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Œsophagite à éosinophiles : l’inflammation allergique qui entrave la déglutition

Edité par : Dr Mohamed Tahar AISSANI | Médecin spécialiste en Anatomie & Cytologie Pathologiques
22 décembre 2025

Il existe des maladies qui se dissimulent derrière des symptômes ordinaires. L’œsophagite à éosinophiles (OeE) en fait partie. On l’habille volontiers du costume du reflux, on la confond avec une irritation passagère, on la range parfois parmi les troubles “fonctionnels”. Pourtant, son mécanisme est distinct, sa trajectoire est chronique, et son coût humain se résume en une phrase : manger peut devenir une appréhension.

L’OeE correspond à une inflammation de l’œsophage dominée par une cellule que l’on croise souvent en allergologie : l’éosinophile. Très fréquemment, le terrain parle avant même la biopsie : asthme, rhinite allergique, eczéma, antécédents d’allergies, parfois allergies alimentaires connues. Comme si l’immunité, habituée à s’enflammer contre des déclencheurs externes, finissait par s’installer aussi au cœur d’un geste intime et quotidien : la déglutition.

Chez l’adulte, la maladie se traduit souvent par une dysphagie : gêne à la déglutition, sensation d’aliments qui accrochent, nécessité de boire pour “faire passer”, mastication prolongée, évitement de certaines textures (pain, viande, aliments secs). Et parfois survient l’épisode qui alerte brutalement : l’impaction alimentaire, ce blocage franc qui peut conduire à une prise en charge en urgence.

Chez l’enfant, le tableau est plus trompeur. Il peut s’agir de vomissements, de douleurs abdominales, d’un refus alimentaire, d’une lenteur à manger, voire d’une stagnation pondérale. C’est l’une des raisons majeures du retard diagnostique : la maladie n’est pas absente, elle s’exprime autrement.

De nombreux patients reçoivent d’abord un traitement anti-reflux. Certains s’améliorent, d’autres non, et cette résistance doit être entendue. Car l’OeE n’est pas seulement une agression acide : c’est une inflammation immunitaire qui, lorsqu’elle dure, modifie progressivement l’architecture de l’œsophage. À la première phase — œdème, fragilité, microtraumatismes — succède un risque plus lourd : la fibrose, puis les rétrécissements. L’œsophage perd sa souplesse. Il devient un conduit rigide, moins tolérant, plus vulnérable.

L’endoscopie peut montrer des images suggestives : anneaux, sillons longitudinaux, exsudats blanchâtres, muqueuse fragile. Mais un point décisif doit être rappelé : l’aspect endoscopique peut être discret, parfois même proche de la normalité. Le diagnostic repose donc sur un principe simple : réaliser des biopsies œsophagiennes. C’est l’histologie, par la mise en évidence de l’infiltration éosinophilique, qui ancre la certitude. Sans prélèvements, l’OeE peut rester invisible.

La stratégie vise deux objectifs : soulager les symptômes et prévenir l’évolution fibro-sténosante. Elle s’appuie généralement sur trois piliers, utilisés seuls ou combinés selon le profil :

  • Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : utiles chez certains patients, y compris au-delà de la seule question du reflux.
  • Corticoïdes topiques avalés (comme le budésonide ou la fluticasone) : ils agissent localement sur la muqueuse œsophagienne, avec une logique de ciblage.
  • Régimes d’éviction : parfois très efficaces, mais exigeants, nécessitant méthode, suivi et prudence pour éviter carences et découragement.

Lorsque la maladie a déjà laissé une empreinte anatomique — sténose ou rétrécissement significatif — une dilatation endoscopique peut être proposée. Mais elle ne remplace pas le traitement de fond : dilater corrige une conséquence, alors que le cœur de la prise en charge demeure la maîtrise de l’inflammation.

L’OeE n’est pas une pathologie “rare” au sens clinique du terme ; elle est surtout souvent méconnue. Or le temps compte : plus le diagnostic tarde, plus la fibrose a le loisir de s’installer. À l’inverse, reconnaître tôt la maladie, c’est souvent éviter une trajectoire faite de restrictions alimentaires, de récidives, de blocages, et d’une peur diffuse au moment de s’asseoir à table.

Le message pratique est clair : devant une dysphagie, des épisodes de blocage alimentaire, ou un “reflux” atypique ou résistant — surtout sur un terrain allergique — l’œsophagite à éosinophiles doit devenir un réflexe. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’éteindre une brûlure : il s’agit de comprendre l’inflammation, et d’empêcher qu’elle ne devienne cicatrice.

Mots-clés : Œsophagite ; éosinophiles (OeE) ; dysphagie ; impaction alimentaire ; atopie ; allergie ; alimentaire ; endoscopie ; biopsies; fibrose ; sténose ; corticoïdes ;

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