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Gaza : les patients atteints de cancer meurent faute de soins

Edité par : Rédaction |
12 janvier 2026

À Gaza, être atteint d’un cancer n’est plus seulement une épreuve médicale. C’est devenu, pour des milliers de patients, une condamnation silencieuse. Depuis le début de l’agression israélienne en octobre 2023, les décès liés au cancer ont triplé, alertent les médecins. En cause : l’effondrement total du système de santé, le blocage des évacuations médicales et l’interdiction d’entrée de traitements vitaux comme la chimiothérapie et la radiothérapie.

Amira vit avec un cancer depuis huit ans. Avant la guerre, elle avait obtenu une autorisation pour être soigné à l’étranger. Aujourd’hui, comme des milliers d’autres patients, il est piégé dans l’enclave palestinienne.

« Je recevais mon traitement en Cisjordanie et à Jérusalem. Aujourd’hui, je n’ai accès à rien. J’ai besoin de radiothérapie, et elle n’existe plus à Gaza », confie-t-elle.

Son cas est loin d’être isolé. Selon les autorités sanitaires locales, environ 11 000 patients atteints de cancer sont actuellement bloqués à Gaza, sans possibilité de sortir, dans un territoire où les infrastructures médicales ont été en grande partie détruites.

Les médecins dressent un constat alarmant. Depuis octobre 2023, le nombre de décès liés au cancer a triplé. Sans chimiothérapie, sans radiothérapie, sans médicaments adaptés et sans possibilité d’évacuation, un diagnostic de cancer équivaut désormais, pour beaucoup, à une peine de mort différée.

« Nous avons perdu cinquante ans de progrès en oncologie », résume un médecin local.

Le symbole de cet effondrement est l’hôpital d’amitié turco-palestinienne, autrefois le seul établissement spécialisé en oncologie dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, il n’est plus qu’une carcasse vide.

Transformé en site militaire puis détruit durant les combats, l’hôpital ne fonctionne plus. Les patients ont été abandonnés à leur sort, tandis que les soignants ont dû se replier vers des structures de fortune, sans équipements ni médicaments. « Il ressemble à un hôpital fantôme », rapportent les survivants restés sur place.

Mohammed Abu Nada, directeur médical du Centre du cancer de Gaza, décrit une situation de totale impuissance.

« Nous avons tout perdu. Le seul hôpital capable de diagnostiquer et de traiter le cancer n’existe plus. Nous travaillons aujourd’hui au complexe médical Nasser, mais sans appareils de diagnostic et sans chimiothérapie. »

Selon lui, 60 à 70 % des protocoles de traitement du cancer sont aujourd’hui totalement indisponibles. Or, ces traitements reposent sur des séquences précises de médicaments. L’absence d’un seul produit rend l’ensemble du protocole inefficace.

Malgré les annonces de cessez-le-feu et d’acheminement de l’aide humanitaire, les traitements essentiels continuent d’être bloqués. « Des chocolats, des fruits secs, des chips sont entrés. Mais pas les médicaments contre le cancer, pas les traitements des maladies chroniques, pas les appareils de diagnostic », dénonce le Dr Abu Nada.

Les stocks existants sont désormais épuisés. Même les soins palliatifs sont rationnés. Les antalgiques, indispensables pour soulager les douleurs des cancers avancés, sont distribués au compte-gouttes.

« Nous priorisons ceux dont le cancer est généralisé. Les autres n’ont rien », explique-t-il.

À Khan Younès, au sud de Gaza, deux à trois patients atteints de cancer meurent chaque jour, faute de soins. La maladie progresse rapidement, sans aucun frein thérapeutique.

Par ailleurs, 3 250 patients disposent officiellement d’une autorisation de soins à l’étranger, mais restent bloqués en raison de la fermeture du point de passage de Rafah et des interdictions israéliennes d’évacuation médicale.

Face à cette tragédie, le personnel médical est lui aussi à bout. « Certains spécialistes ont quitté Gaza. Ceux qui restent n’ont plus rien pour soigner », confie le directeur du centre.

Et d’ajouter : « Un médecin sans outils ne peut rien faire. Il ne lui reste qu’une chose : s’asseoir à côté du patient, et pleurer avec lui, parce qu’il est privé de soins et privé du droit de voyager. »

La situation des patients atteints de cancer à Gaza illustre l’ampleur de la catastrophe humanitaire en cours. Privés de traitements, de diagnostics et de perspectives de survie, ils meurent dans l’indifférence, alors que des soins existent ailleurs, à quelques kilomètres seulement.

Pour les médecins, l’appel est clair : sans levée immédiate des restrictions, sans accès aux médicaments et sans évacuations médicales, le cancer continuera de tuer en silence.

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