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Endométriose : le sang menstruel pourrait-il devenir un nouvel outil de diagnostic ?

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
21 octobre 2026

Chaque mois, le corps féminin produit un échantillon biologique longtemps sous-exploité : le sang menstruel. Aujourd’hui, des chercheurs envisagent de l’utiliser comme une nouvelle source d’informations médicales pour détecter plus rapidement l’endométriose, une maladie gynécologique fréquente mais encore difficile à diagnostiquer.

Une piste prometteuse pour réduire l’errance médicale des patientes

Cette avancée pourrait représenter un changement important pour les millions de femmes concernées. En Algérie des milliers de femmes souffriraient d’endométrios. Pourtant, le diagnostic reste souvent très tardif : il faut en moyenne sept années avant d’obtenir un diagnostic précis.

Cette longue période d’errance médicale s’explique par plusieurs facteurs :

  • des symptômes variables d’une femme à l’autre ;
  • des douleurs menstruelles parfois banalisées ;
  • une méconnaissance persistante de la maladie ;
  • des examens qui ne permettent pas toujours de la détecter rapidement.

Face à ce constat, les chercheurs cherchent de nouvelles méthodes plus simples, rapides et moins invasives. L’analyse du sang menstruel fait partie des pistes les plus innovantes.

Une équipe française réunissant des chercheurs de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, de l’Université Lyon 1 et du Centre Léon-Bérard s’est intéressée au potentiel du sang menstruel pour repérer des signes biologiques caractéristiques de l’endométriose.

L’objectif était de déterminer si ce liquide biologique pouvait contenir des biomarqueurs, c’est-à-dire des éléments mesurables permettant d’identifier la présence d’une maladie.

Le sang menstruel présente un intérêt particulier car il contient plusieurs types de cellules provenant directement de l’endomètre, la muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’utérus. On y retrouve notamment :

  • des cellules épithéliales, qui recouvrent les tissus ;
  • des cellules stromales, qui assurent le soutien des structures cellulaires ;
  • des cellules endothéliales issues des vaisseaux sanguins ;
  • des cellules immunitaires impliquées dans les mécanismes inflammatoires.

Ces différentes populations cellulaires peuvent révéler des anomalies liées à l’endométriose.

Dans cette étude publiée dans la revue scientifique BMC Medicine, les chercheurs ont analysé le contenu génétique des cellules présentes dans le sang menstruel.

Pour cela, ils ont étudié des prélèvements réalisés chez 10 femmes âgées de 18 à 45 ans utilisant une coupe menstruelle, dont certaines étaient atteintes d’endométriose et d’autres non.

Grâce à une technique avancée de séquençage de l’ARN, les scientifiques ont pu observer l’activité des gènes dans chaque type de cellule.

Les résultats montrent des différences importantes entre les échantillons des femmes atteintes d’endométriose et ceux des participantes témoins.

Les écarts les plus marqués concernaient :

  • les cellules épithéliales ;
  • puis les cellules stromales.

Au total, les chercheurs ont identifié cinq biomarqueurs liés à l’expression des gènes qui semblent spécifiques de l’endométriose dans le sang menstruel.

Ces signatures biologiques pourraient, à terme, contribuer au développement d’un nouveau test diagnostique.

Aujourd’hui, le diagnostic de l’endométriose repose principalement sur :

  • l’interrogatoire médical et l’analyse des symptômes ;
  • l’examen gynécologique ;
  • l’échographie spécialisée ;
  • parfois l’IRM ;
  • et, dans certaines situations, une chirurgie permettant de confirmer le diagnostic.

Cependant, ces examens peuvent manquer certaines formes de la maladie.

Un test basé sur le sang menstruel présenterait plusieurs avantages :

  • il serait non invasif ;
  • facilement réalisable ;
  • potentiellement accessible à un grand nombre de femmes ;
  • il pourrait accélérer l’orientation vers une prise en charge adaptée.

L’objectif n’est pas seulement de détecter la maladie, mais aussi de réduire les années d’attente avant une prise en charge.

Les chercheurs restent toutefois prudents. Cette étude constitue une étape préliminaire et porte sur un nombre limité de participantes.

Le sang menstruel est un échantillon complexe. Sa composition peut varier d’un cycle à l’autre et d’une femme à l’autre. La quantité de cellules provenant de l’endomètre peut également être différente selon les personnes.

Comme l’explique Camille Berthelot, chercheuse Inserm et directrice du laboratoire de génomique fonctionnelle comparative à l’Institut Pasteur, l’identification de ces cinq marqueurs montre néanmoins que certains signaux biologiques semblent suffisamment robustes pour être retrouvés malgré ces variations.

Des études sur des groupes beaucoup plus importants seront nécessaires pour confirmer :

  • la fiabilité de ces biomarqueurs ;
  • leur capacité réelle à détecter toutes les formes d’endométriose ;
  • leur intérêt dans la pratique médicale quotidienne.

Une demande de brevet a d’ailleurs été déposée par la direction de l’Innovation de l’Institut Pasteur, en collaboration avec l’Inserm, le CNRS et l’Université Paris Cité.

Cette recherche s’inscrit dans un mouvement plus large visant à améliorer le diagnostic de l’endométriose.

Un autre outil innovant existe déjà : un test salivaire développé par la société française Ziwig. Il repose sur l’analyse des micro-ARN, de petites molécules capables de refléter certaines modifications biologiques, associée à des outils d’intelligence artificielle.

La Haute Autorité de Santé reconnaît que ce test présente des performances diagnostiques intéressantes, mais estime qu’il faut encore des études indépendantes pour confirmer son utilité réelle dans le parcours de soins.

Même si de nouveaux outils sont en développement, le repérage précoce reste essentiel.

Il est recommandé de consulter un professionnel de santé en cas de :

  • règles très douloureuses empêchant les activités quotidiennes ;
  • douleurs pendant ou après les rapports sexuels ;
  • douleurs pelviennes chroniques ;
  • troubles digestifs ou urinaires cycliques liés aux règles ;
  • difficultés à concevoir un enfant.

Des douleurs menstruelles importantes ne doivent pas être considérées comme « normales » lorsqu’elles perturbent la vie quotidienne.

Une prise en charge précoce peut permettre de mieux contrôler les symptômes, limiter les complications et améliorer la qualité de vie.

L’utilisation du sang menstruel pour détecter l’endométriose ouvre une voie particulièrement intéressante. Cette approche pourrait transformer le diagnostic d’une maladie encore trop souvent reconnue tardivement.

Même si le test n’est pas encore disponible en pratique courante, ces travaux renforcent l’espoir d’un diagnostic plus simple, plus rapide et mieux adapté aux besoins des patientes.

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