Entre espoir scientifique, réalité médicale et précautions indispensables

Le jeûne suscite un intérêt croissant dans le domaine de l’oncologie, mais il est essentiel de distinguer les données scientifiques établies des espoirs parfois exagérés. À ce jour, aucune preuve solide ne permet d’affirmer que le jeûne guérit le cancer. En revanche, certaines recherches suggèrent qu’il pourrait influencer des mécanismes biologiques impliqués dans la progression de la maladie et dans la tolérance aux traitements.
Une pratique ancienne aux effets métaboliques profonds
Le jeûne consiste à interrompre l’apport alimentaire pendant une durée variable. Cette privation déclenche une série d’adaptations physiologiques importantes : baisse de la glycémie, modification du métabolisme énergétique, activation de mécanismes cellulaires de protection et utilisation des réserves internes (glycogène, puis graisses).
Chez l’animal, la restriction calorique et le jeûne intermittent ont montré des effets bénéfiques sur plusieurs pathologies, notamment le diabète, les maladies cardiovasculaires et certaines affections neurodégénératives. Chez l’être humain, ils peuvent améliorer la sensibilité à l’insuline, réduire la pression artérielle et favoriser la perte de poids en cas d’obésité.
Les mécanismes biologiques étudiés en cancérologie
Le jeûne entraîne des modifications métaboliques qui pourraient influencer le comportement des cellules cancéreuses :
- Diminution du glucose sanguin : les cellules tumorales consomment beaucoup de glucose pour se multiplier rapidement (effet de Warburg). Une baisse des apports en sucre réduit leur source d’énergie principale.
- Baisse de l’IGF-1 (Insulin-like Growth Factor 1) : ce facteur de croissance stimule la division cellulaire. Des taux élevés sont associés à un risque accru de certains cancers (sein, prostate, colorectal, poumon). Le jeûne peut faire chuter fortement ce taux.
- Activation des mécanismes de défense cellulaire : face au manque de nutriments, les cellules saines ralentissent leur croissance et se mettent en mode « survie ». Elles produisent davantage d’enzymes antioxydantes et renforcent leurs systèmes de réparation.
Les cellules cancéreuses, en revanche, réagissent différemment. À cause des mutations qui les caractérisent, elles continuent à se diviser rapidement malgré le stress nutritionnel. Cette incapacité à s’adapter augmente leur fragilité, notamment face aux traitements.
Interaction possible avec la chimiothérapie
Plusieurs travaux expérimentaux suggèrent un double effet potentiel :
- Protection des cellules saines : Le jeûne pourrait rendre les cellules normales plus résistantes aux agressions de la chimiothérapie en activant leurs mécanismes de défense et de réparation de l’ADN.
- Vulnérabilité accrue des cellules cancéreuses : Privées de nutriments et incapables de ralentir leur croissance, les cellules tumorales subiraient davantage de stress oxydatif, ce qui pourrait renforcer l’effet des médicaments anticancéreux.
Chez l’animal, certaines études ont montré que le jeûne combiné à la chimiothérapie prolonge la survie et réduit la toxicité de certains traitements, notamment au niveau cardiaque.
Ce que montrent les études chez l’être humain
Les recherches cliniques restent limitées, mais quelques résultats sont encourageants :
- Des patientes atteintes de cancers gynécologiques ayant jeûné autour des séances de chimiothérapie ont rapporté moins de fatigue et une meilleure qualité de vie.
- D’autres observations indiquent une réduction des dommages à l’ADN dans certaines cellules immunitaires pendant les périodes de jeûne.
- Les effets secondaires comme la fatigue, les troubles digestifs et la sensation de faiblesse semblent parfois moins marqués.
Cependant, ces études portent sur de petits groupes et ne démontrent pas que le jeûne améliore la guérison ou la survie à long terme.
Limites et risques importants
Le principal problème est l’état nutritionnel des patients. Beaucoup souffrent déjà de perte de poids et de fonte musculaire (sarcopénie), ce qui affaiblit l’immunité et la résistance générale de l’organisme. Dans ce contexte, le jeûne peut aggraver la dénutrition et devenir dangereux.
C’est pourquoi il n’est envisageable que dans des cas bien sélectionnés, sous contrôle médical strict, et pour des périodes courtes.
A retenir :
Le jeûne ne constitue pas un traitement contre le cancer. Il ne remplace ni la chirurgie, ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie. Les données actuelles suggèrent plutôt qu’il pourrait, chez certains patients, aider à mieux supporter les traitements et réduire certains effets indésirables en modifiant le métabolisme et les mécanismes de protection cellulaire.
La recherche continue d’explorer d’autres approches inspirées du jeûne, comme la restriction calorique modérée ou des substances capables d’imiter ses effets biologiques. Mais, à ce stade, toute démarche de jeûne chez une personne atteinte de cancer doit impérativement être discutée avec un professionnel de santé afin d’éviter des risques nutritionnels et médicaux importants.
Mots clés : cancer, jeûne, traitement, santé, chirurgie, cellulaire, colorie, biologique,
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