Une Bonne Santé pour une Vie Meilleure

Cancer du poumon : au-delà du tabac, l’alimentation occidentale dans le viseur des chercheurs

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
24 février 2026

Le tabac reste le principal facteur de risque du cancer du poumon. Mais il pourrait ne pas être le seul. Une étude américaine publiée en mars 2025 dans Nature Metabolism avance qu’un régime riche en graisses et en fructose pourrait favoriser la progression des tumeurs pulmonaires.

Au cœur de cette découverte : le glycogène, une molécule énergétique qui agirait comme un véritable carburant pour les cellules cancéreuses.

Le cancer du poumon connaît une progression inquiétante en Algérie, avec plus de 4 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. D’après le Pr Mohammed Oukkal, responsable du service d’oncologie au CHU de Beni Messous, cette pathologie se positionne désormais au troisième rang des cancers les plus fréquents chez les hommes, après ceux du côlon et de la prostate. Le tabagisme est responsable de 80 à 90 % des cas.

Si le rôle du tabac est largement documenté, l’influence de l’alimentation a peu été étudiée dans ce type de cancer, contrairement aux cancers digestifs.

L’étude a été menée par l’Université de Floride, en collaboration avec le Markey Cancer Center de l’Université du Kentucky. Les chercheurs se sont concentrés sur l’adénocarcinome pulmonaire, qui représente environ 40 % des diagnostics mondiaux.

« On n’a pas traditionnellement considéré le cancer du poumon comme une maladie liée à l’alimentation », explique Ramon Sun, professeur associé à l’Université de Floride.

« Cette idée est plus courante pour le cancer du pancréas ou du foie. »

Leur hypothèse : certains régimes alimentaires pourraient modifier le métabolisme des cellules tumorales et accélérer leur croissance.

Les chercheurs ont étudié le rôle du glycogène. Cette molécule est la forme de stockage du glucose dans l’organisme. Elle constitue une réserve énergétique mobilisable en cas de besoin.

À l’aide de modèles expérimentaux et informatiques, l’équipe a montré que dans le cancer du poumon, le glycogène agit comme un métabolite oncogène.

Plus les cellules tumorales accumulent de glycogène, plus la tumeur croît rapidement et devient agressive.

Chez des souris soumises à un régime dit « occidental » — riche en graisses et en fructose — les niveaux de glycogène sanguin ont augmenté.

Résultat : les tumeurs pulmonaires ont proliféré plus rapidement.

À l’inverse, la réduction du glycogène a ralenti la croissance tumorale.

Selon Ramon Sun, le glycogène constitue même un « indicateur exceptionnellement fiable » de la croissance tumorale et du risque de décès chez les patients atteints d’un cancer du poumon.

Le fructose est un sucre naturellement présent dans les fruits et le miel.

Mais il est aussi largement utilisé dans l’industrie agroalimentaire, notamment sous forme de sirop de maïs à haute teneur en fructose, dans les boissons sucrées et produits transformés.

Consommé en excès, il est associé à des troubles métaboliques :

  • résistance à l’insuline,
  • stéatose hépatique,
  • inflammation chronique.

Dans le contexte tumoral, une alimentation riche en fructose pourrait favoriser l’accumulation de glycogène dans les cellules cancéreuses, renforçant leur capacité à se multiplier.

Ces résultats ouvrent plusieurs perspectives. Trois types de médicaments ciblant le métabolisme du glycogène existent déjà. Ils ont été développés initialement pour traiter la maladie rare de Lafora, une affection neurologique liée à une accumulation anormale de glycogène.

À terme, ces molécules pourraient être évaluées dans le cadre du cancer du poumon.

Pour Ramon Sun, la prévention doit également évoluer. Il plaide pour une approche comparable aux campagnes antitabac : sensibilisation du public et politiques favorisant des choix alimentaires plus sains.

Il est essentiel de rappeler que le tabac demeure le principal facteur de risque du cancer du poumon. L’arrêt du tabac reste la mesure préventive la plus efficace.

Cependant, au regard de ces nouvelles données, plusieurs recommandations s’imposent :

  • Limiter la consommation de boissons sucrées et d’aliments ultra-transformés riches en fructose ajouté.
  • Privilégier une alimentation riche en fibres, légumes, fruits entiers et sources de graisses insaturées.
  • Maintenir un poids stable et une activité physique régulière, qui améliore la régulation métabolique.
  • Consulter en cas de facteurs de risque (tabagisme, antécédents familiaux, exposition professionnelle).

Chez les patients atteints de cancer, un accompagnement nutritionnel spécialisé peut aider à adapter les apports énergétiques sans favoriser un terrain métabolique délétère.

L’étude établit un lien biologique plausible entre régime occidental et progression tumorale.

Elle ne démontre pas qu’un aliment unique provoque un cancer du poumon.

Il s’agit d’un facteur potentiel d’aggravation, agissant sur le métabolisme des cellules déjà transformées.

Le message n’est pas de remplacer la lutte antitabac par une simple réforme alimentaire.

Mais d’intégrer l’alimentation dans une approche globale de prévention.

Longtemps perçu exclusivement comme une maladie du tabac, le cancer du poumon pourrait aussi être influencé par des facteurs métaboliques.

La recherche explore désormais le cancer comme une maladie du métabolisme cellulaire.

Le glycogène en serait un acteur central.

Comprendre ces mécanismes pourrait transformer la prévention et ouvrir la voie à des traitements ciblant l’énergie des cellules tumorales.

La lutte contre le cancer du poumon ne se limite peut-être plus à éteindre la cigarette. Elle pourrait aussi passer par ce que nous mettons dans nos assiettes.

Mots-clés : cancer, poumon, alimentation, occidentale, fructose, graisses, glycogène, adénocarcinome, pulmonaire, métabolisme, tumoral, prévention, santé publique,

à lire aussi: