
Et si l’air que respirent les plus jeunes contribuait au développement du cancer ? Une récente étude de l’Inserm relance un débat crucial : l’exposition périnatale à certains polluants atmosphériques, en particulier les particules fines (PM2,5), pourrait augmenter significativement le risque de leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) chez l’enfant — le cancer le plus fréquent en pédiatrie.
Quand l’air que nous respirons devient une menace silencieuse
Selon les chercheurs, les enfants les plus exposés présenteraient un risque supérieur d’environ 70 % de développer cette forme de leucémie par rapport aux moins exposés.
Un constat qui, sans établir de lien direct de causalité, renforce l’hypothèse d’un rôle délétère de la pollution atmosphérique dans la survenue des cancers infantiles.
La leucémie aiguë, un cancer pédiatrique majeur
Les leucémies aiguës représentent près d’un tiers des cancers diagnostiqués chez l’enfant.
Deux formes principales coexistent :
- la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL), la plus fréquente,
- et la leucémie aiguë myéloïde (LAM), plus rare mais souvent plus grave.
Les causes exactes de ces maladies demeurent multifactorielles et encore mal comprises.
Certains facteurs de risque sont déjà identifiés : exposition à des radiations ionisantes, antécédents familiaux de cancers hématologiques, ou encore effets secondaires de traitements chimiothérapeutiques.
Mais le rôle des facteurs environnementaux, notamment durant la période périnatale (de la grossesse aux premiers mois de vie), reste au cœur des recherches actuelles.
Une étude d’envergure
Publiée le 22 octobre dans la revue Environmental Health, cette étude, baptisée GEOCAP-Birth, s’appuie sur le registre national des cancers de l’enfant et inclut plus de 185 000 enfants nés en France.
Les chercheurs de l’Inserm, des universités Sorbonne Paris Nord, Paris Cité et de l’INRAE ont évalué, à l’aide de modèles statistiques précis, le niveau d’exposition aux polluants de l’air au lieu de résidence à la naissance.
Les polluants étudiés incluaient :
- le dioxyde d’azote (NO₂), marqueur du trafic routier,
- les particules fines (PM2,5), issues notamment des gaz d’échappement, du chauffage au bois ou des activités industrielles,
- et le carbone suie, produit de la combustion incomplète des carburants fossiles.
Des résultats significatifs mais nuancés
Les chercheurs ont observé que les enfants les plus exposés aux particules fines PM2,5 à la naissance avaient un risque accru d’environ 70 % de développer une leucémie aiguë lymphoblastique.
En revanche, aucun lien n’a été établi entre la proximité d’un grand axe routier (moins de 500 m) et l’incidence de la maladie.
« Ces résultats suggèrent que d’autres sources de pollution que le trafic routier pourraient être impliquées — comme l’activité industrielle ou le chauffage domestique », explique Aurélie Danjou, première autrice de l’étude et chercheuse à l’Inserm.
Pour la leucémie aiguë myéloïde (LAM), aucune association statistiquement significative n’a été mise en évidence, même si la tendance reste à surveiller.
Une exposition précoce à fort impact biologique
Les scientifiques rappellent que la période périnatale est une phase critique du développement :
- le système immunitaire, les organes hématopoïétiques (producteurs de cellules sanguines) et les mécanismes de réparation de l’ADN y sont encore immatures.
- Les polluants atmosphériques, notamment les PM2,5, peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires, franchir la barrière placentaire et induire des modifications inflammatoires ou génétiques durables.
Ces micro-particules, de moins de 2,5 micromètres de diamètre, transportent en outre des métaux lourds et des composés organiques toxiques, dont certains sont reconnus comme cancérogènes par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer).
Des implications de santé publique majeures
Cette étude ne démontre pas une relation causale directe, mais ses conclusions renforcent l’urgence d’agir.
Les enfants, dont la respiration est plus rapide et les défenses physiologiques encore fragiles, constituent une population hautement vulnérable face à la pollution.
La réduction de l’exposition périnatale aux polluants atmosphériques devrait devenir une priorité de santé publique.
Cela implique :
- un renforcement des réglementations environnementales,
- une meilleure surveillance de la qualité de l’air autour des zones résidentielles et scolaires,
- et une information claire aux femmes enceintes sur les comportements protecteurs (aération, filtration, limitation des combustions domestiques, etc.).
Recommandations médicales et perspectives
Les pédiatres et hématologues appellent à intégrer la dimension environnementale dans la prévention des cancers pédiatriques, notamment par :
- Le suivi épidémiologique renforcé des naissances dans les zones à forte pollution.
- La formation des professionnels de santé à la détection des expositions environnementales précoces.
- La promotion d’études longitudinales pour identifier les mécanismes biologiques précis reliant pollution et cancers du sang.
- Le soutien aux politiques locales de réduction du trafic et de développement d’énergies propres.
Protéger l’air, c’est protéger les enfants
Cette étude de l’Inserm apporte une alerte claire et fondée scientifiquement : les particules fines ne sont pas seulement une menace pour le cœur ou les poumons, elles pourraient aussi altérer durablement le système hématologique des enfants dès la naissance.
Protéger l’air, c’est protéger l’avenir. Et chaque mesure prise pour réduire la pollution atmosphérique n’est pas seulement un acte écologique, mais un investissement direct dans la santé et la vie des plus jeunes.
Mots clés : air santé ; enfant ; pollution ; atmosphérique ; leucémies aiguë myéloïde (LAM) ;
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