Le reste (polémiques, insinuations, procès d’intention) détourne l’attention.

2. Appuyer la délivrance sur l’école, là où c’est possible

L’école reste l’un des rares lieux permettant une couverture large, équitable et organisée, avec des actions d’information pour les parents.

3. Mettre en place un rattrapage (catch-up) structuré

Toute stratégie sérieuse doit prévoir des séances de rattrapage pour les adolescents absents, les changements d’établissement, ou les retards de consentement.

4. Garantir un dépistage accessible, lisible, et non culpabilisant

Le dépistage doit être proposé comme un acte normal de prévention, sans jugement. L’enjeu est d’abaisser les barrières psychologiques et logistiques : rendez-vous, coûts, disponibilité, proximité.

5. Protéger la confiance : répondre aux rumeurs avant qu’elles ne deviennent des “vérités sociales”

Dans notre époque, la désinformation est une pathologie collective. Elle exige une réponse professionnelle : médecins formés à la communication, messages courts, preuves, pédagogie, et relais crédibles (associations, médias, leaders de communauté responsables).

  • Oui, le HPV est fréquent : cela ne dit rien sur la moralité d’une personne, seulement sur la réalité biologique d’un virus très répandu.
  • Oui, la vaccination protège : surtout si elle est faite au bon âge, selon le schéma recommandé.
  • Oui, le dépistage reste indispensable : même vaccinée, une femme doit suivre les recommandations médicales.
  • Non, la prévention ne doit pas être un privilège : c’est un droit, et un investissement sanitaire et social.

La vaccination HPV n’est pas un sujet “technique” réservé aux congrès médicaux. C’est un choix de société : voulons-nous continuer à traiter un cancer tardivement, ou voulons-nous empêcher qu’il apparaisse ?

L’Algérie a les compétences médicales, les structures éducatives et l’expérience des programmes de santé publique. Ce qui manque le plus souvent, ce n’est pas la capacité, mais la continuité : transformer la prévention en politique durable, suivie, évaluée, corrigée.

Parce qu’un vaccin, à lui seul, ne fait pas une victoire.

La victoire naît quand une nation décide que prévenir vaut mieux que pleurer.

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