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Réseaux sociaux sur le banc des accusés : un procès historique sur l’addiction des enfants

Edité par : Safa Kaouther BOUARISSA | Journaliste
28 janvier 2026

Pour la première fois, les géants des réseaux sociaux comparaissent devant un jury populaire aux États-Unis pour répondre d’accusations graves : avoir délibérément conçu leurs plateformes pour créer une dépendance chez les enfants et les adolescents. Un procès civil inédit s’ouvre à Los Angeles, en Californie, visant TikTok, Instagram et YouTube.

Un tournant judiciaire majeur aux États-Unis

Au cœur de la procédure : la question de la responsabilité directe de ces entreprises dans la dégradation de la santé mentale des jeunes utilisateurs.

Le procès s’appuie sur la plainte d’une jeune Californienne de 19 ans, identifiée sous les initiales K.G.M.

Son cas a été retenu comme procédure test, susceptible d’influencer l’issue de centaines de plaintes similaires déposées à travers le pays.

L’audience débute par la sélection d’un jury populaire, un processus long, avant l’ouverture des débats prévue début février. Le procès pourrait durer plusieurs mois devant la Cour supérieure de Los Angeles.

Selon la plainte, K.G.M. a été exposée très tôt aux réseaux sociaux :

  • YouTube dès l’âge de 6 ans,
  • Instagram à 11 ans,
  • Snapchat à 13 ans,
  • TikTok à 14 ans.

Elle affirme avoir développé une addiction sévère aux réseaux sociaux, associée à des troubles psychiques progressifs :

dépression, anxiété chronique, altération de l’image corporelle et perte de l’estime de soi.

Les plaignants ne ciblent pas les contenus publiés par les utilisateurs, mais la conception même des plateformes.

Sont mis en cause :

  • les algorithmes de recommandation,
  • le défilement infini,
  • les notifications répétées,
  • les mécanismes de gratification instantanée.

Selon Matthew Bergman, avocat et fondateur du Social Media Victims Law Center, ces outils ne montreraient pas aux enfants ce qu’ils souhaitent voir, mais ce à quoi ils ne peuvent pas cesser de prêter attention.

Cette architecture numérique serait pensée pour maximiser le temps passé à l’écran, et donc les revenus publicitaires.

En défense, les groupes technologiques invoquent la section 230 du Communications Decency Act, une loi américaine datant de 1996.

Ce texte protège largement les plateformes contre toute responsabilité liée aux contenus publiés par leurs utilisateurs.

Les entreprises visées — ByteDance, Meta et Alphabet — n’ont pas souhaité commenter publiquement la procédure.

Mark Zuckerberg, dirigeant de Meta, figure parmi les responsables cités, même si sa comparution personnelle reste incertaine.

La stratégie juridique adoptée rappelle celle utilisée contre l’industrie du tabac dans les années 1990.

À l’époque, les fabricants avaient été poursuivis non pour l’usage du produit, mais pour avoir conçu et commercialisé un produit addictif en connaissance de cause.

Les plaignants estiment que les réseaux sociaux relèvent aujourd’hui d’une logique comparable.

D’autres procédures sont en cours :

  • une action fédérale à Oakland, en vue d’un procès d’ampleur nationale dès 2026,
  • plusieurs poursuites engagées par des États américains,
  • des plaintes visant l’exposition de mineurs à des prédateurs sexuels.

Snap Inc., maison mère de Snapchat, a conclu un accord amiable confidentiel, mais reste concernée par d’autres actions judiciaires.

Si le jury donne raison à la plaignante, les conséquences pourraient être lourdes :

  • versement de dommages et intérêts importants,
  • obligation de refondre les algorithmes,
  • modification profonde du design des applications.

Les études en santé publique établissent un lien entre usage intensif des réseaux sociaux et :

  • augmentation des troubles anxieux,
  • symptômes dépressifs,
  • troubles du sommeil,
  • vulnérabilité accrue aux comparaisons sociales,
  • altération du développement émotionnel chez les plus jeunes.

Le cerveau adolescent, encore en maturation, est particulièrement sensible aux mécanismes de récompense et de stimulation permanente.

Les experts recommandent :

  • une limitation stricte du temps d’écran chez les enfants,
  • l’interdiction des réseaux sociaux avant un âge approprié,
  • une surveillance parentale active, sans intrusion excessive,
  • l’éducation au numérique dès l’école,
  • un dépistage précoce des troubles anxieux et dépressifs.

En cas de signes d’addiction numérique, une consultation médicale ou psychologique est vivement conseillée.

Ce procès pourrait marquer un tournant historique dans la régulation des plateformes numériques.

Au-delà des indemnisations, il pose une question centrale : les entreprises technologiques peuvent-elles continuer à concevoir des produits puissants sans répondre de leurs effets sur la santé mentale des enfants ?

Mots-clés : réseaux sociaux ; addiction ; numérique ; santé ; mentale ; adolescents ; algorithmes ; plateformes ; procès ; dépression ; anxiété ;

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