Une Bonne Santé pour une Vie Meilleure

Analyse éthique et portée symbolique de l’article 8 de la loi n° 18-11 relative à la santé.

Edité par : Dr Aissani Mohamed Tahar | Docteur en médecine
4 mars 2025

L’article 8 de la loi n° 18-11 du 2 juillet 2018, qui régit le secteur de la santé en Algérie, contient une disposition singulière et marquante :Les praticiens de la santé publique bénéficient, après leur décès, d’une promotion posthume si leur travail ou fonction a contribué de manière significative à la gestion de situations exceptionnelles ou de crises sanitaires.”

Derrière cette reconnaissance posthume, un message moral et symbolique est véhiculé, mais il soulève aussi des interrogations éthiques et pratiques. Un hommage symbolique : l’’État reconnaissant face au sacrifice’’.

L’objectif premier de cet article semble clair : honorer les professionnels de la santé publique qui, parfois au péril de leur vie, se sont mobilisés pour gérer des crises sanitaires majeures.

Il s’agit ici d’un acte symbolique fort de reconnaissance :

  • Élever le rôle des professionnels de santé dans la société : La promotion posthume renforce la perception d’une mission presque héroïque des médecins et soignants, particulièrement en cas de pandémies, de catastrophes naturelles ou de crises humanitaires.
  • Encourager les vivants : Cet hommage envoie un message aux professionnels en activité, soulignant l’importance de leur rôle et leur engagement dans des conditions souvent périlleuses.
  • Créer une mémoire collective : En institutionnalisant un hommage national, l’État immortalise la contribution de ces praticiens dans le récit collectif, tout en illustrant un respect pour le service public.

Cependant, cette disposition, bien qu’honorifique, n’est pas exempte de critiques. Ces dernières touchent principalement à son caractère symbolique et à son manque d’impact concret pour les familles des praticiens concernés :

  • Une portée purement symbolique : La promotion posthume, bien qu’émouvante, n’apporte aucun avantage matériel ou soutien direct aux familles endeuillées. Les conjoints et enfants des défunts ne tirent aucun bénéfice tangible d’un tel hommage.
  • Des critères flous : La notion de “contribution significative” dans des “situations exceptionnelles” demeure subjective. Qui décide de l’attribution de cette reconnaissance ? Selon quels standards ? L’absence de clarté peut engendrer des frustrations ou des accusations de favoritisme.
  • Un contraste avec les réalités : Les professionnels de santé travaillent souvent dans des conditions précaires, manquent de ressources et subissent une pression intense. Pour certains, cet hommage post-mortem peut sembler ironique ou insuffisant face à des attentes plus concrètes, comme une amélioration des conditions de travail ou une protection renforcée pour leurs familles.

Dans d’autres pays, des mécanismes plus concrets accompagnent la reconnaissance posthume :

  • Aux États-Unis : Les familles des professionnels de santé morts dans l’exercice de leurs fonctions reçoivent des compensations financières et un soutien psychologique spécifique.
  • En France : En cas de décès lié à une crise sanitaire, des fonds de solidarité sont mobilisés pour accompagner les proches, en plus d’une reconnaissance honorifique.

Ces approches combinent la symbolique à une dimension pratique, ce qui renforce l’impact et la perception d’une véritable justice sociale.

Pour que l’article 8 de la loi n° 18-11 trouve un véritable écho dans la société algérienne, il serait pertinent de l’accompagner d’actions complémentaires :

  • Création d’un fonds de soutien aux familles des défunts : Une aide financière pourrait être instituée pour subvenir aux besoins des familles endeuillées.
  • Mémorial des professionnels de santé : Un lieu ou une cérémonie annuelle pourrait commémorer les praticiens décédés, renforçant leur mémoire collective.
  • Définition claire des critères : La mise en place d’une commission indépendante chargée d’évaluer les contributions significatives apporterait plus de transparence.

Entre hommage et justice sociale L’article 8 de la loi n° 18-11, bien qu’honorifique, marque une avancée dans la reconnaissance des sacrifices des praticiens de la santé. Cependant, pour que cet hommage ne demeure pas un simple geste symbolique, il est impératif de lui donner une portée concrète. C’est à travers un mélange d’éthique, d’art de la mémoire et de justice sociale que cet article pourrait réellement refléter les valeurs humaines qu’il entend promouvoir.

Souhaitons que l’Algérie, tout en rendant hommage à ses héros du quotidien, ne les oublie pas dans les défis matériels auxquels leurs familles doivent faire face.

Mots clés : santé ; éthique ; reconnaissance ; loi ; article ;