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Quand la technologie des vaccins contre le Covid ouvre une nouvelle voie face aux morsures de serpent

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
18 décembre 2025

L’ARN messager, propulsé sur le devant de la scène mondiale avec les vaccins contre le Covid-19, pourrait bientôt révolutionner un autre champ médical longtemps délaissé : le traitement des envenimations par morsure de serpent. Des chercheurs européens ont démontré qu’une injection d’ARN permettait de limiter les nécroses musculaires provoquées par le venin d’un serpent parmi les plus redoutés d’Amérique latine.

Chaque année, environ 5,4 millions de personnes sont mordues par des serpents à travers le monde. Ces envenimations causent près de 140 000 décès et laissent des centaines de milliers de victimes avec des séquelles graves : amputations, paralysies, douleurs chroniques ou destructions musculaires irréversibles.

Malgré cette charge sanitaire considérable, les options thérapeutiques restent limitées. Les antivenins, dérivés d’anticorps produits chez l’animal, constituent aujourd’hui le seul traitement spécifique. Ils sauvent des vies, mais présentent plusieurs limites majeures : coût élevé, disponibilité inégale, chaîne du froid contraignante et efficacité incomplète sur les lésions locales, notamment la nécrose des tissus autour du point de morsure.

Depuis 2020, l’ARN messager s’est imposé comme une plateforme thérapeutique polyvalente. Son principe est désormais bien connu : fournir aux cellules des instructions temporaires pour produire une protéine spécifique, sans modifier l’ADN.

Initialement développée pour les maladies infectieuses, cette technologie est aujourd’hui explorée dans de nombreux domaines : oncologie, maladies génétiques, immunologie. Les envenimations par serpent constituent la dernière frontière explorée.

« L’idée a émergé en 2021, lorsque Derrick Rossi, cofondateur de Moderna, a suggéré que l’ARN pourrait être utilisé pour traiter les morsures de serpent », explique Andreas Hougaard Laustsen-Kiel, professeur à l’Université technique du Danemark.

Avec une équipe de chercheurs de l’Université de Reading (Royaume-Uni) et de l’Université technique du Danemark, les scientifiques ont cherché à répondre à une question clé : peut-on utiliser l’ARN pour protéger les tissus contre les effets destructeurs du venin, avant même que les dégâts ne soient irréversibles ?

Le venin de nombreux serpents contient des toxines qui détruisent rapidement les fibres musculaires et les vaisseaux sanguins. Même lorsque l’antivenin neutralise le venin circulant, les lésions locales continuent souvent de s’aggraver.

Les chercheurs ont mis au point une injection d’ARN codant pour des protéines protectrices, capables de bloquer les mécanismes moléculaires responsables de la destruction musculaire. Testée sur des modèles expérimentaux exposés au venin d’un serpent d’Amérique latine, cette approche a permis de réduire significativement la nécrose au point de morsure.

Les scientifiques sont clairs : cette technologie ne vise pas à remplacer les antivenins, mais à les compléter. L’ARN agirait localement, en protégeant les tissus, tandis que l’antivenin continuerait de neutraliser le venin circulant et de prévenir les complications systémiques.

Cette approche combinée pourrait transformer la prise en charge des patients, en réduisant le nombre d’amputations et de handicaps lourds, en particulier dans les régions rurales d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, où les soins spécialisés arrivent souvent tardivement.

L’ARN messager présente plusieurs atouts stratégiques. Il peut être conçu rapidement, adapté à différents types de venins et produit à grande échelle. À terme, il pourrait être formulé sous des formes plus stables, facilitant son déploiement dans des zones à ressources limitées.

Sur le plan médical, cette technologie ouvre la voie à une médecine de précision appliquée aux toxines, capable de cibler spécifiquement les mécanismes de destruction cellulaire induits par chaque venin.

Les résultats sont prometteurs, mais encore expérimentaux. Des études supplémentaires seront nécessaires avant toute application chez l’humain, notamment pour évaluer la sécurité, la rapidité d’action et l’efficacité réelle en situation d’urgence.

Les chercheurs soulignent néanmoins que cette avancée illustre le potentiel de l’ARN messager comme outil thérapeutique universel, capable de répondre à des enjeux de santé mondiale longtemps négligés.

En s’attaquant aux morsures de serpent, la technologie des vaccins anti-Covid démontre qu’elle ne se limite pas aux pandémies. Elle pourrait, demain, sauver des milliers de vies et prévenir des handicaps majeurs dans les régions les plus vulnérables du globe.

Une preuve supplémentaire que l’innovation médicale, née dans l’urgence, peut transformer durablement la santé mondiale.

Mots clés : Covid ; vaccin ; santé ; morsure ; serpent ; nécrose ; musculaire ;

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