
La relation entre perte auditive et déclin cognitif intrigue la communauté scientifique depuis plusieurs années. Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université de Tiangong et de l’Hôpital provincial du Shandong apporte un éclairage nouveau sur ce lien.
Une association longtemps observée, désormais mieux comprise
Leur conclusion est claire : la presbyacousie — baisse de l’audition liée à l’âge — ne concerne pas uniquement l’oreille. Elle pourrait aussi affecter directement le fonctionnement cérébral.
La presbyacousie : une perte auditive fréquente avec l’âge
La presbyacousie est une surdité de perception progressive. Elle apparaît généralement après 50 ans et évolue lentement.
Caractéristiques principales
- installation progressive
- atteinte bilatérale et symétrique
- caractère irréversible
- difficulté croissante à comprendre la parole, surtout en milieu bruyant
Avec le vieillissement démographique, son impact devient majeur. Les projections du ministère de la Santé indiquent qu’en 2050, environ une personne sur trois pourrait être concernée.
Ce que révèle la nouvelle étude chinoise
Les chercheurs ont identifié un mécanisme neurobiologique précis reliant perte auditive et déclin cognitif.
Leur hypothèse repose sur deux phénomènes associés :
- fluctuations de l’activité neuronale
- mort cellulaire dans certaines régions cérébrales
Au centre de cette découverte : un indicateur appelé ratio fonctionnel-structurel (RFS), qui mesure la qualité de la connexion entre structure cérébrale et activité fonctionnelle.
Les zones du cerveau particulièrement touchées

L’imagerie cérébrale a mis en évidence une diminution de la connectivité dans plusieurs régions clés.
Zones impliquées dans le traitement auditif
- putamen
- gyrus fusiforme
Ces régions participent à l’analyse des sons et de la parole.
Zones impliquées dans les fonctions cognitives
- précuneus
- gyrus frontal supérieur médian
Elles jouent un rôle majeur dans :
- la mémoire
- l’attention
- la prise de décision
Un double impact : entendre moins, mémoriser moins
Les chercheurs ont observé que chez les personnes présentant une presbyacousie :
- les connexions cérébrales sont réduites
- les seuils auditifs sont plus élevés
- les performances aux tests de mémoire et de fonctions exécutives sont plus faibles
Autrement dit, la dégradation auditive s’accompagne de modifications cérébrales mesurables.
Pourquoi la perte auditive fatigue le cerveau

Plusieurs mécanismes physiopathologiques sont avancés.
1. Surcharge cognitive
Quand l’audition baisse, le cerveau doit fournir plus d’efforts pour décoder les sons. Cette « surcharge » mobilise des ressources normalement dédiées à la mémoire ou à l’attention.
2. Privation sensorielle
Une stimulation auditive insuffisante pourrait entraîner, à long terme, une réorganisation cérébrale défavorable.
3. Isolement social
La presbyacousie favorise souvent :
- le retrait social
- la réduction des interactions verbales
Or, l’isolement est un facteur reconnu de déclin cognitif.
Le RFS : un biomarqueur prometteur
Le ratio fonctionnel-structurel pourrait devenir un outil clinique important.
Selon Ning Li, responsable de l’étude, ce marqueur pourrait permettre :
- d’identifier précocement les personnes à risque
- d’affiner le dépistage de la démence
- d’adapter la prise en charge
C’est une piste encore en cours d’évaluation, mais jugée prometteuse.
Recommandations médicales pour préserver audition et cognition
La prévention auditive devient un enjeu de santé cérébrale.
Dépister précocement
Il est conseillé de réaliser un bilan auditif :
- à partir de 50 ans
- plus tôt en cas de gêne auditive
- ou en présence d’antécédents familiaux
Un dépistage simple peut ralentir les conséquences fonctionnelles.
Traiter la perte auditive sans attendre
Le port d’aides auditives, lorsqu’il est indiqué, pourrait :
- réduire la charge cognitive
- maintenir la stimulation cérébrale
- limiter le risque de déclin cognitif
De nombreuses études suggèrent un bénéfice du traitement précoce.
Protéger son capital auditif
Mesures essentielles :
- limiter l’exposition aux bruits intenses
- utiliser des protections auditives en milieu bruyant
- éviter l’écoute prolongée au casque à volume élevé
- surveiller régulièrement son audition
Entretenir la santé cérébrale globale
Approche recommandée :
- activité physique régulière
- stimulation cognitive
- vie sociale active
- sommeil de qualité
- contrôle des facteurs cardiovasculaires
Le cerveau et l’oreille vieillissent souvent ensemble.
À retenir
La presbyacousie n’est pas un simple inconfort lié à l’âge. Les données récentes montrent qu’elle pourrait participer au déclin cognitif via des modifications mesurables des réseaux cérébraux.
Surveiller son audition, la dépister tôt et la traiter correctement constitue aujourd’hui une stratégie crédible de prévention du vieillissement cognitif.
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