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Mounjaro, Ozempic et Wegovy : vers une nouvelle piste thérapeutique contre les addictions

Edité par : Dr Imad BOUARISSA | Docteur en médecine
7 mars 2026

Initialement développés pour traiter le diabète de type 2 et l’obésité, certains médicaments injectables comme Ozempic, Wegovy ou Mounjaro pourraient bientôt jouer un rôle inattendu dans la lutte contre les dépendances.

Selon une étude récente menée par des chercheurs de la faculté de médecine de l’Washington University School of Medicine et publiée dans le The BMJ, les médicaments appartenant à la classe des agonistes du GLP-1 pourraient contribuer à réduire la dépendance à plusieurs substances psychoactives.

Les analogues ou agonistes du GLP-1 (glucagon-like peptide-1) sont des médicaments injectables utilisés depuis plusieurs années pour le traitement du Type 2 Diabetes et de l’obésité.

Ils agissent principalement en régulant la glycémie et en ralentissant la vidange gastrique. Leur action sur les centres de la satiété dans le cerveau permet également de réduire l’appétit et de favoriser la perte de poids.

Ces traitements sont généralement prescrits chez des patients souffrant d’obésité ou de diabète lorsque les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas.

Cependant, plusieurs observations cliniques ont récemment attiré l’attention des scientifiques. Des patients traités par ces médicaments ont spontanément rapporté une diminution de leur consommation d’alcool, de tabac ou d’autres substances addictives au cours du traitement.

Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de plus de 600 000 vétérans américains atteints de diabète de type 2.

Les participants ont été suivis pendant une période pouvant aller jusqu’à trois ans. Deux groupes ont été comparés :

  • les patients traités par un agoniste du GLP-1 (comme le sémaglutide, le liraglutide ou le dulaglutide) ;
  • ceux recevant un autre traitement antidiabétique, notamment les inhibiteurs du SGLT2.

Les scientifiques ont examiné l’apparition de troubles liés à l’usage de substances psychoactives chez ces patients, qu’ils aient ou non des antécédents de dépendance.

Les résultats de l’étude montrent que l’utilisation d’agonistes du GLP-1 est associée à une diminution globale de 14 % du risque de développer un trouble lié à l’usage de substances.

Dans le détail, la réduction du risque concerne plusieurs drogues majeures :

  • 18 % de réduction pour l’alcool
  • 14 % pour le cannabis
  • 20 % pour la cocaïne et la nicotine (tabac)
  • 25 % pour les opioïdes

Concrètement, cela représente sept nouveaux diagnostics de troubles addictifs en moins pour 1 000 patients traités.

Les chercheurs ont également observé une diminution du risque d’hospitalisation, de surdose et de décès liés à la consommation de substances psychoactives.

Pour le Dr Ziyad Al-Aly, épidémiologiste et auteur principal de l’étude, l’effet des agonistes du GLP-1 ne serait pas spécifique à une substance particulière.

Selon lui, ces médicaments pourraient agir directement sur les circuits cérébraux du désir et de la récompense, impliqués dans les comportements addictifs.

« Ces traitements semblent atténuer l’envie irrésistible de consommer, appelée craving. Ils ne ciblent pas uniquement l’alcool, la nicotine ou les opioïdes, mais probablement le mécanisme de l’envie lui-même », explique le chercheur.

Cette hypothèse suggère l’existence d’un mécanisme biologique commun entre l’envie de manger et l’envie de consommer une substance addictive.

Ces résultats pourraient ouvrir la voie à une approche thérapeutique innovante.

Chez les patients souffrant à la fois d’obésité, de diabète et de dépendance, un même médicament pourrait potentiellement traiter plusieurs problèmes de santé simultanément.

Pour le Dr Ziyad Al-Aly, cette perspective représente un avantage majeur : un traitement unique pourrait améliorer le contrôle du poids, de la glycémie et réduire la dépendance aux substances psychoactives.

Cette piste est particulièrement intéressante pour certaines drogues pour lesquelles les options thérapeutiques restent limitées, comme la méthamphétamine.

Malgré ces résultats prometteurs, les chercheurs restent prudents.

L’étude repose sur l’analyse de données médicales et non sur des essais cliniques contrôlés. Des recherches complémentaires seront donc nécessaires pour confirmer l’efficacité et la sécurité de ces médicaments dans le traitement des addictions.

Des essais cliniques pourraient permettre de déterminer :

  • les doses optimales,
  • la durée du traitement,
  • les profils de patients les plus susceptibles d’en bénéficier.

Les spécialistes rappellent que ces médicaments ne doivent pas être utilisés sans prescription médicale. Leur indication principale reste le traitement du diabète et de l’obésité.

Avant d’envisager un traitement, plusieurs recommandations s’imposent :

  • consulter un médecin spécialiste (endocrinologue ou addictologue) ;
  • évaluer les contre-indications et effets secondaires potentiels ;
  • associer le traitement à une prise en charge psychologique et comportementale ;
  • maintenir des mesures d’hygiène de vie : alimentation équilibrée, activité physique régulière et soutien psychosocial.

La prise en charge des addictions repose toujours sur une approche multidisciplinaire, combinant accompagnement médical, psychologique et social.

Si ces résultats sont confirmés, les agonistes du GLP-1 pourraient représenter une avancée majeure dans la lutte contre les addictions.

Avec l’augmentation du nombre de patients traités par ces médicaments dans le monde, leur potentiel impact sur la santé publique pourrait être considérable.

Comprendre les mécanismes cérébraux qui relient l’appétit, la récompense et les comportements addictifs pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques dans les années à venir.

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