La prévention des dangers liés à la drogue et la prise en charge de la toxicomanie ont été au centre d’une journée d’étude organisée mardi au siège de l’Assemblée populaire nationale (APN). Cette rencontre a réuni des responsables institutionnels, des experts sécuritaires et des acteurs de la santé autour d’un constat partagé : la toxicomanie constitue aujourd’hui un défi multidimensionnel, aux conséquences sanitaires, sociales et sécuritaires majeures.
Un enjeu de santé publique et de sécurité nationale
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une approche globale, combinant prévention, répression ciblée, traitement médical et réinsertion sociale, afin de protéger la société et, en particulier, les jeunes générations.
La toxicomanie, une menace stratégique pour la cohésion sociale
Dans une allocution lue en son nom par le vice-président de l’APN, M. Ahmed Mouaz, le président de l’Assemblée, M. Brahim Boughali, a alerté sur la gravité du phénomène. Selon lui, la toxicomanie est devenue un défi national complexe, instrumentalisé dans une « guerre non déclarée » visant la stabilité de l’État et la cohésion sociale.
Il a souligné que l’Algérie, en raison de sa position géographique et de l’étendue de ses frontières, fait face à des tentatives de transformation d’une zone de transit en zone de consommation, ciblant prioritairement la jeunesse, maillon le plus vulnérable de la société.
Une approche intégrée : sécurité, prévention et santé
Face à cette menace, M. Boughali a plaidé pour une stratégie équilibrée reposant sur plusieurs piliers complémentaires :
- une approche sécuritaire préventive, fondée sur le renseignement, la coordination interinstitutionnelle et la coopération régionale et internationale ;
- une actualisation continue du cadre juridique, afin de faire face à l’apparition rapide de nouvelles substances psychoactives ;
- un équilibre entre dissuasion pénale et protection de la santé publique, en privilégiant l’orientation des consommateurs vers le traitement plutôt que la seule sanction.
L’objectif est clair : lutter efficacement contre les réseaux criminels tout en considérant la toxicomanie comme une pathologie nécessitant une prise en charge médicale et sociale adaptée.
Traitement et réinsertion : des leviers essentiels
Le président de l’APN a insisté sur l’intégration du traitement et de la réinsertion dans les politiques publiques de santé. Cela passe notamment par :
- le développement et la modernisation des centres de désintoxication ;
- la formation de professionnels spécialisés en addictologie ;
- la garantie d’une réinsertion socioprofessionnelle durable pour les personnes sevrées.
Cette approche vise à rompre le cycle de la rechute, en traitant non seulement la dépendance, mais aussi ses déterminants psychologiques, sociaux et économiques.
Des chiffres révélateurs et des mutations inquiétantes
Sur le plan opérationnel, le contrôleur de police Zineddine Araoune, représentant le Service central de lutte contre le trafic illicite des stupéfiants (SCLTIS), a présenté les efforts de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Plus de 160 000 affaires liées aux drogues ont été traitées au cours des onze premiers mois de l’année 2025, illustrant l’ampleur du phénomène.
De son côté, le lieutenant-colonel Bennacer Saïd, chef de laboratoire à l’Institut national de criminalistique et de criminologie de la Gendarmerie nationale, a mis en lumière les résultats d’une étude sur l’évolution des modes de consommation. Celle-ci révèle une diversification des substances, des usages plus précoces et des formes d’addiction de plus en plus complexes.
Prévention et prise en charge : recommandations médicales
Les experts s’accordent sur plusieurs recommandations clés :
- renforcer la prévention précoce en milieu scolaire et universitaire ;
- promouvoir le dépistage précoce des conduites addictives ;
- intégrer la prise en charge de la toxicomanie dans les soins de santé primaires ;
- assurer un accompagnement psychologique continu, incluant la famille ;
- lutter contre la stigmatisation, qui constitue un frein majeur à l’accès aux soins.
Une mobilisation institutionnelle élargie
La journée d’étude, organisée par la Commission de la jeunesse, des sports et de l’activité associative de l’APN, s’est déroulée en présence du ministre de la Jeunesse, chargé du Conseil supérieur de la jeunesse, M. Mustapha Hidaoui, ainsi que de responsables de plusieurs organismes nationaux.
Tous ont convergé vers un message central : la lutte contre la drogue ne peut être efficace sans une mobilisation collective, durable et coordonnée, plaçant la prévention et la santé publique au cœur de l’action.
Prévenir pour protéger l’avenir
La toxicomanie n’est pas seulement une question sécuritaire. C’est avant tout un enjeu de santé publique, de cohésion sociale et de protection de la jeunesse. Prévenir, soigner et réinsérer demeure la voie la plus efficace pour préserver la stabilité de la société et construire un avenir plus sûr pour les générations à venir.
Mots clés : drogue ; toxicomanie ; APN ; santé ;
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