Le système de santé de la bande de Gaza traverse une crise sans précédent. Selon des responsables sanitaires palestiniens, plus de 1 700 membres du personnel médical ont été tués et plus de 330 autres arrêtés depuis le début du conflit, le 7 octobre 2023. Ces pertes, associées aux destructions des infrastructures hospitalières et aux pénuries de matériel, compliquent fortement l’accès aux soins pour les habitants de l’enclave.
Des pertes importantes parmi les professionnels de santé
Dans une déclaration relayée par des médias palestiniens, le directeur du complexe médical Al-Shifa, Dr Mohammed Abou Salmiya, a indiqué que plus de 1 700 médecins, infirmiers, secouristes et autres professionnels de santé auraient perdu la vie depuis le début des hostilités.
Selon lui, plus de 330 membres du personnel médical ont également été arrêtés, tandis que 88 professionnels de santé resteraient détenus.
Le responsable estime que ces pertes fragilisent considérablement un système de santé déjà confronté à une forte pression avant le conflit.
Des décès liés à l’effondrement du système de santé
Toujours selon le Dr Abou Salmiya, les conséquences indirectes de la guerre sur la santé deviennent de plus en plus lourdes.
Il affirme que le nombre de personnes décédées en raison de l’effondrement du système de soins dépasserait désormais celui des victimes tuées directement par les bombardements.
Le responsable hospitalier indique notamment qu’environ 1 500 patients seraient décédés alors qu’ils attendaient une autorisation pour quitter Gaza afin de recevoir des soins spécialisés à l’étranger.
Selon lui, ces décès sont liés aux difficultés d’accès aux traitements, aux interventions chirurgicales et aux équipements médicaux spécialisés.
L’hôpital Al-Shifa gravement endommagé
Le complexe médical Al-Shifa, principal établissement hospitalier de la bande de Gaza, figure parmi les infrastructures les plus touchées.
D’après son directeur, l’hôpital a été pris d’assaut à deux reprises, en décembre 2023 puis en mars 2024, subissant d’importantes destructions.
Ces opérations auraient entraîné une perte majeure de ses capacités de fonctionnement, limitant fortement la prise en charge des patients nécessitant des soins spécialisés.
Des dizaines de milliers de blessés à prendre en charge
Les responsables sanitaires palestiniens estiment que la bande de Gaza compte aujourd’hui plus de 173 000 blessés.
Parmi eux, plusieurs milliers nécessiteraient une rééducation de longue durée.
Le bilan comprendrait également :
- environ 6 000 personnes amputées ;
- plus de 2 000 personnes souffrant d’une paralysie totale.
Ces patients nécessitent des soins spécialisés, des équipements de réadaptation et un suivi médical prolongé, alors que les capacités hospitalières demeurent très limitées.
Des évacuations médicales insuffisantes
Selon le directeur du complexe Al-Shifa, plus de 22 000 patients auraient besoin d’être évacués hors de Gaza afin de bénéficier de traitements indisponibles sur place.
Il indique toutefois que seules quelques dizaines de malades, soit environ une trentaine lors des ouvertures ponctuelles du poste-frontière de Rafah, sont actuellement autorisées à quitter l’enclave.
Ce rythme est jugé largement insuffisant au regard des besoins médicaux.
Une grave pénurie de médicaments et d’équipements
Les établissements de santé font également face à une pénurie croissante de médicaments et de matériel médical.
D’après les chiffres communiqués par les autorités sanitaires palestiniennes :
- plus de 50 % des médicaments essentiels seraient indisponibles ;
- plus de 70 % des fournitures médicales viendraient à manquer.
Cette situation affecte la prise en charge des maladies chroniques, des urgences, des interventions chirurgicales et des traitements anticancéreux.
Des équipements diagnostiques devenus indisponibles
Le Dr Abou Salmiya affirme également que plusieurs équipements indispensables ne peuvent plus être acheminés dans la bande de Gaza.
Selon lui, aucun appareil d’IRM ne serait actuellement opérationnel dans l’enclave.
Les services de radiologie, les scanners ainsi que certains dispositifs de dépistage précoce, notamment pour le cancer du sein, seraient également fortement affectés par le manque de matériel.
Cette situation complique le diagnostic rapide de nombreuses pathologies.
Des conditions sanitaires préoccupantes dans les camps de déplacés
Au-delà des hôpitaux, les conditions de vie dans les camps accueillant les personnes déplacées restent particulièrement difficiles.
Les responsables sanitaires signalent une augmentation des maladies dermatologiques et des infections intestinales, notamment chez les enfants.
Selon eux, cette dégradation sanitaire est liée à plusieurs facteurs :
- le manque d’eau potable ;
- la pollution des réseaux d’approvisionnement ;
- les difficultés d’accès à l’hygiène ;
- la malnutrition.
Ces conditions favorisent la propagation des maladies infectieuses et compliquent davantage le travail des équipes médicales.
Un appel en faveur d’un accès humanitaire renforcé
Face à cette situation, le directeur du complexe médical Al-Shifa appelle la communauté internationale à soutenir plusieurs mesures qu’il juge prioritaires :
- l’instauration d’un cessez-le-feu durable ;
- l’ouverture régulière des points de passage ;
- l’acheminement de médicaments, de consommables et d’équipements médicaux ;
- l’accélération des évacuations sanitaires pour les patients nécessitant des soins spécialisés indisponibles dans la bande de Gaza.
Selon lui, ces actions sont indispensables pour limiter l’aggravation de la crise sanitaire et permettre une meilleure prise en charge des milliers de patients touchés par le conflit.
Recommandations médicales
Dans les situations de conflit armé, les organisations humanitaires rappellent que la protection des structures de santé, du personnel médical et des patients constitue un principe fondamental du droit international humanitaire. Elles soulignent également l’importance de garantir un accès continu aux soins d’urgence, aux médicaments essentiels, à l’eau potable, à la nutrition et aux programmes de vaccination afin de limiter les conséquences sanitaires à court et à long terme, en particulier chez les enfants, les personnes âgées et les patients atteints de maladies chroniques.
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