
La sclérose en plaques (SEP) n’est peut-être pas une maladie unique. Grâce à l’intelligence artificielle et à l’imagerie cérébrale, des chercheurs viennent d’identifier deux sous-types biologiquement distincts de cette pathologie neurologique complexe. Une avancée majeure, publiée dans la revue scientifique Brain, qui pourrait transformer la manière de diagnostiquer, de surveiller et de traiter les patients.
Quand l’intelligence artificielle accélère la recherche médicale
L’intelligence artificielle confirme son rôle de levier dans la recherche biomédicale. En analysant simultanément des données biologiques, sanguines et d’imagerie, elle permet aujourd’hui de repérer des profils de maladie jusqu’alors invisibles aux outils classiques.
Dans cette étude récente, les chercheurs ont combiné :
- un marqueur sanguin,
- des images cérébrales par IRM,
- et un modèle d’apprentissage automatique,
afin de mieux comprendre la progression de la sclérose en plaques.
Un biomarqueur clé : le neurofilament à chaîne légère (sNfL)

Au cœur de cette découverte se trouve une protéine mesurable dans le sang : le neurofilament à chaîne légère sérique (sNfL).
Ce biomarqueur est aujourd’hui reconnu comme un indicateur fiable :
- des lésions neuronales,
- de l’activité inflammatoire dans la SEP,
- et de la progression de la maladie.
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune et neurodégénérative. Le système immunitaire attaque la gaine de myéline, qui protège les fibres nerveuses (axones). Cette destruction perturbe la transmission de l’influx nerveux et entraîne des symptômes neurologiques variables.
IRM, biologie et IA : une approche combinée inédite
Les chercheurs ont analysé les données de 634 patients atteints de SEP, en croisant :
- les taux sanguins de sNfL,
- les images cérébrales obtenues par IRM,
- et des algorithmes d’apprentissage automatique capables de détecter des schémas invisibles à l’œil humain.
Résultat : deux profils biologiques distincts de sclérose en plaques ont émergé.
Deux sous-types de sclérose en plaques clairement identifiés
1. La forme à sNfL précoce : une SEP plus active
Ce premier sous-type se caractérise par :
- des taux élevés de sNfL dès le début de la maladie,
- une apparition rapide de lésions cérébrales visibles à l’IRM,
- une activité inflammatoire marquée.
Cette forme semble correspondre à une SEP plus agressive, évoluant rapidement et exposant les patients à un risque accru de nouvelles lésions neurologiques précoces.
2. La forme à sNfL tardif : une progression plus lente
Le second sous-type présente un profil différent :
- les taux de sNfL augmentent plus tardivement,
- certaines régions du cerveau montrent une atrophie progressive,
- la maladie évolue silencieusement avant que les lésions ne deviennent visibles.
Cette forme correspondrait à une SEP à progression plus lente, avec des dommages neuronaux qui s’installent progressivement avant d’être détectables biologiquement.
Pourquoi cette découverte change la prise en charge
Identifier ces deux sous-types n’est pas un simple détail scientifique. Pour les cliniciens, cela signifie :
- mieux anticiper l’évolution de la maladie chez chaque patient,
- identifier plus tôt les personnes à haut risque de progression rapide,
- adapter la stratégie thérapeutique dès les premières phases.
Dr Arman Eshaghi, coauteur de l’étude, souligne : « Grâce à un modèle d’IA combiné à un marqueur sanguin accessible et à l’IRM, nous avons mis en évidence pour la première fois deux profils biologiques distincts de la SEP. Cela permet de mieux comprendre la trajectoire de la maladie et d’identifier les patients nécessitant une surveillance ou un traitement plus intensif. »
Vers une médecine personnalisée de la sclérose en plaques
À terme, cette approche pourrait modifier profondément les pratiques médicales :
- un patient identifié comme SEP à sNfL précoce pourrait bénéficier plus tôt de traitements immunomodulateurs puissants,
- un suivi plus rapproché pourrait être mis en place,
- les traitements seraient ajustés non plus uniquement sur les symptômes, mais sur le profil biologique individuel.
Comme le précise le Dr Eshaghi : « À l’avenir, lorsque l’outil d’IA indiquera une SEP à sNfL précoce, le patient pourrait devenir éligible à des traitements plus efficaces et bénéficier d’un suivi renforcé. »
Recommandations médicales pour les patients atteints de SEP
En attendant l’intégration de ces outils dans la pratique courante, les spécialistes rappellent plusieurs points essentiels :
- respecter scrupuleusement le suivi neurologique régulier,
- signaler toute nouvelle aggravation des symptômes,
- ne pas interrompre un traitement sans avis médical,
- maintenir une hygiène de vie adaptée (activité physique douce, sommeil, gestion du stress),
- s’informer sur les nouveaux biomarqueurs et avancées thérapeutiques avec son neurologue.
Une avancée prometteuse, encore en phase de validation
Cette découverte marque une étape décisive vers une médecine de précision dans la sclérose en plaques. Des études complémentaires seront nécessaires avant une application clinique généralisée, mais la voie est tracée.
Grâce à l’IA, la SEP pourrait bientôt ne plus être considérée comme une maladie unique, mais comme un ensemble de profils biologiques distincts, chacun appelant une prise en charge spécifique.
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