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Superbactéries : cette fleur sauvage pourrait ouvrir une nouvelle voie contre la résistance aux antibiotiques

Edité par : Dre Souad BRAHIMI | Docteure en médecine
30 juin 2026

Face à la progression alarmante de l’antibiorésistance, les chercheurs explorent de nouvelles pistes thérapeutiques. Parmi elles, une modeste plante sauvage pourrait attirer l’attention de la communauté scientifique. La tormentille (Potentilla erecta), une petite fleur jaune qui pousse dans les tourbières européennes, fait aujourd’hui l’objet d’une étude prometteuse. Des chercheurs du Trinity College de Dublin et de l’Université de Southampton ont découvert que certains composés extraits de sa racine pourraient renforcer l’efficacité des antibiotiques contre des bactéries multirésistantes responsables d’infections hospitalières graves.

Une découverte inattendue au cœur des tourbières

Publiés en mars 2026 dans la revue Microbiology, ces travaux ouvrent une piste innovante pour préserver l’efficacité des antibiotiques de dernier recours.

La résistance aux antibiotiques constitue l’un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle.

Selon les estimations publiées dans The Lancet, elle est responsable de plus de 1,27 million de décès chaque année dans le monde. Lorsque les bactéries deviennent résistantes aux traitements disponibles, les infections courantes peuvent redevenir difficiles, voire impossibles à traiter.

Cette situation pousse les chercheurs à rechercher de nouvelles stratégies capables de freiner les bactéries sans favoriser davantage l’émergence de résistances.

Parmi les agents pathogènes les plus préoccupants figure Acinetobacter baumannii, une bactérie classée comme priorité critique par l’Organisation mondiale de la Santé.

Cette bactérie opportuniste est responsable de nombreuses infections nosocomiales, notamment :

  • Pneumonies sévères ;
  • Infections urinaires compliquées ;
  • Infections de plaies chirurgicales ;
  • Septicémies chez les patients fragiles.

Sa particularité réside dans sa capacité à résister à de nombreux antibiotiques. Dans certains cas, les médecins doivent recourir à la colistine, un antibiotique ancien utilisé uniquement en dernier recours en raison de sa toxicité potentielle pour les reins.

Dans le cadre du projet de recherche « Unlocking Nature’s Pharmacy from Bogland Species », les scientifiques ont analysé plus de 70 espèces végétales provenant des tourbières irlandaises.

La tormentille s’est rapidement distinguée. Les extraits de sa racine ont montré plusieurs effets intéressants :

  • Ralentissement de la croissance bactérienne ;
  • Réduction de la formation des biofilms ;
  • Augmentation de l’efficacité de certains antibiotiques.

Ces résultats ont particulièrement retenu l’attention des chercheurs face aux souches multirésistantes d’Acinetobacter baumannii.

Les bactéries ne vivent pas toujours de manière isolée. Elles peuvent former des biofilms, véritables communautés protégées par une matrice visqueuse qui agit comme un bouclier.

Ces structures :

  • Protègent les bactéries des antibiotiques ;
  • Favorisent leur survie ;
  • Augmentent leur résistance aux traitements ;
  • Facilitent les infections chroniques.

Réduire la capacité des bactéries à former ces biofilms représente donc un objectif majeur dans la lutte contre les infections résistantes.

Les chercheurs ont identifié deux molécules particulièrement actives dans la racine de tormentille :

  • L’agrimoniine ;
  • L’acide ellagique.

Leur mode d’action repose sur un mécanisme naturel appelé chélation du fer.

Le fer est indispensable à la croissance et au métabolisme bactérien. Sans cet élément essentiel, les micro-organismes peinent à se développer et à former des biofilms.

Les deux composés végétaux captent ce fer disponible dans leur environnement, privant ainsi les bactéries d’une ressource vitale.

En quelque sorte, la plante « affame » les bactéries plutôt que de les attaquer directement.

Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont ajouté une quantité importante de fer dans les cultures bactériennes.

Le résultat a été sans appel : l’effet protecteur de la tormentille a fortement diminué.

Cette observation confirme que le mécanisme repose principalement sur la privation de fer, indispensable à la prolifération bactérienne.

L’étude met en évidence trois observations majeures :

1. Une action directe contre une souche multirésistante

L’extrait brut de racine de tormentille a significativement ralenti la croissance d’une souche clinique multirésistante d’Acinetobacter baumannii.

2. Des molécules actives identifiées

L’agrimoniine et l’acide ellagique reproduisent individuellement cet effet antibactérien.

3. Une synergie avec la colistine

Associés à une faible dose de colistine, insuffisante seule pour contrôler la bactérie, ces composés renforcent fortement l’activité de l’antibiotique.

Cette synergie pourrait permettre à terme de réduire les doses de colistine nécessaires au traitement.

La colistine demeure l’une des dernières armes thérapeutiques contre certaines infections résistantes.

Cependant, son utilisation prolongée expose à des effets indésirables parfois graves, notamment :

  • Toxicité rénale ;
  • Troubles neurologiques ;
  • Déséquilibres électrolytiques.

Si des molécules naturelles permettent de réduire les doses nécessaires tout en conservant leur efficacité, cela pourrait limiter les effets secondaires et ralentir l’apparition de nouvelles résistances bactériennes.

Malgré leur intérêt, ces travaux restent au stade expérimental. Les essais ont été réalisés en laboratoire sur des cultures bactériennes. Aucun essai clinique chez l’animal ou chez l’être humain n’a encore été effectué.

  • Plusieurs étapes restent indispensables :
  • Évaluer la sécurité des molécules ;
  • Déterminer les doses efficaces ;
  • Vérifier leur efficacité chez l’animal ;
  • Réaliser des essais cliniques chez l’humain.

Il est donc beaucoup trop tôt pour envisager l’utilisation de la tormentille comme traitement médical.

Cette découverte rappelle que de nombreux médicaments majeurs sont issus du monde naturel.

Des antibiotiques, des anticancéreux et de nombreux traitements modernes proviennent initialement de plantes, de champignons ou de bactéries.

La vancomycine, aujourd’hui essentielle contre certaines infections résistantes, en est un exemple emblématique.

Les tourbières européennes pourraient ainsi constituer une réserve encore largement inexplorée de molécules thérapeutiques.

Même si ces résultats sont prometteurs, ils ne doivent pas encourager l’automédication avec des plantes médicinales.

Pour lutter contre l’antibiorésistance, les spécialistes recommandent :

  • De ne jamais prendre d’antibiotiques sans prescription médicale ;
  • De respecter la durée du traitement prescrite ;
  • De ne pas interrompre un traitement avant son terme ;
  • De ne jamais partager ses antibiotiques ;
  • De maintenir une bonne hygiène des mains ;
  • De suivre les recommandations vaccinales.

La prévention demeure aujourd’hui l’arme la plus efficace contre la propagation des bactéries résistantes.

Des chercheurs ont identifié dans la racine de la tormentille deux molécules capables de priver certaines superbactéries du fer nécessaire à leur développement. En laboratoire, ces composés ont freiné la croissance d’Acinetobacter baumannii et renforcé l’efficacité de la colistine, un antibiotique de dernier recours. Bien que les résultats soient prometteurs, des études chez l’animal et chez l’humain restent nécessaires avant toute application thérapeutique.

Mots-clés : Superbactéries, résistance antibiotiques, tormentille, Acinetobacter baumannii, colistine, biofilm, fer, agrimoniine, acide, ellagique, infection, hospitalière, recherche médicale, santé publique.

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