
Sur les réseaux sociaux, des milliers de jeunes femmes russes exhibent leur silhouette amincie en vantant un mystérieux complément alimentaire : Molecule. Présenté comme un produit “naturel”, il promet de “faire oublier la faim”. Derrière cette tendance virale, se cache pourtant une réalité bien plus sombre.
Un phénomène inquiétant
« Prends Molecule et oublie que la nourriture existe » ! Ce slogan, répété à l’infini sur les réseaux, est devenu un mantra pour de nombreuses adolescentes russes. Les vidéos, souvent montées comme des tutoriels de beauté, montrent des “avant/après” spectaculaires.
Le produit, vendu en ligne sous forme de pilules à base de plantes, se présente comme une solution miracle pour perdre du poids rapidement. Mais selon une enquête de la BBC et du quotidien russe Izvestia, Molecule contient une substance interdite : la sibutramine.
Derrière le label “naturel”, une molécule dangereuse
Officiellement, les capsules affichent des ingrédients inoffensifs : racine de pissenlit, extrait de fenouil, ou encore thé vert. En réalité, les analyses menées par Izvestia ont révélé la présence de sibutramine, un médicament anorexigène retiré du marché européen depuis 2010.
Cette molécule, autrefois commercialisée sous le nom de Sibutral, agissait sur les neurotransmetteurs pour réduire l’appétit. Mais elle a été bannie en raison de graves effets secondaires, notamment cardiovasculaires :
- hypertension,
- arythmies,
- accidents cardiaques
- et risques accrus d’AVC.
« Ces produits contiennent des doses impossibles à contrôler, ce qui rend tout surdosage potentiellement mortel », alertentdes endocrinologues.
Un trafic illégal difficile à endiguer
En Russie, la sibutramine est encore autorisée uniquement sur ordonnance pour les cas sévères d’obésité. Mais dans le cas de Molecule, il s’agit clairement d’un trafic parallèle. Le produit circule via des sites non officiels et des revendeurs anonymes, souvent basés à l’étranger.
Les autorités sanitaires peinent à endiguer cette vague. Plusieurs cas d’intoxication grave et d’hospitalisation ont été rapportés, notamment chez des adolescentes séduites par les promesses de minceur rapide.
Certaines ex-utilisatrices, autrefois ambassadrices du produit sur les réseaux, ont depuis témoigné de leur chute de tension, palpitations, nausées et perte de connaissance. L’une d’elles, hospitalisée après un surdosage, mène désormais des campagnes de sensibilisation pour dissuader les jeunes filles d’imiter son geste.
La pression du corps parfait

Ce phénomène révèle aussi la pression sociale et numérique qui pèse sur les adolescentes. Les standards irréalistes véhiculés sur les réseaux poussent de nombreuses jeunes femmes à expérimenter des produits non contrôlés, souvent au détriment de leur santé physique et psychique.
La sibutramine agit sur le système nerveux central, perturbant l’équilibre hormonal et émotionnel. Elle peut provoquer insomnie, irritabilité, anxiété, voire troubles du comportement alimentaire à long terme.
Les recommandations médicales
Les spécialistes rappellent que la perte de poids saine repose sur des bases simples :
- une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes et fibres,
- une activité physique régulière, même modérée,
- un suivi médical en cas de surpoids ou de trouble du comportement alimentaire.
Tout complément “miracle” vendu sans prescription doit éveiller la méfiance. En Europe, les agences de santé recommandent d’éviter tout produit minceur dont la composition n’est pas clairement vérifiable ou dont l’origine est incertaine.
Un danger déguisé en tendance
Derrière les filtres et les vidéos “esthétiques”, Molecule illustre une dérive préoccupante : celle d’une génération en quête de contrôle sur son image, prête à risquer sa santé pour correspondre à un idéal irréel.
Les médecins, eux, appellent à la vigilance et à l’éducation numérique. Car sur les réseaux sociaux, la frontière entre bien-être et mise en danger devient, elle aussi, de plus en plus floue.
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